Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
D’un recensement agricole à l’autre - 1988-89 à 2000
2 février 2006

Comment ont évolué les très petites exploitations cannières dans les trente à quarante dernières années ? Que représentent-elles encore dans la filière canne/sucre & Co ? Quelques données chiffrées (DAF, CTICS) permettent de répondre.
Dans le dernier recensement agricole 2000 de La Réunion, les exploitations plantées en canne sont au nombre de 4.777, ce qui représente un peu plus de la moitié (51,5%) du nombre total des exploitations recensées - 9.272. En superficie, le rapport oscille aussi autour de la même proportion : les surfaces plantées en canne atteignent 25.923 hectares, sur le total des 52.333 hectares occupés par l’ensemble des exploitations, friches et jachères comprises.
En termes de marge brute, le recensement 2000 indique que la canne à sucre représente encore un tiers de la marge brute standard mesurée en “unité de dimension européenne” : il faut ajouter la production maraîchère et celle des fruits pour approcher le résultat de la canne dans l’analyse de la dimension économique des exploitations.
“Coût social”
Ces chiffres donnent un aperçu de la place qu’occupe encore l’économie cannière dans l’agriculture réunionnaise en général, en même temps qu’un spectre des évolutions survenues depuis une quarantaine d’années.
4.777 exploitations cannières, c’est quatre fois moins qu’en 1957, quand les statistiques dénombraient encore 18.640 exploitations plantées en canne, dont la très grande majorité était des très petites exploitations.
À la fin des années 60, quand commence l’intégration de La Réunion à la CEE, des chiffres officiels donnaient 16.500 exploitations cannières, dont 60% s’étendaient sur moins de 1 hectare de cannes (*) - ce qui représentait encore plus de 10.000 très petites exploitations.
En 2000, le nombre total des très petites exploitations, de moins de 1 hectare en surface agricole utile (SAU), n’est plus que de 2.246, toutes cultures confondues, dont 212 exploitations sont plantées en canne.
Ces très petites exploitations cannières représentent 4,4% de l’ensemble des exploitations et moins de 10% (9,4%) des exploitations de moins de 1 hectare.
À travers ces chiffres, au-delà de leur caractère désincarné, apparaît la notion de “coût social” des évolutions traversées. Lorsque les petits et moyens planteurs disent qu’ils ont supporté l’essentiel des transformations qui ont façonné la filière ces dernières décennies, la véracité de ce jugement se lit dans les chiffres des recensements successifs.
Ainsi, le nombre des très petites exploitations cannières a été divisé par plus de 47 en trente ans. Que sont devenus les tout petits exploitants de ces trente dernières années ? Une partie de la réponse est dans les chiffres mesurant la place des activités agricoles dans l’économie réunionnaise ; une autre, dans les évolutions des emplois agricoles sur la même période ; une autre encore, dans les chiffres du chômage et du RMI.
Changement d’échelle
Les évolutions ont été telles que la notion de “petite exploitation” a changé d’échelle, pour regrouper aujourd’hui les exploitations de moins de 5 ha : elles sont 2.638 exploitations dans l’économie cannière, représentant plus de la moitié (55%) des exploitations plantées en canne. De sorte que ceux qui sont considérés aujourd’hui comme des petits, voire très petits exploitants, représentent encore un peu plus de la moitié des chefs d’exploitations cannières ; tandis qu’en termes de superficie, ils n’occupent qu’environ un quart (6.592 ha), des 25.923 ha plantés en canne.
Si on y ajoute les exploitations cannières moyennes (de 5 ha à moins de 20 ha), au nombre de 2.068 en 2000, les petits et moyens planteurs dirigent plus de 98% des exploitations plantées en canne (4.706 des 4.777 exploitations cannières), représentant plus de 80% de la sole cannière totale.
Il n’est pas indifférent non plus de relever que sur les 6.579 exploitants recensés selon leur âge sur les exploitations de moins de 1 ha à moins de 5 ha - 70% des exploitants - les moins de quarante ans sont au nombre de 2.374, formant un gros tiers des petits exploitants.
Une filière à moderniser en commun
La prise en compte de l’ensemble de ces facteurs - poids économique de la canne dans la production agricole, dimension sociale et humaine de l’activité de ce secteur - conduit à faire voir combien il est nécessaire de défendre la “filière canne”, pour poursuivre sa modernisation et sa valorisation. Et pas dans une défense “abstraite” qui servirait en fait à masquer des contradictions susceptibles, à terme, de fragiliser l’activité cannière.
N’est-ce pas plutôt dans notre capacité commune à appuyer les facteurs concrets de modernisation de la filière, en changeant ce qui doit l’être, que nous aurons le plus de chance de maintenir la canne dans son rôle de moteur d’une “agriculture raisonnée”, à la mesure des besoins de l’île pour ce 21ème siècle ?
P. David
(*) les chiffres cités dans le “Plan de survie” (PCR, 1975) sont les statistiques officielles de l’époque.
Les recensements agricoles
Le recensement agricole 2000 est la quatrième enquête réalisée à La Réunion auprès des exploitants agricoles. Ces enquêtes ont lieu périodiquement dans chaque pays de l’Union européenne. L’enquête 2000 était la 5ème effectuée en France depuis la seconde guerre mondiale.
Chaque recensement dresse un tableau instantané de l’agriculture et permet de suivre son évolution, à partir des données recueillies sur la population agricole, l’utilisation du sol, les effectifs d’animaux, les moyens de production, la mesure du travail effectué, etc... Ses résultats détaillés permettent les prises de décision de politique agricole, notamment pour préparer l’avenir, à partir de la mesure de l’impact des évolutions.
(source : DAF)
Dimension économique des exploitations
La canne comme locomotive
Parmi les données collectées auprès des exploitants, celles portant sur la “marge brute standard” (MBS) selon l’orientation technico-économique font apparaître le rôle moteur de l’économie sucrière dans l’ensemble des plus de neuf mille exploitations agricoles de l’île (voir tableau).
La marge brute standard est mesurée en “unité de dimension européenne” (UDE), qui sert à évaluer la valorisation des superficies. Une unité (UDE) équivaut à 1.200 ECU (*), soit la valeur standard (mensuelle) en marge brute de 0,43 hectare de canne à sucre à La Réunion.
Les deux premières colonnes (voir tableau), donnant la marge brute standard de 1.395 exploitations de moins de 1 ha à moins de 5 ha, font apparaître que même les plus petits producteurs de canne, livrant de moins de 10 à plus de 150 tonnes, participent à la production de la richesse la plus importante de l’économie agricole.
Les 52.376 UDE apportées par les exploitations cannières représentent 32,6% de l’ensemble (d’après les données 2000). Ces 1.395 livreurs de canne parmi les plus modestes dégagent une marge brute 6 fois supérieure, par exemple, à celle des plus petits producteurs de fruits de l’île (autre que la banane).
(*) L’ECU (european currency unit) est la monnaie-panier européenne créée depuis le lancement du système monétaire européen (SME) en 1979. Ce devait être aussi le nom de la nouvelle monnaie dont la création devait marquer à partir de 1999 “la 3e phase de l’Union économique et monétaire”, selon le Traité de Maastricht (1992). Mais finalement, cette monnaie s’est appelée “euro” (1 euro = 1 ecu) et l’appellation ecu, qui n’est utilisée qu’entre les banques centrales du SME, désigne la valeur de conversion de l’ensemble du panier des monnaies nationales européennes, y compris la livre sterling, qui n’est pas fondue dans l’euro.
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