Canne à sucre

Les subventions en héritage pour Tereos

200 ans de l’industrie sucrière à La Réunion -2-

Manuel Marchal / 8 décembre 2017

Depuis 2010, l’industrie sucrière est sous la direction économique et politique de Tereos, une coopérative de planteurs de betteraves. Ceci permet à ce groupe de bénéficier d’importantes subventions, garanties jusqu’en 2020.

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Dans son édition du 6 décembre, « Témoignages » avait rappelé que dans les 200 ans d’histoire de l’industrie sucrière à La Réunion, Tereos n’est présent que depuis 16 ans et dirige cette industrie depuis 7 ans. Ce qui veut dire que pendant près de 97 % de l’histoire de la canne à sucre à La Réunion, l’industrie de transformation de cette plante était sous la direction de Réunionnais. Manifestement, lors de la soirée de gala organisée vendredi dernier par Tereos en présence d’un parterre de notables, cette réalité a été bien mal représentée. Un Réunionnais était présent sur la scène, c’était un planteur de cannes, aujourd’hui considéré comme un livreur de matière première à un industriel, filiale d’un groupe dont le siège se situe à plusieurs milliers de kilomètres de La Réunion.

L’apport de la recherche

À l’heure du bilan, et puisque Tereos se présente comme le principal acteur de la filière, il est intéressant de se pencher sur ce que rapporte La Réunion pour la coopérative de planteurs de betteraves.

L’implication de Tereos dans la canne à sucre est logique. C’est en effet ce sucre qui est devenu majoritairement produit dans le monde. La part de la betterave ne cesse de reculer. Les transformations dans le secteur sucrier européens ne datent pas d’hier. Tereos s’est adapté et a su tirer parti de La Réunion dans son développement.

Dès 2001, « Témoignages » alertait sur les conséquences de l’initiative « Tout sauf les armes » proposée par l’Union européenne au groupe des pays dits les moins avancés en termes de développement, les PMA. En raison de l’application des règles de l’OMC, l’UE était contrainte de remiser tous les accords préférentiels signés avec les anciennes colonies de ses États membres, ce qui prépara la remise en cause du régime sucrier qui protégeait l’industrie européenne de la concurrence mondiale. Depuis 2009, le sucre produit dans les PMA peut entrer sans quota ni taxe en Europe. C’est ce qui a poussé Maurice à abandonner la production de sucre roux en vrac. Pour sa part, Tereos a investi au Brésil, devenant le 3e producteur de sucre brésilien. En 2001, il a posé le pied à La Réunion en achetant Sucreries de Bourbon, puis a pris le contrôle de la totalité de l’industrie en devenant l’actionnaire majoritaire de la Société sucrière de Quartier-Français en 2010.

Cette opération lui permit tout d’abord de mettre la main sur tout le secteur de la recherche au travers du CERF, devenu R’Canne. Le bénéfice est évident pour un opérateur fortement implanté au Brésil, premier pays exportateur de sucre au monde.

Aides de l’Europe et de l’État

C’est également au niveau comptable que l’opération est bénéfique. L’industrie sucrière est fortement subventionnée à La Réunion. Depuis 2006, une aide est versée aux industriels pour compenser la baisse progressive du prix d’intervention. Sous le régime des quotas, les producteurs de sucre étaient assurés de voir leurs stocks invendus rachetés par l’Union européenne, à un prix fixe au-dessus du cours mondial. Le montant annuel de cette aide d’adaptation versée à l’industrie sucrière de la Guadeloupe, de la Martinique et de La Réunion s’élevait à 59,20 millions d’euros de la part de l’Europe, complétée par deux aides d’État de 20 millions et de 10 millions. Autrement dit, les industriels des outre-mer étaient assurés de recevoir 90 millions d’euros de subvention par an. La Réunion étant le plus important, et de loin, producteur de sucre, Tereos obtenait donc la majorité de ces crédits. À cela s’est ajouté depuis cette année une aide supplémentaire de l’État de 28 millions d’euros par an pour La Réunion, qui est versée en totalité à l’usinier de notre île. En s’implantant à La Réunion, Tereos aura donc pu obtenir plusieurs centaines de millions d’euros de subventions, car le régime actuel des aides est garanti jusqu’en 2020.

(à suivre)

M.M.