Les planteurs dans le capital de Tereos Océan Indien : la transparence dérange-t-elle ?
6 juillet, parL’avenir de la filière dépend de la stratégie de l’industriel
L’avenir de la filière dépend de la stratégie de l’industriel
6 juillet, par

À La Réunion, les planteurs fournissent la canne mais restent exclus de la gouvernance de Tereos Océan Indien, contrairement aux betteraviers français au sein de Tereos. Depuis la fin des quotas sucriers en 2017, la production a chuté de plus de 500 000 tonnes avec la stratégie de Tereos. La CGPER réclame l’entrée des planteurs au capital de l’industriel afin de participer aux choix stratégiques et à une meilleure répartition de la valeur créée par la filière.
À La Réunion, toute la transformation de la canne à sucre est contrôlée par Tereos Océan Indien, propriétaire des deux seules usines sucrières de l’île. Cette société est une filiale du groupe français Tereos, coopérative de planteurs de betteraves. En France, les betteraviers participent aux décisions stratégiques de leur coopérative. À La Réunion, les planteurs de canne, pourtant fournisseurs de la matière première indispensable à l’activité, restent exclus de la gouvernance.
L’implantation de Tereos fut possible grâce à la faillite du capitalisme réunionnais. Elle s’est faite progressivement avec le rachat de Sucrerie de Bourbon, propriétaire de l’usine de Bois-Rouge, puis de la Société Sucrière de Quartier Français, exploitant l’usine du Gol. Profitant des difficultés du capitalisme réunionnais, le groupe est ainsi devenu l’unique industriel de la filière. Mais contrairement au modèle coopératif appliqué en France, les planteurs réunionnais n’ont jamais été associés au capital ni aux choix stratégiques.
Cette situation est régulièrement dénoncée par les organisations agricoles, notamment la CGPER. Depuis la disparition des quotas sucriers européens en 2017, les conséquences de la stratégie industrielle sont particulièrement visibles. Dès 2013, lors d’une visite à La Réunion, le commissaire européen à l’Agriculture Dacian Cioloș avait averti que l’avenir de la filière dépendrait désormais de la stratégie de l’industriel. Plus de dix ans plus tard, le constat est sévère : la production est passée d’environ 1,7 million de tonnes de cannes à un peu plus d’un million, entraînant une baisse des revenus des planteurs et des surfaces cultivées.
Face à cette évolution, la revendication d’une entrée des planteurs au capital de Tereos Océan Indien revient avec insistance. L’objectif est de pouvoir participer à la définition de la stratégie industrielle, comme le font les betteraviers français au sein de Tereos.
Le 3 juillet, le président de Tereos Océan Indien a répondu que les orientations de la filière ne se décidaient pas au conseil d’administration l’entreprise mais au sein du CPCS. Une affirmation qui ne convainc pas les planteurs, lesquels demandent avant tout une transparence complète sur la valeur créée par la transformation de la canne. Les deux usines réunionnaises ont été conçues pour traiter deux millions de tonnes de cannes par an. Si elles continuent de fonctionner avec une récolte réduite de moitié, c’est qu’elles demeurent rentables. Cette situation alimente une interrogation : lorsque les volumes étaient proches de deux millions de tonnes avant 2017, quelle part des considérables bénéfices revenait réellement aux planteurs ?
Une autre question concerne la recherche variétale. En reprenant l’industrie sucrière réunionnaise, Tereos Océan Indien est également devenu propriétaire du centre de recherche sur la canne à sucre et bénéficie des nouvelles variétés qui y sont créées. Ces innovations sont diffusées bien au-delà de La Réunion, sans que les planteurs réunionnais ne perçoivent de rémunération liée à cette valorisation.
Plutôt que de multiplier les soutiens publics à l’industriel, l’État, l’Union européenne et les collectivités devraient accompagner l’entrée des planteurs au capital de Tereos Océan Indien. Une évolution qui rapprocherait le modèle réunionnais de celui appliqué par Tereos en France et permettrait aux producteurs de participer enfin aux décisions qui conditionnent l’avenir de leur filière.
M.M.
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