Canne à sucre

La recherche peut aider la canne face à l’adversité

Développer la filière canne/sucre

Témoignages.re / 21 septembre 2004

Au séminaire organisé par le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), ateliers et débats ponctueront la semaine.

La canne et la recherche sont intimement liées. La séance inaugurale du séminaire du Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement (CIRAD), hier au Conseil régional, le faisait clairement apparaître, sur le thème "Quelles recherches prioritaires pour l’avenir de la filière canne-sucre à l’horizon 2007-2013 ?"
Pendant toute la semaine, débats et ateliers rassemblent différents acteurs. En introduction, Paul Vergès a résumé le rôle prépondérant de cette culture réunionnaise : "La Réunion vivait au rythme de la canne. L’aménagement en a découlé. La culture de la canne a dominé toute la vie économique et sociale de La Réunion. Le développement et l’expansion de la canne à sucre a forgé la mentalité et l’identité réunionnaise. C’est par ailleurs la seule culture qui lutte contre l’érosion des sols. Notre agriculture a toujours réagi en fonction de la demande extérieure. C’est ainsi que nous avons vu la disparition des épices, du café, du géranium, du vétiver... Aujourd’hui c’est la canne à sucre qui est menacée".
Si la mondialisation nous apparaissait comme lointaine, voilà que tout le monde peut se rendre compte que notre activité centrale dépend du processus de globalisation des marchés. Ce qui pousse à mener "une réflexion politique, avec les industriels, les chercheurs et les planteurs pour faire en sorte que l’opinion s’approprie le problème de l’avenir de la filière".

Si le Comité paritaire canne-sucre parle d’un "acte de foi raisonné", Paul Vergès note, évoquant la rencontre entre planteurs et industriels, que c’est "un mariage de raison" qui peut être plus solide qu’un mariage de passion. Il est nécessaire de maintenir cette union autour de la canne, "de résoudre les contradictions et de les dépasser", car "la survie de l’un dépend de la survie des autres".
Insistant sur le fait que la sauvegarde de la canne est l’affaire de tous, le président s’adressait finalement directement à l’assemblée : "Jamais l’importance de la recherche n’a été aussi grande, qu’au moment où une crise menace. Les chercheurs apportent leur contribution pour sauver la filière canne-sucre. Si nous réussissons, c’est un exploit d’aller en sens contraire à l’Organisation mondiale du commerce et de maintenir le développement de la canne et du sucre alors que l’Europe baisse sa production et diminue les produits".

Vers les sucres spéciaux

Bernard Siegmund, responsable du pôle canne-sucre du CIRAD Réunion a présenté les objectifs du déroulement du séminaire. À cette période charnière, il s’agit "de se focaliser sur le cas réunionnais et d’aborder la filière sous l’angle de la recherche. Les acquis de la recherche agronomique, la contribution à ce jour du CIRAD et du CERF en association avec l’Université et de nombreux autres partenaires, seront à présenter et à discuter au sein de groupes de travail qui seront constitués durant le séminaire".
ILa Chambre d’agriculture affirme la position capitale de la canne dans le domaine agricole, économique, énergétique, environnemental et encourage à "poursuivre les recherches en cours dans le sens d’une meilleure gestion de l’environnement et du développement durable". Il faut veiller particulièrement, selon l’établissement consulaire, à bien effectuer le transfert des résultats de la recherche auprès des exploitants afin de créer une dynamique encore plus forte.
Le syndicat des fabricants de sucre a présenté un exposé sur la qualité de la recherche réunionnaise qui a permis, malgré la diminution de la surface cannière, de maintenir et même d’augmenter la production. L’irrigation comme la mécanisation de la récolte est en marche. Une lourde restructuration industrielle a été achevée et la production s’oriente vers les sucres spéciaux.
Les objectifs énumérés par Xavier Thiéblin, directeur du groupe Quartier Français sont les suivants : "pérenniser la remontée du tonnage, accroître la richesse en sucre et le sucre extractible, optimiser les ressources en eau de qualité et faciliter la mécanisation de la récolte". Il soumettait au chercheur une question, celle de la quantification du rôle environnemental joué par la canne.

Défendre la filière à Bruxelles

Vincent Le Dolay, directeur de l’Agriculture et de la Forêt a quant à lui fait le point sur la visite du ministre, relayant l’engagement qu’il a pris de défendre la filière à Bruxelles. Il demandait aux chercheurs de fournir des données sur les coûts de production car il n’existe pas pour l’heure de dispositif statistique à ce sujet. Comme d’autres avant lui, il soulignait le moment charnière que nous vivons, avant les renégociations du DOCUP, du Contrat de Plan , de la convention canne et du PoséiDom.
Le directeur du CIRAD, Jean-Luc Khalfaoui, dont c’est la première venue à La Réunion estime que "nous nous livrons à un travail exemplaire de programmation de la recherche qui passe par le dialogue entre le monde de la recherche, la société civile et la société privée. Il est rare de rencontrer cette ambition de dialogue et d’anticipation".

Eiffel


CIRAD : 45 agents et 16 chercheurs à La Réunion

Le CIRAD est un organisme de recherche français au service des pays du Sud et des DOM-TOM. Il est présent dans 54 pays à l’étranger. La recherche sur la canne dans le monde est en forte évolution. L’Organisation commune du marché provoque une forte compétition entre les filières nationales et mène à un paradoxe puisqu’elle fait grandir la compétition entre les structures nationales de recherche et demande une plus grande collaboration pour assumer les coûts de la recherche. Une tension existe donc entre compétition et collaboration, d’autant plus qu’il n’existe pas de centre international permettant une meilleure mutualisation.
Le directeur du CIRAD, Jean-Luc Khalfaoui indique qu’au nom de la compétition "on assiste à une protection accrue des résultats de la recherche, à un secret de l’expertise, à des limitations du libre-échange de matériels végétal, informatique, technologique". Parallèlement, "la coopération est accrue par de nouvelles formes de collaboration entre structures nationales et la constitution de nouveaux réseaux".

"Du gène à la porte des usines"

La canne mobilise de manière permanente 80 agents et 30 chercheurs du CIRAD. 45 des agents sont à La Réunion ainsi que 16 chercheurs. Le programme de recherche va "du gène à la porte des usines" en s’axant vers une meilleure connaissance sur le génome de la canne et de ses maladies, l’amélioration variétale, l’amélioration du système de culture, la mise en place d’un système d’aide à la décision, au pilotage, à la gestion de la production de cannes.
Trois grands éléments se distinguent dans la recherche menée par le CIRAD. Il y a la recherche historique : amélioration variétale, gestion de l’eau et irrigation, défense des cultures, l’agronomie. D’autres recherches sont engagées sur la multifonctionnalité, l’amélioration et la valorisation de la richesse, la mise en place d’outils d’aide à la décision ; la diversification et la valorisation des produits, l’analyse économique et l’économie de l’environnement. Le CIRAD veut poursuivre l’approche intégrée de la recherche avec les acteurs de la filière, et maintenir le rayonnement international de ses recherches.


De la bagasse aux panneaux et aux nouvelles molécules

Plusieurs personnalités viennent de Métropole pour participer à cette réflexion. Le professeur Castellan, du laboratoire de chimie des substances végétales de l’Université de Bordeaux, travaille déjà avec la filière réunionnaise et une université brésilienne sur la valorisation de la bagasse. Le professeur Gaset, du laboratoire de Chimie agro-industrielle de l’université de Toulouse, est pour sa part un spécialiste de la recherche sur les nouvelles molécules dans les produits alimentaires. Il est accompagné de Zéphirin Mouloungui, directeur de recherches INRA, INP/ENSI-ACET Toulouse.
Un étudiant en thèse réunionnais, William Hoareau, vient spécialement de l’université de Bordeaux pour parler de ses recherches sur la valorisation de la bagasse par élaboration de composites et panneaux à propriétés spécifiques. Participent également, Jean-Yves Dupré, chargé de mission du ministre de l’Agriculture auprès de la filière canne-sucre, Jean-Luc Khalfaoui et Robert Domaingue, respectivement directeur et chef du programme canne à sucre du département cultures annuelles du CIRAD à Montpellier.