Canne à sucre

La filière à un seuil critique ?

En 16 ans, un livreur de canne sur deux a disparu

Témoignages.re / 30 novembre 2004

L’examen des données statistiques des campagnes sucrières à La Réunion révèle qu’entre 1988 et 2003, le nombre de livreurs de canne a diminué de moitié. Dans le même temps, les surfaces cultivées ont baissé de plus de 21%. Des chiffres qui doivent nous alerter quant à l’avenir de la filière et qui, par un examen plus attentif, justifient le mot d’ordre lancé par le P.C.R. au moment où se prépare la réforme du système sucrier européen : pour sauver la filière, il faut sauver les petits et moyens planteurs. Car ce sont bien eux les plus menacés.

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En 16 ans, soit entre les campagnes 1988/1989 et 2003/2004, les statistiques rassemblées par le CTICS (centre technique et industriel du sucre et de la canne) sont implacables : notre filière sucre-canne a perdu pratiquement la moitié de ses effectifs. Le nombre de livreurs recensés est passé de 8.682 à 4.378. Soit une diminution de 4.304 unités, 49,57% des effectifs de départ.
La “saignée” a été importante sur la période allant de 1988 à 1995. On y compte 3.110 départs. Soit 72% des pertes.
Quand on procède à un examen plus attentif, notamment sur les campagnes 2001, 2002 et 2003, on constate que ce sont les petits livreurs qui sont les gros perdants.
Dans la tranche des livreurs de 0 à 250 tonnes, la diminution est de 542 unités (-22,46%) alors que dans les autres, les effectifs se maintiennent quand ils n’augmentent : + 88 pour les 250 à 500 tonnes ; +15 pour les 500 à 1000 tonnes ; +30 pour les 1000 à 2000 tonnes et + 1 dans la catégorie allant des 2000 aux plus de 10.000 tonnes.
Dans le même temps, la surface des terres cultivées en canne diminue. En 15 campagnes, de 1989 à 2003, on est passé de 33.580 à 26.639 hectares. La perte est de 21,3%. Diminution du nombre de livreurs et baisse des surfaces cultivées jouent essentiellement chez les petits planteurs. Ce sont en effet ceux qui livrent entre 0 et 250 tonnes qui connaissent une baisse de leurs apports : ils passent de 276.442 tonnes à 227.309, soit une diminution de 17, 7%.

Les petits et moyens livreurs sont déterminants pour la filière

Enfin, d’une année sur l’autre, ce sont bien les petits et moyens livreurs qui sont déterminants pour la filière.
Pour la campagne 2001/2002, les livreurs de 0 à 1000 tonnes représentaient 95,4% du total. Ils ont effectué 69,9% des apports. En 2002/2003 ils constituaient 95,2% des effectifs et 70% des apports. En 2003/2004 ils fournissaient 94,4% des livreurs et 69% des apports.
Ces données récentes illustrent une tendance lourde qui a apparu depuis les années 70. Il y a maintenant près de 30 ans que La Réunion perd régulièrement ses planteurs et ses surfaces cultivées en canne.
Pour le moment - et certainement en raison de l’amélioration des gains de productivité au champ, la livraison reste à un niveau permettant un fonctionnement normal des deux usines qui restent : autour de 1 million 900.000 tonnes. Nous sommes vraisemblablement arrivés à un seuil critique. De nouvelles variations à la baisse entraîneraient inévitablement d’importantes complications pour la filière.
Au moment où se prépare la réforme de l’OCM-Sucre dont le principal dispositif porte sur une diminution du prix, sauver la filière canne-sucre de La Réunion passe par un impératif : sauver les petits et moyens planteurs. Ce sont eux qui assurent la pérennité de la production. Ce sont toujours eux qui justifient le caractère multifonctionnel de la filière sous ses aspects social, économique, culturel, environnemental et écologique. Et une réforme mal faite, voire même mal perçue et mal comprise pourrait entraîner un mouvement de panique avec abandon de la canne et des terres. Ce qui serait préjudiciable pour l’ensemble de la filière.

J. M.


Livreur et surface déclarée

Le nombre de “livreurs” ne donne pas exactement le nombre de planteurs. En effet, une même personne peut livrer ses propres cannes et celui d’un autre planteur. Mais le décalage entre le nombre des premiers et celui des seconds est relativement faible : on parle d’une différence portant sur une centaine d’unités.
La “surface déclarée” est celle qui a été cultivée pour la campagne considérée. En effet, ce ne sont pas toutes les surfaces cultivées en canne qui font l’objet d’une récolte et donc d’une livraison à l’usine. Là-aussi il y a un léger décalage. Pour ne prendre que quelques exemples :

- pour la campagne 2000/2001, les surfaces cultivées en canne étaient de 26.251 hectares. Seuls 24.343 hectares ont été récoltés ;

- pour la campagne 2001/2002, le rapport était de 26.300 hectares cultivés pour 24.405 hectares récoltés. En 2002/2003, le rapport était quasiment identique.