Canne à sucre

Les planteurs de La Réunion refusent d’être toujours mis devant le fait accompli par Tereos

Jean-Michel Mouttama, premier vice-président de la CGPER, revient sur la visite de la ministre des Outre-mer

Manuel Marchal / 27 octobre 2018

Jeudi, Annick Girardin, ministre des Outre-mer, a rencontré les acteurs de la filière canne-sucre. Manifestement, les planteurs ne sont pas pleinement satisfaits du déroulement de cette séquence. Ils ont en effet appris que la centrale électrique d’Albioma récemment construite à Saint-Pierre sera alimentée par de l’éthanol fabriqué à La Réunion à partir de la canne à sucre récoltée par les planteurs. C’est un projet auquel ils n’ont pas été associés et qui les met devant le fait accompli, constate Jean-Michel Mouttama, premier vice-président de la CGPER.

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C’est lors de cette présentation de la filière canne-sucre par Tereos à la ministre que les planteurs ont appris un nouveau projet de valorisation de leur production, indique Jean-Michel Mouttama.

Décidément, chaque visite ministérielle est source de surprise pour les planteurs. En juillet dernier, lors d’une réunion avec Stéphane Travert, alors ministre de l’Agriculture, et des responsables de Tereos Océan Indien, ils ont découvert que Tereos allait construire une raffinerie de sucre à Saint-Louis, avec une mise en service prévue après la fin de l’actuelle Convention canne, soit après 2021. Cette nouvelle usine vise à remplacer son homologue européenne qui transforme le sucre brut de canne en sucre blanc. Aussitôt, les planteurs se sont interrogés. Car il leur paraît difficile de croire que cette raffinerie soit simplement dimensionnée pour traiter 100.000 tonnes de sucre brut par an. D’où le sentiment que Tereos est en train de se prémunir d’une possible réduction de la production sucrière à La Réunion, en créant une industrie capable de fonctionner avec du sucre importé des pays voisins.

Qui profitera de l’éthanol ?

Jeudi, lors de la visite d’Annick Girardin dans une exploitation agricole de Sainte-Marie, ce sont les responsables de Tereos qui ont présenté la filière canne-sucre de notre île. Et au cours de cette séquence, l’industriel a présenté un autre projet : la nouvelle centrale thermique d’Albioma située à Saint-Pierre. Cette installation aura comme particularité de remplacer le fuel par de l’éthanol issu de la distillerie voisine. Or, la base de ce carburant, c’est la canne à sucre produite par les planteurs. Voici donc une nouvelle valorisation de leur travail à laquelle ils ne sont pas associés, ce qui pose une nouvelle fois la question de la répartition des richesses issues de la canne à sucre. En effet, cet éthanol proviendra d’un co-produit de la canne, la mélasse, qui sera donc la source de nouveaux bénéfices.
Une fois de plus, les planteurs sont à l’écart des décisions. Une situation que dénonce Jean-Michel Mouttama, premier vice-président de la CGPER.
En effet, il constate que la présentation de la filière canne-sucre s’est faite uniquement sous l’angle de Tereos. Or, souligne le responsable syndical, il existe d’autres valorisations que le sucre qui pourraient permettre aux planteurs de tirer leur épingle du jeu afin de bénéficier d’un meilleur revenu.

Menace de déstabilisation d’autres filières

En effet, la campagne sucrière 2018 s’annonce désastreuse. Il est clair que des agriculteurs vont abandonner la canne à sucre pour se tourner vers d’autres productions. En effet, la base du paiement est la richesse en sucre, selon une formule complexe de calcul mise au point dans les années 1970, quand la propriété de la canne et de tous ses produits a été enlevée aux planteurs. Depuis cette époque, le planteur est relégué au rang de livreur de matière première, la valorisation de tous les co-produits de cette plante est devenue la propriété de l’industriel.
Avec les conditions climatiques de cette année, la richesse en sucre sera faible pour beaucoup de planteurs, qui en plus auront un tonnage en baisse. Circonstance aggravante : le cours du sucre se situe en dessous du seuil de versement aux planteurs de l’intéressement sur la vente de ce produit au bénéfice.
Cette diversification vers la banane ou l’ananas risque bien de fragiliser ces filières avec l’arrivée d’importantes superficies nouvellement mises en culture au détriment de la canne à sucre. Ceci pourrait bien déboucher sur une crise de surproduction, compte tenu d’une part de l’étroitesse du marché réunionnais, et d’autre part sur le manque de débouché en exportation faute de moyens de transport suffisamment disponibles, note Jean-Michel Mouttama. Autrement dit, la fragilisation de la canne à sucre, « pivot de l’agriculture réunionnaise » va entraîner d’autres filières dans la crise.

Canne-énergie complémentaire du sucre

Les planteurs ont des alternatives à présenter au gouvernement. En premier lieu, la valorisation de la canne sous forme d’énergie dans les régions où les rendements en sucre sont faibles. Le premier vice-président de la CGPER précise que ces rendements sont meilleurs en dessous d’une altitude de 400 mètres. Par contre dans les Hauts, les planteurs sont pénalisés. S’ils pouvaient vendre leur production à des petites centrales de production d’électricité en étant rémunérés uniquement au tonnage, alors leur situation économique s’améliorerait. Le responsable syndical précise qu’il ne s’agit pas de remplacer le sucre, mais de faire émerger une source de revenu supplémentaire pour les planteurs. Ceci permettrait également de planter à nouveau de la canne sur des terres qui sont devenues des friches, en raison de l’abandon de cette culture à cause d’un rendement en sucre insuffisant. Des planteurs sont prêts à participer à ce projet, en étant non seulement livreurs de matière première mais aussi partie prenante dans les décisions qui seront prises.

Pour la transparence

Malheureusement, l’État reste sur la stratégie de Tereos, qui n’est pas celle des planteurs.
Jean-Michel Mouttama plaide également pour l’intégration des planteurs réunionnais dans la coopérative Tereos. En effet, en France, les livreurs de betteraves font partie de la coopérative, ils ont donc accès aux comptes. Mais ce n’est pas le cas à La Réunion. Pour le premier vice-président de la CGPER, cette situation n’est pas favorable à la transparence et met les planteurs devant le fait accompli comme c’est le cas pour les projets de raffinerie et de production d’éthanol pour la centrale électrique d’Albioma.
Enfin, Jean-Michel Mouttama interroge sur le versement de fonds européens que Tereos perçoit en tant que coopérative, et qui doivent ensuite être reversés aux producteurs. Est-il possible que pour La Réunion, Tereos bénéficierait-il d’une telle subvention, alors qu’aucun planteur de canne à sucre n’est coopérateur ?

M.M.



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  • La construction d’une usine de raffinage du sucre roux en sucre blanc complétée par une unité de production d’éthanol ne devrait pas inquiéter les planteurs de canne réunionnais mais au contraire les rassurer sur l’avenir de la filière canne .
    Certes il faut qu’ils reçoivent une part des bénéfices qui seront retirés par les usinier de ces nouveaux produits mais l’avenir de la filière canne passe obligatoirement par l’exploitation sur le sol réunionnais de tout le potentiel offert par la canne à sucre.

    Nos voisins mauriciens l’ont compris depuis longtemps puisqu’ils ont ouvert depuis quelques années une usine de production d’éthanol dans le sud de L’île Maurice .Cette nouvelle production a permis aux planteurs de canne mauriciens d’augmenter sensiblement leurs revenus . En tout cas c’est ce qui ressort des décisions du gouvernement mauriciens qui vient de modifier la répartition des revenus tirés de la canne sucre .

    Ce qui peut être fait dans l’Ile sœur peut être fait également chez nous , mais il ne faudrait pas que les planteurs baissent les bras et laissent les usinier faire ce qu’ils veulent sans les informés et les faire participer sur leurs travaux . . Un défaut de concertation pourrait effectivement signifier que l’usinier se prépare passer outre l’avis des planteurs de la Réunion pour travailler avec des produits venus d’ailleurs s’ils n’étaient pas d’accord .

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  • Des bananes ? J’espère que l’idée n’est pas de faire une culture comme aux Antilles avec des pesticides qui ont empoisonné leurs terres pour environ 7OO ans ! Pratiquement tout est irrécupérable chez eux et la santé un massacre !

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