Journées de la filière canne-sucre à la CCIR

La canne est une valeur sûre dans l’économie de La Réunion

18 octobre 2007, par Edith Poulbassia

Les 15 et 16 octobre, la CCIR a organisé des visites d’usines de traitement et de transformation de la canne, des centres de recherche, bref des sites qui vivent de cette production traditionnelle à La Réunion. Pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus, la CCIR a démontré que la canne était aussi une valeur d’avenir, avec un foisonnement d’applications possibles.

La Chambre des Commerces et de l’Industrie a consacré deux jours, ponctuées de visites et de conférences, à la filière canne. Dans un contexte où les planteurs sont inquiets pour l’avenir de cette culture, une telle manifestation marque l’intérêt des entreprises et des politiques pour la canne. C’est même “historique”, n’hésitait pas à conclure le Président de la Chambre d’Agriculture, Jean-Yves Minatchy, à l’issue des conférences qui ont permis de faire le point sur l’état de la filière, son potentiel économique et ses avantages écologiques. Seul 10% des applications de la canne sont connues à ce jour, indiquait un chercheur, devant une assemblée plutôt étonnée. Sucre, rhum, mais aussi biocarburant, électricité, engrais, emballages industriels et ménagers, produits hygiéniques et cosmétiques, application médicale, textiles, la liste est longue des possibilités qu’offre cette graminée géante.

Concilier consolidation de la filière locale et développement des PMA

En somme, la canne est une valeur sûre. Et pour les usiniers, il est hors de question d’abandonner cette filière réunionnaise d’excellence, malgré les difficultés qui se profilent : la concurrence des Pays les Moins Avancés (PMA) et la préservation des terres agricoles.
La stratégie du groupe Quartier-Français, décrite par Xavier Thiéblin, Président du SFSR, vise à consolider la filière locale sans négliger les opportunités qu’offrent les PMA, près de nous le Mozambique et la Tanzanie. Exercice de funambule ? Les usiniers ne le voient pas de cette façon. « Quand nous investissons à l’extérieur, ce n’est pas pour remplacer La Réunion. Cependant, si nous fixons l’objectif d’atteindre 30.000 hectares de terres agricoles à La Réunion, nous n’aurons jamais 50.000 hectares pour la canne. Un groupe pour se développer va chercher les hectares ailleurs. Nous avons déjà 6.000 hectares de canne en Tanzanie. Téréos (groupe partenaire de Quartier-Français) a la même philosophie au Mozambique. La production de sucre est destinée au marché local », indique Xavier Thiéblin.
Bref, pour continuer à vivre, les groupes réunionnais n’ont pas intérêt à se focaliser sur la filière locale, mais ils doivent s’ouvrir à l’international, se tourner... vers PMA. Paradoxe, ces pays qui suscitent la crainte chez les planteurs, seraient aussi l’élément incontournable de la préservation de cette culture cannière vieille de 300 ans à La Réunion.

Deux usines, c’est suffisant

Pourtant, des 200 usines existantes au début du 19ème siècle, il n’en reste plus que deux, le Gol et Bois-Rouge. Ne faut-il pas y voir un signe de moindre intérêt pour la canne ? Plus d’usines, ce serait inutile ; moins, ce serait impossible, démontre Xavier Thiéblin. Entre 1850 et 1860, « l’âge d’or », les 200 usines produisaient 60.000 tonnes de sucre, soit 300 à 400 tonnes par usine. Après l’abolition de l’esclavage, « la crise », il ne reste plus que 14 usines, en 1996 avec l’alignement du SMIC avec la métropole, il reste deux usines qui produisent alors 210.000 tonnes de sucre. Deux usines suffisent à traiter les cannes, dont le rendement à l’hectare n’a cessé d’augmenter. Une seule usine en revanche ne pourrait pas répondre à la demande. Les contraintes liées au territoire de l’île et à son aménagement (relief, difficulté de circulation, coût du transport des cannes) ne permettent pas de l’envisager. Avec deux usines, et les centres de réception répartis sur toute l’île, l’équilibre parfait est atteint.

Le sucre de La Réunion, 1% de la production européenne

La consommation de sucre dans le monde augmente chaque année de 2 à 3%. En Europe, un habitant consomme en moyenne 30 kg de sucre. Ce sont 150 millions de tonnes produites par 114 pays, dont 60% voué à la consommation indirecte (boisson, produits alimentaires, etc). Le Brésil est le premier pays producteur de sucre, avec 30 millions de tonnes, vient ensuite l’Inde (24 millions de tonnes), l’Union Européenne avec 17 millions de tonnes, et la Chine (12 millions de tonnes). Dans ce paysage, on pourrait dire que La Réunion ne pèse pas bien lourd. Et pourtant, sa position n’est pas négligeable. La Réunion fournit 1% de la production européenne, 4 à 5% de la production française. « Elle a une vraie place dans l’Union Européenne », indique Xavier Thiéblin. A cela s’ajoute la qualité du sucre, une capacité d’innovation grâce au CERF et au CIRAD. 120.000 nouvelles variétés sont crées chaque année. Un savoir-faire qui s’exporte déjà.

Confiant pour la négociation des accords APE

L’Union Européenne a décidé de préserver cette filière d’excellence pour la période 2006-2015. Face à la baisse annoncée de 36% du prix du sucre sur 4 ans, conjuguée à la réduction de la production de l’Union Européen de 20 à 16 millions de tonnes, engagement que l’Europe a pris envers les PMA, les DOM et donc La Réunion ont obtenu la compensation intégrale de la filière. Reste que les négociations des APE (Accords de Partenariat Économique) risquent de tout déstabiliser, en facilitant l’entrée des produits agricoles des pays ACP en Europe. C’est pourquoi les planteurs ont demandé de limiter ses accords avec les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) au continent européen. « Mais nous avons la certitude à 98% de conserver le régime sucrier en cours pour 2006-2015 », déclarait, confiant, Xavier Thiéblin. Et d’ajouter qu’il ne faudra pas attendre 2014 pour entreprendre de nouvelles négociations avec l’Union Européenne.
La filière-canne est la seule activité économique de l’île à cumuler les qualités recherchées. Premier produit exporté, objet de recherche, créateur d’emplois, et un atout pour l’environnement.

Edith Poulbassia


Concilier environnement et économie

Jean-Charles Ardin, directeur régional de la DRIRE, a présenté les enjeux énergétiques de la filière. Avec les 2 millions de tonnes de canne, 570.000 tonnes de bagasse sont utilisées. Ce qui permet de produire 12% de l’électricité à La Réunion en 2006. Ce qui signifie : 160.000 tonnes de charbon que l’île n’a pas à importer, 390.000 tonnes de CO2 évitées en combustion (une usine en dégage 800.000 tonnes), et si l’on tient compte du transport évité des énergies fossiles , c’est 640.000 km évités, soit 640.000 tonnes de CO2 évitées. Enfin, les 2 millions de tonnes équivaut à 4.000 tonnes d’éthanol déshydraté, qui peut être incorporé à 125.000 tonnes de supercarburant.
Le groupe Isautier est sur une piste intéressante qui permettrait de contrer l’augmentation des prix de l’engrais. Grâce à la vinasse, un sous-produit de la fabrication du rhum, la canne pourrait se passer de l’engrais actuel. 12.000 hectares de canne sont déjà traité à Maurice avec la vinasse, l’objectif est d’atteindre 45% de la surface cannière. A La Réunion, Isautier proposera la vinasse en août 2008. Une belle perspective pour les planteurs de canne, et peut-être aussi pour les autres produits agricoles. Mais des recherches complémentaires restent à faire pour étendre l’utilisation de la vinasse pour ces produits.

EP


Repères

L’agriculture c’est 20.000 emplois directs, 7500 exploitations, 43.700 hectares soit 17% du territoire. Une exploitation sur deux est dédiée à la canne, 26 500 hectares. La filière canne, c’est 80% des exportations (sucre et 10% de rhum) de l’île pour plus de 130 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2005. 83.000 tonnes de sucre sont destinées à l’exportation, 17.000 à la consommation locale. 3.800 containers contiennent ce sucre péï. La filière-canne veut atteindre à l’horizon 2025, 2.500.000 tonnes de cannes traitées, 30.000 hectares de surface cannière. C’est l’objectif du SAR (Schéma d’Aménagement Régional). De la préservation des terres dépendra le développement de la filière.

EP


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