Canne à sucre

Le quota de sucre des outre-mer utilisé par les betteraviers

Ce que La Réunion apporte à Tereos -2-

Manuel Marchal / 26 juin 2017

La Réunion, la Guadeloupe et la Martinique ont droit jusqu’à cette année à un quota de 432.000 tonnes. Dans sa publication sur l’état du marché sucrier en Europe en date du 30 mai dernier, la Commission européenne indique que la production sucrière des outre-mer a été de près de 555.000 tonnes en 2016. Or, 86.000 tonnes ont été réellement produites en Guadeloupe, et 187.000 tonnes à La Réunion. Plus de 300.000 tonnes produites en France ont donc été basculées dans ce quota. Difficile d’imaginer que Tereos n’ait pas utilisé cette possibilité pour contourner la limite du quota qui lui était alloué pour ses usines en France.

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Extrait du dernier Etat du marché du sucre publié par la Commission européenne. Il fait apparaître que plus de la moitié de la production déclarée « DOM » vient de France.

Témoignages de samedi a constaté que les importantes subventions versées notamment par la France à l’industrie sucrière à La Réunion ne sont pas étrangères aux importants bénéfices déclarés par Tereos. Les planteurs indiquent en effet que le propriétaire des deux usines sucrières de notre île touche maintenant 110 millions d’euros par an. Pour ces activités 2016-2017 à l’échelle du monde, Tereos a annoncé 106 millions d’euros de résultat net.

Un autre atout de La Réunion à la disposition de Tereos est le centre de recherche R’Canne. De réputation internationale, ce centre travaille à la création de nouvelles variétés de canne à sucre. La diversité des conditions climatiques à La Réunion est un champ idéal d’expérimentation. Ce qui constitue un intérêt important pour un groupe implanté notamment au Brésil.

En devenant propriétaire successivement de Sucrerie de Bourbon puis de la Société sucrière de Quartier Français, Tereos a également hérité du quota qui était alloué à ces entreprises dans le cadre de la politique agricole commune. Les Réunionnais bénéficient en effet d’un quota de 300.000 tonnes qui n’a jamais été atteint. Rappelons que jusqu’au 1er octobre prochain, la règle des quotas s’applique. Cela signifie que si un producteur n’arrive pas à atteindre son quota, et que d’autre part il n’arrive pas à vendre tout son sucre, alors l’Union européenne est obligée d’acheter les invendus à un prix qui doit garantir un revenu suffisamment rémunérateur pour le producteur. Ce qui signifie généralement un prix au-dessus du cours mondial.

312.000 de tonnes de sucre de betterave dans le quota outre-mer

Dans ces informations relatives à l’état du marché européen du sucre, la Commission européenne indique que le quota alloué à la Guadeloupe, la Martinique et La Réunion a été largement dépassé en 2016. Elle annonce que près de 555.000 tonnes ont été produites dans ces trois régions, ce qui fait que le quota a été dépassé de 122.000 tonnes. Une note en bas du tableau fait néanmoins apparaître que dans ce quota, 63.000 tonnes de sucres ont été produites aux Antilles, 187.000 tonnes à La Réunion, et 312.000 tonnes en France.

Autrement dit, la production réelle pour les pays concernés par ce quota a été de 250.000 tonnes, soit 180.000 tonnes de moins que ce qui était disponible. Des industriels français ont donc basculé une partie de leur production pour bénéficier d’une partie du quota alloué aux outre-mer. Ce faisant, au lieu d’avoir à gérer 312.000 tonnes hors quota, la manœuvre leur a permis de n’avoir finalement que 122.000 tonnes dans cette situation.

Ces 180.000 tonnes doivent être comparé à la totalité de la production des betteraviers hors quota. Elle était de près de 1,150 millions de tonnes. Le transfert d’une partie du sucre de betteraves sur le quota des outre-mer représente donc environ 15 % du volume qui ne bénéficie pas de l’aide de l’Union européenne.

15 % du sucre hors quota

C’est une facilité qui permet aux sucriers français de bénéficier d’une aide supplémentaire des pouvoirs publics. Le document de la Commission européenne ne permet d’identifier les bénéficiaires de ce système. Tereos étant propriétaire d’usines à La Réunion, il est difficile de croire qu’il ne bascule pas une partie de sa production sur le quota des outre-mer.

Sachant que chaque année, le quota alloué aux outre-mer n’est pas atteint par les usines de Guadeloupe, de Martinique et de La Réunion, les bénéfices n’ont donc cessé de s’accumuler en recourant à cette opération.

Autrement dit, non seulement Tereos peut bénéficier d’importantes subventions au titre de son implantation à La Réunion, mais en plus l’industriel a la possibilité de vendre plus cher une partie de sa production en utilisant la part inutilisée du quota des outre-mer.

Il convient de faire toute la lumière sur ce que rapporte cette pratique, et d’intégrer cette somme dans les bénéfices tirés de la vente de la canne à sucre à La Réunion.

Système néocolonial

Cette méthode est révélatrice d’un état d’esprit. Car l’industriel aurait pu avoir une autre attitude en créant les conditions pour que la production sucrière réunionnaise puisse enfin atteindre son quota. Au lieu de cela, le quota des outre-mer est utilisé pour augmenter les bénéfices de producteurs situés à 10.000 kilomètres de La Réunion. C’est une illustration supplémentaire du système néocolonial qui domine à La Réunion.

M.M.