Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Encore plus grave que l’an dernier : quand une société extérieure au pays décide de la stratégie d’un secteur de notre économie
12 novembre 2025, par

La campagne sucrière 2025 s’annonce comme l’une des plus mauvaises de l’histoire récente à La Réunion. Alors qu’il reste environ cinq semaines de coupe, les chiffres confirment un effondrement dramatique de la production. À Grand Bois, 83 812 tonnes de cannes ont été réceptionnées en 18 semaines, soit près de 3 000 tonnes de moins qu’à la même période l’an passé. Sur l’ensemble de l’île, le CTICS annonce à peine 803 000 tonnes réceptionnées, contre 958 000 tonnes en 2024. Déjà jugée « historiquement basse » l’an dernier, la récolte 2025 plonge un peu plus la filière dans la crise à cause de la stratégie de Tereos qui oblige des planteurs à abandonner la canne à sucre.
Si le cyclone Garance, survenu en début d’année, a causé des dégâts dans l’Est, il n’explique pas à lui seul cette dégringolade. Dans le Sud, relativement épargné, la baisse est tout aussi marquée. La cause est la stratégie industrielle et économique de Tereos, unique acteur de la transformation et acheteur des cannes réunionnaises.
Cette crise trouve ses racines dans la fin des quotas sucriers européens, votée en 2013 avec l’appui de la France et mise en œuvre en 2017. Cette décision a dérégulé le marché du sucre, plongeant La Réunion dans la concurrence mondiale sans protection suffisante. Tereos — géant agroalimentaire français — cherche à augmenter ses marges en comprimant le prix d’achat de la canne, inchangé depuis près de vingt ans.
Résultat : les revenus des planteurs stagnent et dépendent largement des aides sociales françaises, elles-mêmes autorisées par l’Union européenne pour compenser ce déséquilibre. Une aberration pour une culture souvent qualifiée d’« or vert », capable de faire vivre durablement des milliers de familles si elle était valorisée à sa juste mesure.
Face à cette politique, nombre d’agriculteurs réduisent leurs surfaces ou abandonnent la canne. Les investissements dans l’entretien et la modernisation des exploitations reculent, entraînant mécaniquement une baisse de rendement. La chute de production actuelle n’est donc pas une surprise : elle est le symptôme d’un modèle économique à bout de souffle, le néocolonialisme français.
Le temps est venu de changer de cap. La filière doit être reprise en main localement, en confiant la stratégie aux producteurs eux-mêmes. En devenant propriétaires des deux usines sucrières, ils pourraient fixer un prix de la canne transparent et équitable, garantissant la pérennité d’un secteur essentiel à l’économie et à l’identité réunionnaises.
Alors que la transition agricole et énergétique s’impose partout, la canne à sucre pourrait redevenir un pilier de développement durable pour l’île — à condition de rompre avec une gestion jugée « incompétente et court-termiste ». Paris doit arrêter de soutenir aveuglément Tereos au nom de la solidarité franco-française et accepter que la gouvernance de la filière revienne à ceux qui la font vivre.
La campagne 2025, par son échec, agit comme un avertissement : sans réforme structurelle, c’est tout un pan de l’économie réunionnaise qui risque de disparaître avec le risque que les chômeurs soient majoritaires dans la population active, condamnant les Réunionnais au sous-développement et à la dépendance à la France.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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