Canne à sucre

Les planteurs mobilisés pour sauver la filière canne-sucre-rhum-énergie

Blocage des usines sucrières du Gol et de Bois-Rouge : les planteurs refusent travailler à perte au profit de Tereos et se mobilisent pour leur survie

Manuel Marchal / 10 août 2021

72 heures après la conférence de presse de la CGPER, les planteurs sont passés à l’action hier en bloquant les deux usines Tereos : c’est la grève de la coupe. Les planteurs sont contraints de cesser le travail pour se faire entendre car l’origine de leurs difficultés vient des variétés de canne à sucre qu’ils doivent cultiver et d’une formule de calcul du prix qui ne prend pas en compte les gains de productivité de l’industriel et la hausse des coûts de production des planteurs. La CGPER demande l’envoi au plus vite d’une mission d’inspection du ministère de l’Agriculture pour faire toute la lumière sur ce système opaque qui ruine les planteurs au profit d’une entreprise extérieure à La Réunion. Une réunion de tous les acteurs concernés par la filière canne s’impose dans les plus brefs délais afin que tous mettent carte sur table et réfléchissent à une stratégie permettant de faire de la canne à sucre l’or vert du développement durable de La Réunion.

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Les planteurs sont passés à l’action hier 72 heures après une conférence de presse de la CGPER dénonçant la stratégie permettant à Tereos de payer les cannes moins chères aux planteurs à cause de sa mainmise sur la création variétale et en raison d’une formule de calcul du prix vieille de 40 ans. Depuis hier matin, c’est la grève de la coupe : plus aucune canne à sucre ne rentre dans les usines Tereos du Gol et de Bois-Rouge. La direction de la CGPER était présente hier matin au Gol où elle a rencontré la presse.
Jean-Michel Moutama, président de la CGPER, rappelle que la richesse moyenne en sucre des cannes livrées depuis le début de la coupe est inférieure d’un point à moyenne observée. Cette richesse est le taux de sucre contenu dans la canne. Depuis que Tereos a racheté les deux usines sucrières de La Réunion, cette société est également propriétaire du centre de recherche sur la canne à sucre où sont mises au point les nouvelles variétés qui seront cultivées par les planteurs.
Cela a conduit à la diffusion de variétés de cannes mixtes, visant à augmenter la quantité de fibre présente dans la plante sans diminuer la quantité de sucre qu’elle contient. La canne à sucre est plus lourde, il est possible d’en tirer 15 % d’énergie supplémentaire. Mais comme sa masse augmente, le taux de sucre diminue. Et c’est ce taux de sucre plus faible qui est à l’origine des richesses plus basses avec un répercussion à la baisse sur le prix d’achat de la canne payé par Tereos.
Au début de chaque campagne sucrière, Tereos verse une avance de démarrage d’un montant de 30 euros par tonne de canne livrée. Avec la formule de calcul appliquée aux cannes mixtes, il n’est alors pas étonnant que le prix de vente soit inférieur à l’avance de démarrage. Autrement dit, les planteurs doivent de l’argent à l’usinier.
Le blocage des usines se poursuit donc, des négociations sont prévues aujourd’hui.

Transparence nécessaire

Les planteurs ont décidé fort justement de taper du poing sur la table. Cette affaire illustre le problème de fond de cette filière : le manque de transparence et le contrôle total de Tereos sur la transformation et aussi sur la production de matière première. Sans avoir à prendre le risque de cultiver la canne à sucre, Tereos réussit le tour de force d’imposer de fait aux planteurs de faire pousser des cannes à sucre destinées à augmenter ses profits en s’appuyant sur une formule de calcul que Tereos maîtrise parfaitement afin d’y trouver la faille pour acheter la canne encore moins cher.
L’année prochaine, une nouvelle Convention canne fixera les nouveaux rapports entre les acteurs de la filière, le prix d’achat de la canne ainsi que la répartition des aides publiques entre 1 industriel et près de 2500 livreurs de canne à sucre. Il est donc plus qu’urgent de lever tous les obstacles à une discussion sereine. Cela signifie savoir précisément ce que rapportent tous les produits de la canne à sucre à La Réunion et prendre en compte cette donnée pour fixer le prix de la canne à sucre.
La CGPER revendique l’envoi à La Réunion d’une mission d’inspection du ministère de l’Agriculture pour observer en réel le déroulement de la campagne sucrière et pour aller à la rencontre des planteurs concernés par une chute de leurs revenus causés par les variétés cultivées et la formule de calcul du prix.

L’urgence de préparer l’avenir

Depuis 2017, le quota sucrier n’existe plus, et donc la garantie du prix de vente du sucre également. Ce changement structurel ne s’est pas accompagné d’une réforme structurelle basée sur toutes les informations disponibles. Or, il est nécessaire non seulement de discuter de la prochaine Convention canne, mais aussi de l’avenir à plus long terme d’une filière qui procure 18.000 emplois et occupe près de la moitié des terres agricoles. C’est pourquoi une réunion de tous les acteurs concernés par la filière canne s’impose dans les plus brefs délais afin que tous mettent carte sur table et réfléchissent à une stratégie permettant de faire de la canne à sucre l’or vert du développement durable de La Réunion.

M.M.