Canne à sucre

La Réunion en retard ?

Maurice développe toutes les potentialités de la canne

Témoignages.re / 21 juillet 2004

Dans l’entretien qu’il nous a accordé hier, Élie Hoarau estime que le moment est venue pour notre filière canne de prendre un tournant et de ne plus se contenter de développer les productions classiques que sont le sucre et le rhum. Selon lui, d’importantes marges existent encore avec l’exploitation de toutes les potentialités de la canne.

Le secrétaire général du PCR évoquait de nombreuses possibilités ouvertes mais non encore exploitées à La Réunion : au-delà de la seule production de sucre, la canne peut servir à fabriquer éthanol, énergie, alcool, plastique biodégradable, protéines unicellulaires et produits pharmaceutiques et chimiques.
Dans le même entretien, le secrétaire général du PCR indiquait que dans plusieurs de ces domaines, Maurice s’est déjà positionné.
Sous l’impulsion de la Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), notre voisine dit avoir dans ses cartons un projet d’usine de fabrication de produits pharmaceutiques. Depuis 1998, en collaboration avec une firme américaine, l’Île Sœur travaille à l’implantation d’une production de plastiques biodégradables.
Le groupe Alcodis, avec le soutien de la société internationale Aloc Group, a construit une unité de fabrication d’éthanol à Rose-Bell. Les experts mauriciens estiment pouvoir produire environ 30 millions de litres d’éthanol par an. Pour le moment, leur coût de production reste largement supérieur à celui des grands pays producteurs (11 roupies un litre d’éthanol produit à Maurice contre 4 roupies, en moyenne, ailleurs).

Le marché de l’éthanol

Mais l’Île Sœur espère pouvoir rapidement s’en sortir.
D’une part, en menant des recherches pour trouver la variété de canne permettant de produire un maximum d’éthanol : un taux de fibre supérieur à 19% est une bonne solution. Ensuite, en valorisant les sous-produits issus de la distillation de l’éthanol (fertilisants, aliments pour bétail...).
D’autre part, en faisant appel à d’autres expertises.
C’est ainsi que, profitant du séjour du ministre brésilien de l’Agriculture présent à Maurice la semaine dernière pour la réunion du G90, Maurice a obtenu la promesse d’une aide et d’un partage de l’expertise de ce pays en matière de production d’éthanol. Alors que les aspects techniques de cet engagement doivent être prochainement réglés, une délégation officielle mauricienne conduite par Paul Bérenger se rendra en octobre à Brasilia pour poursuivre les échanges et lui donner un caractère plus politique.
Maurice vise de fait à fournir le marché européen d’ici 6 à 7 ans.
En effet, une directive européenne fait obligation d’une utilisation de l’éthanol pour la consommation énergétique des automobiles à partir de 2010. Les experts mauriciens ont cette perspective en tête.
D’une manière générale, nos voisins n’hésitent pas à faire appel à des concours extérieurs, des partenariats pour développer leur économie cannière. "On doit multiplier les partenariats stratégiques qui nous permettront de nous associer à ceux qui maîtrisent soit la technologie ou alors les filières pour faire connaître et commercialiser les produits que nous fabriquerons à partir de notre industrie de la canne", a déclaré Kailash Ruhee, un industriel mauricien.

Le retard de La Réunion

Maurice table sur les... financements européens pour mener à bien son développement de l’économie cannière. En effet, le projet de réforme Fischler prévoit des programmes d’aide, avec des financements du Fonds européen de développement, pour permettre l’amélioration de la qualité et de la productivité des secteurs sucriers, et "aider à la diversification, dans les cas où l’amélioration de la compétitivité n’est pas possible". Maurice pense que ce financements pourraient l’aider à mener à bien ses projets.
Sans attendre, Nando Bodha, le ministre mauricien de l’Agriculture, animera cette semaine une réunion - une “brainstorming session” - consacrée à l’exploitation sur une base économique et optimale des sous-produits de la canne (la mélasse, la bagasse et l’éthanol).
Alors que La Réunion est, sans conteste, à l’ébauche d’une réflexion sur le même thème, nos amis mauriciens ont incontestablement pris de l’avance. La Réunion est-elle effectivement en retard ? Et ne risque-t-elle pas de la payer ? Intégrée à l’Union européenne, notre île devra appliquer la directive européenne sur l’éthanol : en 2010, les voitures circulant dans l’île devra intégrer dans leur carburant une part d’éthanol. Ce produit, sera-t-il exporté de Maurice qui en produira en grande quantité, tout en ne l’utilisant pour sa propre consommation automobile ?
Car, pour l’heure, notre voisine n’a pas encore envisagé, à notre connaissance, de rendre obligatoire l’usage de ce produit pour la circulation de ses voitures.