Canne à sucre

La Réunion sera-t-elle concernée ?

La France va développer sa production de biocarburants

Témoignages.re / 10 septembre 2004

Jean-Pierre Raffarin veut tripler la production de carburants extraits de produits agricoles. Une perspective qui, adaptée à La Réunion, pourrait constituer une voie de développement pour notre filière canne-sucre. À condition qu’elle soit étudiée et mise en œuvre.

Après une forte escalade, le prix du pétrole est resté à un niveau élevé. Dans le même temps, le débat sur le niveau des réserves de pétrole disponibles est ré-ouvert. Si des experts disent que la planète peut encore compter sur une quarantaine d’années d’exploitation de l’énergie, d’autres critiquent cette théorie. Par ailleurs la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre devient une urgence.
C’est dans ce contexte que la France a décidé de développer sa production de biocarburants, c’est-à-dire de carburants extraits de produits agricoles et principalement d’éthanol. Après Jacques Chirac qui, le 19 août dernier avait invité à en faire une préoccupation essentielle, c’est Jean-Pierre Raffarin qui, lors d’une intervention faite avant-hier, a déclaré que le problème devenait un "sujet de cohésion nationale", et qu’il permettrait une "grande réconciliation entre l’agriculture et l’environnement".

La politique du gouvernement en la matière ne fait pas l’unanimité. Sa timidité et sa mise en œuvre tardive sont dénoncées. Plusieurs spécialistes estiment qu’après avoir été en pointe, La France a reculé et se retrouve aujourd’hui dépassée par de nombreux pays (Brésil, Canada, États-Unis) qui ont développé leur filière de production depuis le premier choc pétrolier et, plus récemment, par l’Espagne ou l’Allemagne.
Pour certains experts, la France réagit sous la contrainte des recommandations européennes. Bruxelles préconise d’incorporer dans les carburants classiques 2% de biocarburants en 2005 et 5,75% en 2010.
Jean-Pierre Raffarin a annoncé le triplement des capacités de production française d’ici à 2007.
Les surfaces qui seront consacrées aux cultures de plantes d’où peuvent être extraits les biocarburants devront tripler pour passer de 450.000 tonnes par an à 1,25 million. La construction de quatre usines capables de produire 200.000 tonnes par an sera lancée.
Cette activité qui pourrait déboucher sur la création (ou le maintien) de 6.000 emplois, en plus des 4.000 existants.

Jean-Pierre Raffarin n’a cependant pas tranché sur un débat de fond : comment sera financé le surcoût du biocarburant ? Le gouvernement défiscalisera-t-il les producteurs, leur permettant de ramener le prix de leur produit à un prix acceptable ? Ou bien fera-t-il payer les utilisateurs de biocarburant ? Nous retombons là dans un débat classique : est-ce au contribuable de payer ou bien au consommateur ?
Ceci étant et malgré ses imperfections, cette politique énergétique ne peut pas ne pas intéresser La Réunion.
Le sucre de canne est un gros producteur d’éthanol. Grâce à l’action de micro-organismes comme les levures, il est transformé en alcool. C’est le processus de fermentation. Après distillation, on obtient de l’éthanol, l’alcool ordinaire que l’on retrouve dans le rhum. Mélangé à de l’essence ordinaire, il peut être utilisé comme biocarburant.

Dans les perspectives de développement de la filière à La Réunion, pour faire face aux effets de la réforme de l’OCM-Sucre, de nombreuses voix ont dit que la production d’éthanol pouvait être une alternative.
Certes, le sujet est à aborder avec prudence. Entre le souhait de développer une production réunionnaise d’éthanol et la réalisation du projet, il y a du pain sur planche.
Il faudrait étudier la faisabilité de l’initiative, rechercher une variété de canne exploitable pour un tel objectif, s’assurer que la production d’éthanol ne se fait au détriment de celle du sucre, arriver à sortir un produit compétitif, etc.
Mais comme les discussions entre les professionnels réunionnais d’une part et le ministre de l’Agriculture et les autorités européennes de l’autre, se précisent, la question, à terme, d’une production réunionnaise d’éthanol mériterait d’être posée au vu des orientations que vient définir le premier ministre.

J. M.


Le point sur la campagne sucrière samedi dernier

La semaine dernière, à la Sucrerie du Gol, la réception des cannes a été limitée, suite aux risques de coupure de vapeur pour cause de préavis de grève à la Compagnie thermique du Gol. 44.880 tonnes ont été reçues et traitées.
La richesse du bassin Sud-Ouest était en progression par rapport à la semaine précédente : 14.75%.
À la Sucrerie de Bois-Rouge, l’activité fut normale, avec 43.020 tonnes reçues et traitées, malgré la contrainte de réduction des apports en raison des éventuels risques de grève de la Compagnie thermique de Bois-Rouge.
La richesse était en progression par rapport à la semaine précédente : 14.39%.
Concernant l’activité de la semaine du 30 au 4 septembre dans l’ensemble des sucreries, 87.900 tonnes de cannes ont été traitées ; samedi dernier, depuis le début de la coupe, 787.133 tonnes avaient été reçues, pour une prévision de 1 million 922.000 tonnes ; cela représente un taux d’avancement de la campagne sucrière de 40.95%.