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4 juin, parNos peines
Mauvais coup au pouvoir d’achat des planteurs à l’île de La Réunion
23 décembre 2010, par

Une nouvelle fois, les planteurs de canne à sucre paient le prix de la restructuration de la filière canne lancée par les accords de 1969. La richesse globale et le tonnage livré diminuent, alors les revenus vont diminuer pour les planteurs. Pour sa part, l’usinier peut maintenir ses revenus grâce à un meilleur rendement de ses usines, et parce qu’il commercialise des produits de la canne qu’il ne paie pas, mais qui permettent de fabriquer des marchandises qui elles ne sont pas données.
La première campagne sans usinier réunionnais vient de se terminer. Pour les planteurs, le bilan n’est pas positif avec une baisse du tonnage et de la richesse.
Une baisse des revenus des planteurs tirés de la vente des cannes à l’usine, c’est la conséquence mécanique des accords de 1969 qui structurent toujours la filière. En effet, le prix payé par l’usinier au planteur dépend de l’estimation de la présence d’un produit, le sucre, et du tonnage livré.
39,09X[(richesse en sucre-5,8)/8], selon la Convention canne, c’est comme cela qu’est calculé le prix usine d’une tonne de canne livrée par le planteur.
Il est donc évident qu’à partir du moment où la richesse diminue, l’usinier va payer la tonne moins chère. Mais cela ne veut pas dire qu’il pourra en tirer moins de bénéfice. C’est ce que démontre cette dernière campagne sucrière.
Outre la baisse des livraisons par rapport à l’an dernier, la richesse diminue de 0,3 point. Parmi les causes invoquées par les usiniers pour expliquer ce fait, une manque à l’appel et concerne directement leur politique.
Lors du début de la campagne, un conflit avait opposé planteurs et usiniers au sujet de la procédure du calcul de la richesse. Les nouveaux dirigeants de la filière canne avaient en effet changé la manière de travailler de leur observateur. Les planteurs estimaient que ce dernier faisait pression sur les opérateurs chargés de prélever l’échantillon servant de calcul à la richesse, ce qui avait pour conséquence une nette diminution de cette richesse.
Une autre cause de cette baisse de richesse engage aussi l’industriel, il s’agit de la panne de l’usine de Bois-Rouge durant un mois l’année précédente. Elle a rallongé la campagne de deux mois, ce qui a pu entraîner une diminution de revenus pour des planteurs, qui n’est pas compensée par l’usinier.
Le troisième facteur est le climat. Il rappelle que les accords de 1969 et la SAFER créée par l’État ont permis aux usiniers de laisser aux planteurs seuls le risque de planter la canne à sucre. Si les conditions climatiques sont défavorables, alors c’est au planteur d’en payer le prix, pas à l’usinier et cela pour une raison bien simple. À la différence du planteur dont les revenus dépendent de la vente d’une matière première, la canne, l’usinier peut jouer sur les ventes de plusieurs produits pour équilibrer son bilan.
Pour le sucre, en améliorant le rendement de ses usines, l’industriel voit sa perte de production devenir marginale (-0,97%), ce qui est cinq fois moins que la perte de revenu estimée des planteurs.
Pour les alcools, l’usinier peut toujours bénéficier d’une matière première gratuite, c’est la conséquence des accords de 1969. Il ne partage donc aucun profit de la vente de ces produits à forte valeur ajoutée. Et même s’il n’a pas suffisamment de mélasse pour honorer ses livraisons, l’usinier pourra toujours en importer.
Cette première campagne sans usinier réunionnais ne change rien sur le fond. Pénalisés par la structuration de la filière, les planteurs sont les grands perdants.
Manuel Marchal
Sur la base des informations rendues publiques hier par les usiniers, ce tableau démontre que la plus forte diminution concerne le revenu des planteurs tirés du prix usine. N’entre donc pas en ligne de compte la prime bagasse qui ne dépend pas de la richesse mais du tonnage.
Il s’avère que la perte la plus importante concerne le revenu tiré par le planteur de la vente de ces cannes à l’usinier. Ce dernier compense une baisse des livraisons par une amélioration du rendement de son industrie. Du fait de la structure de la filière canne, les planteurs n’ont droit à aucun bénéfice de cette hausse du rendement.
| Résultats | 2009 | 2010 | Variation (en %) |
| Cannes livrées par les planteurs (en tonnes) | 1.906.464 | 1.877.197 | -1,54% |
| Estimation perte planteurs (en euros) | 75.362.069,13 | 71.453.415,42 | -5,19% |
| Sucre produit par les usiniers - Estimation (en tonnes) | 207.000 | 205.000 | -0,97% |
| Rendement extraction de sucre (en %) | 10,86% | 10,92% | +0,58% |
Nos peines
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