Canne à sucre

Le cas de la filière canne réunionnaise étudié de près

La CGPER et la réforme de l’OCM-Sucre

Témoignages.re / 17 février 2005

La CGPER a tenu une conférence de presse dimanche dernier sur le site de Stella à Saint-Leu en présence d’une centaine de planteurs. Cette rencontre a porté sur les suites du courrier adressé le 7 janvier 2005 par la CGPER au président de la commission agricole du Parlement européen, Joseph Daul.

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Le courrier adressé il y a un mois par la CGPER à Joseph Daul avait été co-signé par les cinq présidents des commissions mixtes d’usine (Le Gol, Grands-Bois, Stella, Beaufonds et Bois-Rouge) ainsi que des présidents de la CPCS et du CTICS. Il faisait état de la grande inquiétude des planteurs vis-à-vis de la réforme sucrière. Le président de la commission agricole de Bruxelles Joseph Daul, dans sa réponse en date du 19 janvier 2005, a indiqué que le courrier de la CGPER l’a rendu très attentif aux conséquences des propositions de la réforme de l’OCM-Sucre pour les producteurs de La Réunion. Il a ajouté qu’il était conscient de l’importance de cette filière en matière économique et sociale.
Face à ce constat, Joseph Daul ainsi qu’une douzaine de membres de la commission agricole feront un déplacement dans notre département pendant la première semaine de mai afin de voir la réalité de terrain.
Pour la CGPER, cette visite sera le tournant historique pour l’avenir de la filière canne - sucre à La Réunion dans la mesure où cette visite interviendra un mois avant la décision définitive de l’Union européenne sur la réforme de l’OCM-Sucre qui rappelons-le, a prévu dans ses propositions du mois de juillet une diminution de 33% du prix du sucre pour l’ensemble des pays européens.
Le fait que la commission européenne de Bruxelles fasse une visite dans notre département montre que le travail persistant de la CGPER et la mobilisation des planteurs vis-à-vis de la commission de Bruxelles ont permis de sensibiliser les hauts responsables de Bruxelles sur les conséquences de la réforme de l’OCM-Sucre sur l’avenir de notre département. Il s’agit d’un signe encourageant, mais qui montre également que rien n’est figé et que la menace est réelle d’autant que le président de la commission de la coopération Louis Michel, en visite à Maurice, a récemment déclaré qu’il était impossible de retarder une réforme de l’OCM-Sucre et qu’il n’était plus question que l’Union européenne continue à payer le sucre au double du prix mondial.
Il est donc indispensable de préparer la visite de la commission agricole de Bruxelles afin de montrer ce que représente la filière canne à La Réunion : 5.000 planteurs, 12.000 emplois directs et indirects, 130 millions d’euros de chiffre d’affaires soit 80% des exportations totales, 33 % de la production électrique, l’aménagement du territoire et touristique, etc.
Au-delà de la réalité de la filière canne, il serait inconcevable que l’Union européenne qui a investi dans le basculement des eaux pour augmenter notre production cannière, décide de diminuer le prix du sucre entraînant la fin de notre filière canne.

Rencontre avec les députés européens

Nous ne pouvons pas comparer notre situation à celle de l’Europe continentale. Premièrement, nous n’avons pas de culture de remplacement à la canne, contrairement à nos collègues de Métropole qui peuvent du jour au lendemain remplacer la betterave par du blé ou de l’orge, et deuxièmement, nous n’avons pas de possibilité de reconversion, surtout dans un département où le taux de chômage dépasse les 35%.
Par ailleurs, ce ne sont pas avec nos 200.000 tonnes de sucre annuel sur un marché européen de 20 millions de tonnes de sucre et un marché mondial de 130 millions de tonnes que nous allons déstabiliser le cours du sucre. Par contre, lorsqu’on parle de libérer le marché afin de permettre aux pays pauvres de se développer, on se voile la face dans la mesure où ceux qui bénéficieront de cette libéralisation du marché, ce sont de grands groupes européens et mondiaux comme l’Union SDA (propriétaire de l’usine de Bois-Rouge) et non le petit planteur insulaire. Est-ce là du développement durable de ces pays ?
Compte tenu du calendrier très court, la CGPER mène actuellement une campagne de sensibilisation auprès de tous les responsables politiques de droite comme de gauche qui veulent défendre la filière canne. Après avoir exposé à la députée Marie-Georges Buffet la nécessité de conserver le maximum de petits et moyens planteurs, notre organisation syndicale rencontrera la semaine prochaine une délégation de quatre députés européens emmenés par Éric Wurtz, ainsi que la ministre de l’Outre-Mer Brigitte Girardin pour lui rappeler que si l’Union européenne ne parvenait pas à compenser une baisse du prix du sucre, l’État devra prendre ses responsabilités pour maintenir le prix de la tonne de canne, surtout pour les petits et moyens planteurs de 0 à 2.000 tonnes, qui fournissent chaque année près de 80% de la production.