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La prise de conscience des chefs d’entreprise agricole s’amplifie

A l’aube d’une nouvelle campagne sucrière

lundi 23 juin 2008, par Manuel Marchal


La hausse des coûts de production conjuguée au maintien de la canne à un prix fixe met à nouveau l’accent sur la crise structurelle que traverse la filière canne alors qu’un nouveau règlement sucrier sera appliqué à la fin de la Convention canne. Cette crise est le résultat d’un égoïsme de classe et d’une intransigeance des usiniers qui obligent les planteurs, des chefs d’entreprise, à solliciter l’aide sociale pour vivre dignement, alors que la filière est rentable, comme le prouve l’augmentation des profits tirés de la valorisation de la canne (électricité, sucres spéciaux et alcool).


A la veille du début de la campagne sucrière, les estimations font état d’une récolte pouvant aller jusqu’à 1,8 million de tonnes de cannes. Un objectif toujours éloigné du record de 1982 (2,49 millions de tonnes), et de 1981. Cette année suivait le passage d’un cyclone comparable à Gamède, et près de 33.000 hectares avaient permis de récolter 2,35 millions de tonnes, soit 500.000 de plus que les prévisions les plus optimistes pour cette année.
Cette diminution de la superficie cultivée et des tonnages (malgré tous les efforts des planteurs et des collectivités pour augmenter les rendements) est une des données illustrant la crise structurelle dans laquelle se trouve la filière.
Cette crise trouve son point de départ dans la signature de l’Accord de 1969. Avant cette date, la structure de la filière était différente. Le planteur était le propriétaire de la canne, de la plantation au produit fini. La rémunération de l’usinier pour la transformation de la matière première était fixée à un tiers des richesses de la canne. A cette époque, les planteurs étaient en pleine bataille pour revendiquer une nouvelle répartition : trois-quarts pour le planteur, un quart pour l’usinier.
L’Accord de 1969 a totalement bouleversé la donne. Le planteur est réduit au rôle de fournisseur de matière première. Il vend sa canne à l’usinier à un prix fixé à l’avance. Quant à l’usinier, il se rémunère sur toutes les richesses de la canne, sans avoir à les partager avec le planteur.

Le planteur contraint de toucher l’aide sociale

Lorsque Jean-Paul Virapoullé signe l’Accord de 1969, il signe la mort de dizaines de milliers de planteurs. Cet accord a permis à l’usinier de vendre toutes ses terres à canne, de développer les produits autres que le sucre et de lancer sa diversification économique en investissant dans des secteurs tels que la grande distribution, la pêche, l’immobilier, la finance et, on le voit aujourd’hui, le photovoltaïque. L’Accord de 1969 maintient le planteur sous la dépendance totale de l’usinier. C’est la conséquence de ce changement des rapports de production qui permet à l’usinier de verser ce qu’il veut au planteur.
Pour illustrer cette dépendance, il suffit de constater que depuis 20 ans, le prix d’achat de la canne payé par l’usinier n’a pas bougé, alors que la productivité a augmenté dans de nombreux domaines : amélioration du procédé industriel pour valoriser les différents produits de la canne, concentration industrielle, formation des planteurs... Bref, la restructuration de la filière se traduit par des résultats importants pour l’usinier, sans qu’il les renverse au planteur.
Or, si le prix d’achat de la canne payé par l’usinier n’augmente pas, les coûts de production pour le planteur et le coût de la vie augmentent. C’est là qu’intervient l’Etat. Des alliances politiques entre Jean-Paul Virapoullé et les usiniers ont fini par faire financer par l’Etat un complément de revenu versé aux planteurs. Conclusion : pendant que l’Etat permettait aux usiniers de s’enrichir, le planteur voyait l’aide sociale devenir une part toujours plus importante de ses revenus.
Or, la filière canne est une filière rentable. En témoignent les nombreuses valorisations possibles : électricité, rhum, sucres spéciaux sont déjà une réalité à La Réunion. Quant à la transformation de la canne en levure, carburant, papier, colles industrielles, substitut du plastique, elles existent déjà à l’échelle industrielle.
Mais le rapport de production, issu des Accords de 1969, est toujours là, maintenant le planteur dans la dépendance malgré les demandes insistantes des planteurs d’une plus juste répartition des richesses de la canne.

Egoïsme de classe

Mais depuis un certain temps, les planteurs se rendent compte de plus en plus que les revenus qu’ils reçoivent pour la canne ne leur permettent plus de vivre correctement. La hausse des carburants, l’augmentation du prix des engrais, l’inflation des prix des produits de première nécessité sont autant de signaux d’alerte, alors que pendant ce temps, le prix de la canne ne bouge pas. Cela contribue à déséquilibrer les comptes de l’entreprise qu’ils ont la responsabilité de diriger.
Pendant que les planteurs voient leurs revenus diminuer, ils constatent que leur partenaire dans la filière se diversifie et s’enrichit. Les réussites de l’usinier investissant dans la grande distribution, la pêche, le plastique, l’immobilier, la finance, l’énergie sont citées en exemple. L’un d’entre eux vient même d’être propulsé à la présidence d’une des plus importantes compagnies mondiales d’assurance. Cette réussite, elle trouve son origine dans la plantation.
Autre constat : les planteurs se rendent compte qu’une coopérative des planteurs de France est devenue actionnaire majoritaire d’une des deux usines, alors que pendant ce temps, l’usinier refuse d’accorder la moindre ouverture aux planteurs de La Réunion, qui sont des chefs d’entreprise au même titre que les sociétaires de la coopérative de planteurs de betteraves Téréos.
La goutte d’eau qui a fait déborder le vase, c’est quand l’usinier impose la Convention canne et la fait signer.
4.000 livreurs de cannes ont des intérêts, des dettes à payer. Mais avec leurs terres, ils peuvent créer de la valeur ajoutée, et avec la canne, c’est également le cas.
Le planteur n’a désormais plus qu’une chose en tête : pourquoi l’usinier, chef d’entreprise, peut diversifier et s’enrichir, et pas lui, qui est pourtant lui aussi chef d’entreprise ?
Voilà où mènent l’égoïsme de classe et l’intransigeance de l’usinier face au planteur qui, aujourd’hui, tire la langue.

Manuel Marchal


Maurice : l’usinier solidaire de tous les planteurs

Depuis la publication de l’actuel règlement sucrier européen en 2006, la filière canne à Maurice n’a cessé de débattre et d’anticiper pour imaginer une solution afin de négocier le tournant de la fin du prix garanti. Suite à la décision de l’Union européenne l’an dernier, cette menace est devenue réalité, et l’échéance s’est précisée : Maurice a rendez-vous avec le prix du marché l’année prochaine.
Grâce à la concertation de tous les acteurs de la filière, les Mauriciens ont débouché sur une solution consensuelle : la fin du sucre roux. C’est ce que signifie la signature avec le numéro 1 européen du sucre, Südzucker, d’un contrat de fourniture annuel de 400.000 tonnes de sucre blanc mauricien à destination du marché européen. Ce sucre sera vendu plus cher que le sucre roux, l’objectif pour Maurice étant de préserver les revenus de la filière.
Ce contrat débouche sur la construction à Maurice de deux raffineries, dont 35% seront la propriété des planteurs. C’est un investissement de 50 millions d’euros, pour une mise en service l’an prochain.
C’est donc une attitude totalement différente de celle qui prévaut dans la filière canne à La Réunion. A Maurice, planteurs et usiniers montrent une solidarité bien plus forte qu’à La Réunion. Pourquoi ? Parce qu’il n’y a pas à Maurice l’égoïsme de classe qui habite les usiniers de La Réunion. A Maurice, l’usinier est donc solidaire avec ses partenaires les plus faibles. En agissant de la sorte, il montre qu’il a besoin de tous les planteurs.
A La Réunion, l’égoïsme de classe et l’intransigeance de l’usinier lui font refuser toute ouverture pour les planteurs réunionnais, avec pour résultat des aides sociales pour compléter le revenu des planteurs. A quoi rime cette attitude ? L’usinier veut-il montrer qu’il cherche à se débarrasser des planteurs ?


Maurice attend 450.000/460.000 tonnes de sucre en 2008

La Chambre d’Agriculture de Maurice a estimé que la production sucrière de l’île devrait atteindre les 450.000/460.000 tonnes cette année contre 437.000 tonnes l’année dernière.
Selon la Chambre, la production de cannes va atteindre les 4,4 millions de tonnes.
La récolte sucrière a démarré vendredi (le 13-ndlr) sur l’établissement sucrier de Deep-River/Beau-Champ, dans le Sud de l’île, et la prochaine évaluation est prévue pour juillet prochain.

PANA, AfricanManager


Depuis 20 ans, le prix payé par l’usinier pour acheter sa matière première n’a pas augmenté. L’Etat compense ce fait en versant toujours plus d’aides au planteur.


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