Des fonctionnaires parisiens viennent dans notre pays pour discuter de l’avenir de la canne à La Réunion

La honte pour les élus réunionnais

22 septembre, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

La venue de fonctionnaires parisiens pour discuter de l’avenir de la canne révèle un double problème éthique et politique. L’histoire de l’esclavage et de la colonisation impose de rompre avec une approche néocoloniale. Face à l’effondrement de la production et à la dépendance envers un acheteur unique, les élus réunionnais sont appelés à prendre leurs responsabilités. La survie de la filière exige transparence, diversification et une politique décidée à La Réunion.

L’arrivée d’une délégation de fonctionnaires parisiens pour discuter de l’avenir avec les planteurs de cannes pose un problème éthique et politique.

Un problème éthique

La canne n’est pas une plante qui pousse à Paris pour produire du sucre. En pleine campagne électorale, la couverture médiatique d’Edouard Philippe, entrain de couper une canne à sucre dans le but de gratter quelques bulletins, est une insulte vis-à-vis des conditions inhumaines qui régnaient dans la plantation, une insulte à l’histoire réunionnaise, notamment les morts dans les cales des bateaux des négriers.
L’esclavage n’était pas un spectacle. Ce régime politique a été reconnu comme crime contre l’humanité par la République française et enseigné dans les livres d’histoire de France. Dès lors, tout représentant d’un parti politique français qui foule la terre réunionnaise doit déposer une gerbe à la mémoire des dizaines de milliers de Réunionnais morts pour sauver la France du désastre de Saint Domingue.
Quand la France est battue à Saint Domingue, en 1791, et que l’île proclame la République de Haïti, la France perd son statut de premier producteur mondial du sucre. Napoléon s’oriente vers Maurice et La Réunion. Il accélère la colonisation, l’esclavage et l’engagisme. La forêt tropicale est morte.
Aujourd’hui, les plus gros pays planteurs de canne sont l’Inde, la Thaïlande, la Chine, le Brésil. La production mondiale du sucre qui s’approche des 200 millions de tonnes est assurée à 80% par ce végétal. Comparé à cette demande mondiale, notre quota protégé de 300 000 tonnes représente 0,00015%. Sa suppression par la France et l’Union Européenne est une faute morale et politique. Par respect, nous devons éradiquer la mentalité néo-coloniale.

Un problème politique

La Réunion est soumise au régime de la décentralisation depuis près d’un demi-siècle. L’esprit est à la responsabilité partagée et concertée. Il est inconcevable que 40 élus (14 parlementaires et 26 chefs de Collectivités) n’arrivent à se réunir et sortir des orientations fermes, exigeantes envers l’Etat, associées à un calendrier d’application contraignant.
Les planteurs de cannes (ce qui reste) ont beau crier au secours, ils sont en danger de disparition, les élus s’adonnent à d’autres priorités. Ils ne voient pas que l’industriel va acheter à peu de frais tout le stock foncier cannier pour implanter des centrales photovoltaïques et fournir aux maires des terrains à déclasser. Si l’industriel doit assurer la survie de l’industrie du sucre, de l’énergie et du rhum, il va réclamer des compensations. Cela passe par la valorisation du capital foncier.
Après avoir raconté que pour tenir en vie 2 usines, il lui faut 2 millions de tonnes de cannes, payées à un prix dérisoire, l’industriel fait le mort quand la production de canne chute de moitié. Les planteurs ont raison de réclamer la transparence des chiffres de toute la filière. Ils constatent des mensonges. Ils sont victimes du monopole d’un seul acheteur de leur matière première. Ils n’ont pas droit à la diversification. Ils supportent les augmentations des prix des intrants. Ils sont piégés.
La venue d’une délégation de fonctionnaires parisiens aurait été inutile si les décideurs réunionnais s’attaquaient aux problèmes réunionnais. La politisation de l’avenir de la canne par l’Union européenne est une réalité à laquelle il faut opposer une autre politique.

Ary Yée Chong Tchi Kan

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