Canne à sucre

Maurice inquiète

Projet de réforme de l’OCM-Sucre

Témoignages.re / 17 juillet 2004

C’est avec les plus vives inquiétudes que l’île-sœur a accueilli le projet de réforme du système européen du sucre. Au lendemain de la publication du texte de Bruxelles, le gouvernement mauricien a engagé une série de consultations à un très haut niveau, impliquant le vice-Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, ainsi que le ministre de l’Agriculture, Nando Bodha.

Nos voisins notent que certaines avancées par rapport aux ACP, "dans la mesure où le document final reconnaît la nécessité de donner aux ACP les moyens de rendre leur industrie sucrière compétitive et de s’adapter aux nouvelles conditions du marché sucrier", comme le constate Pravind Jugnauth.
Ils constatent que la Commission européenne a inclu une référence aux dispositions de l’accord de Cotonou concernant les engagements de l’Union européenne (UE) envers les pays ACP (Afrique, Caraïbe, Pacifique) pour sauvegarder les bénéfices du protocole sucre.
Cependant, les Mauriciens insistent qui le fait qu’il n’y a eu aucun changement dans le pourcentage de réduction du prix du sucre entre l’avant-projet de proposition connu à la fin juin et le document final qui sera remis au Conseil des ministres de l’UE lundi prochain.

Une "situation insoutenable"

La baisse de 37% du prix d’exportation du sucre des ACP vers l’Europe est le principal sujet d’inquiétude. "Avec une telle baisse, la situation pour les producteurs sucriers est insoutenable", dit Jean Noël Humbert, secrétaire général de la Chambre d’agriculture de Maurice.
La presse mauricienne parle, comme “l’Express” de "pilule amère" et les spéculations vont bon train quant aux conséquences pour le pays de la réforme. Le même journal estime que parmi les 30.000 planteurs de la moyenne ou de la petite catégorie, beaucoup seront tentée d’abandonner la production.
L’inquiétude est d’autant plus vive que le commissaire Pascal Lamy, présent à Maurice où il a assisté aux travaux du groupe dit du G90 qui regroupe 90 petits pays du monde, se refuse à l’idée de toute compensation pour les ACP. "Compensation est un mot que je n’utilise pas car il a des implications juridiques précise", a-t-il dit.
À Maurice et aux pays ACP qui insistent pour que leurs producteurs reçoivent une compensation qui soit à parité avec celle qu’obtiendront les producteurs des Régions ultra-périphériques de l’Union européenne, notamment l’île de La Réunion et la Guadeloupe, Pascal Lamy répond : "l’UE, c’est l’UE. Les Régions ultra-périphériques font partie de l’UE. Le régime sucrier européen s’étend aux régions ultra-périphériques. On ne peut pas s’attendre ipso facto que ce qui s’étend à La Réunion soit étendu à Maurice."

Riposte

Ceci étant, l’île-sœur veut organiser la riposte. La Chambre d’agriculture tient une série de consultations dont une importante séance de travail ce lundi. Le gouvernement va prendre plusieurs initiatives et souhaite l’ouverture de "discussions franches et intelligentes en vue de défendre nos intérêts" avec la Commission européenne, les États membres de l’UE, le Parlement européen et le Comité économique et Social européen a déclaré Jugnauth.
De même, l’île-sœur va continuer son travail de lobbying. Ainsi, certains responsables de la filière mauricienne n’hésitent pas de faire un appel du pied à la Grande-Bretagne, "qui nous a pris l’archipel des Chagos, et d’autres, pour que les prix du sucre ne baissent pas", a déclaré Ramesh Maudhoo, secrétaire général de la Sugar Industry Workers Association (SIWA).
Ce dernier est pour rappeler "à la Grande Bretagne comment Maurice l’a aidée en fabriquant davantage de sucre pendant la seconde Guerre mondiale et comment elle nous a pris un bout de notre territoire pour en faire une base militaire".
Il a aussi suggéré "la sensibilisation des touristes européens qui visitent notre île au sort réservé à nos plantations de cannes à sucre" ainsi que la nomination d’un ministre plénipotentiaire à Bruxelles pour y mener des négociations.
Maurice compte également agir dans le cadre du groupe des pays ACP. La rédaction d’un argumentaire commun est envisagé.
Il est enfin question d’une rencontre, au mois d’octobre avec les ministres de l’Agriculture de l’UE pour mieux identifier les conséquences de la réforme pour les pays ACP. Ces derniers n’écartent pas non plus la possibilité d’une contestation légale de la réforme sans, pour autant, préciser par quelle voie et quels moyens.