Canne à sucre

La canne à sucre affaire d’État à Maurice, pas à La Réunion

Le gouvernement s’engage aux côtés des planteurs et des industriels en investissant face à la baisse du prix du sucre

Manuel Marchal / 29 septembre 2018

Face à la baisse du prix du sucre causée notamment par la fin des quotas sucriers dans l’Union européenne l’année dernière, l’État s’implique dans l’aide d’urgence et la recherche de nouveaux débouchés pour la filière canne-sucre, avec en particulier la signature d’un accord permettant d’écouler 50.000 tonnes de sucres à forte valeur ajoutée en Chine. À La Réunion, la situation est bien différente alors qu’aux effets de la baisse du prix du sucre s’ajoutent les conséquences de plusieurs événements météo et les nombreuses pannes dans l’usine de Bois-Rouge.

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Dans son éditorial d’hier, « Témoignages » avait noté qu’un important débat existe à Maurice sur l’avenir de la filière canne en raison de la baisse du prix du sucre causé notamment par la fin des quotas en Europe. Parallèlement, le gouvernement a pris une série de mesures pour aider les planteurs en difficulté à cause de cette baisse du prix. Elles sont détaillées dans cette dépêche de la Panapress :

« Le ministre mauricien de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, a déclaré mardi, que le gouvernement allait venir en aide aux petits exploitants et aux principaux acteurs de l’industrie de la canne qui sont confrontés à des difficultés financières liées à la baisse du cours du sucre sur le marché mondial.
M. Seeruttun a dressé la liste de différentes mesures à proposer pour soulager immédiatement les planteurs pour la récolte 2018, parmi lesquelles une compensation financière de l’ordre de MRs 1.250 (NDLR-31 euros) par tonne de sucre à l’ensemble des planteurs ; une rémunération supplémentaire à partir de la bagasse, un sous-produit de la canne, de MRs 1.250 (NDLR-31 euros) par tonne de sucre, ce qui ramène les recettes tirées de la bagasse à MRs 2.500 (NDLR-62 euros) pour les petits exploitants et à MRs 1.700 (NDLR-42 euros) pour les autres ; pour les planteurs avec moins de 100 hectares de canne cultivée, l’avance sur le paiement de 80 % sera étendue à tous les revenus tirés du sucre et de ses produits dérivés.
L’autorité mauricienne de la Canne (Mauritius Cane Industry Authority) va également aider les planteurs disposant de moins de 100 hectares de terres cultivées pour la canne par le biais d’une avance sur le paiement à partir du Fonds des Planteurs pour l’acquisition d’engrais pour la saison 2019.
Le ministre de l’Agro-Industrie a révélé que le gouvernement allait continuer à explorer de nouveaux marchés pour le sucre, en particulier pour le sucre spécial, avec des prix rémunérateurs.
« A cet effet, suite à de longues négociations avec les autorités chinoises dans le cadre de l’Accord sino-mauricien de libre échange, les exploitants ont pu obtenir un contingent tarifaire de 50.000 tonnes de sucre spécial », a-t-il indiqué.
M. Seeruttun a souligné que la compétitivité et la diversification étaient essentielles pour la viabilité de l’industrie de la canne.
Il a exhorté les petits exploitants, les planteurs et le capitaine du secteur à approfondir leur collaboration afin de garantir que la récolte de 2018 atteigne au minimum 400.000 tonnes.
La production de sucre baisse d’année en année avec une estimation de 340.000 tonnes en 2018.
Parlant de l’avenir de l’industrie de la canne, M. Seeruttun a indiqué que la piste du sucre organique devrait être poursuivie. « Nous disposons du savoir-faire nécessaire pour exploiter cette filière », a-t-il ajouté. »

« Tout dépendra de la stratégie de l’industriel »

Ceci souligne qu’à Maurice, les difficultés de la filière canne sont une affaire d’État. Cela est dû bien entendu au statut de l’île voisine, et également au fait que les producteurs de sucre sont des entreprises mauriciennes, dont le centre d’intérêt principal est donc Maurice.

A La Réunion, la structure est bien différente. En 2013, Dacian Ciolos, commissaire européen à l’Agriculture, était venu en visite dans l’île. Il s’était exprimé au sujet de la fin des quotas sucriers qui venait d’être votée par les membres de l’Union européenne dont la France. Sa conclusion était la suivante : « tout dépendra de la stratégie de l’industriel ».

Lors de la visite de Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture, un élément de cette stratégie a été exposée : la construction d’une raffinerie de sucre. Un projet que les planteurs ont découvert en même temps que le ministre, et que ce dernier a validé. Situation guère étonnante, car vue de France, Tereos est un fleuron de son industrie agro-alimentaire, donc une entreprise à soutenir.

L’État n’a dit mot concernant la baisse des revenus des planteurs causée par une mesure de la Convention canne : le non-versement de l’intéressement à la vente des sucres quand le cours du sucre blanc est sous le seuil de déclenchement. A Maurice, l’État a décidé de revaloriser le prix de la bagasse et du sucre afin de compenser les pertes de recettes liées à la conjoncture mondiale, à La Réunion, il n’en est rien. Deux poids deux mesures qui rappellent que dans notre île, ce ne sont pas les Réunionnais qui ont la responsabilité de gérer la filière canne.

M.M.