Canne à sucre

Menace sur le prix et le quota ?

Sucre

Témoignages.re / 19 septembre 2003

Selon le quotidien parisien "Le Monde", la réforme du régime sucrier que prépare Bruxelles - et qui sera rendue publique le 23 septembre - « consisterait à réduire par étapes les prix intérieurs à 450 euros la tonne, en gardant les quotas, pendant sept ans ».
Ce nouveau système sera-t-il appliqué à La Réunion ? L’engagement pris par le commissaire européen Franz Fischler, dans un courrier adressé récemment au président de la CGPER, Jean-Yves Minatchy, de prendre en compte « les intérêts légitimes » de chaque RUP pourra-t-il être tenu ? Il faut l’espérer. Sinon le pire est à craindre.

Lors de la conférence de presse donnée dimanche dernier, Jean-Yves Minatchy, le président de la CGPER, a tenu à rassurer le monde planteur sur les conséquences que pourraient avoir pour eux les négociations engagées à Bruxelles sur l’OCM-Sucre (Organisation communautaire du marché du sucre). Faisant référence à une lettre qu’il venait de recevoir en provenance de Franz Fischler, commissaire européen, l’ex-président de la Chambre d’agriculture se montrait optimiste quant au quota sucrier et au prix qui sera payé pour le sucre réunionnais.
En effet, dans sa réponse, le responsable bruxellois affirmait : « La Commission est bien consciente que la canne, du fait de son extension, joue un rôle majeur pour l’agriculture de La Réunion comme pour son développement socio-économique. La Commission ne manquera pas de prendre en considération les intérêts légitimes de chacune des régions ultraphériphériques dans le cadre de son analyse de l’Organisation commune du marché de sucre et du rapport qu’elle présentera prochainement en Conseil ».
Pour Jean-Yves Minatchy, cette réponse était jugée comme « rassurante et suffisamment claire pour que notre département se donne les moyens d’atteindre le quota de 2,5 millions de tonnes de cannes ». Cet optimisme est-il fondé ?

Échéance 2008

Dans son édition datée du 17 septembre, "Le Monde" publie, sous la signature de Arnaud Leparmentier, un article titré : « La Commission de Bruxelles prépare la réforme du régime sucrier ». Le journal écrit : « la Commission européenne devrait adopter, mardi 23 septembre, une communication visant à réformer le régime sucrier menacé à l’échéance de 2008 et vivement critiqué par les grands producteurs, en particulier le Brésil et l’Australie, qui ont attaqué l’Union européenne devant l’Organisation mondiale du commerce, à la fin 2002 ».
Rappelant que le sucre européen est payé « à des prix très supérieurs aux marchés mondiaux » et que « la production est répartie entre États membres par un système de quotas et le marché européen protégé par des droits de douane », "Le Monde" estime que « ce système complexe » est « menacé d’explosion à court terme ». Le journal parisien rappelle que « à partir de 2008-2009, dans le cadre d’un accord qui doit permettre à 49 pays moins avancés (PMA) d’exporter en Europe leurs produits en franchise de douane, le marché européen sera inondé par du sucre produit à des coûts bien inférieurs. Et, déjà, les droits de douane ne suffisent pas à protéger les producteurs européens. L’Europe a recours en permanence à une clause de sauvegarde agricole prévue par l’OMC pour se protéger notamment du Brésil mais celle-ci ne pourra jouer indéfiniment ».

3 possibilités

Selon le correspondant du journal parisien à Bruxelles, la Commission prépare une réforme qui « prévoit d’abaisser de 700 à 450 euros la tonne le prix du sucre ». "Le Monde" indique que trois alternatives ont été mises à l’étude. « Une première piste, radicale, consisterait à supprimer les quotas. Seuls les producteurs parvenant à produire à un coût d’environ 350 euros la tonne, prix d’équilibre du marché, parviendraient à survivre, et la production européenne tomberait à 6 millions de tonnes ».
La seconde solution, estimée comme « la plus protectrice », consisterait en un statu quo. « Elle viserait à maintenir des prix garantis élevés et à réduire les quotas de production de 3,5 millions de tonnes, ce qui ferait redescendre la production totale à 16 millions de tonnes. Cette mesure permettrait à chaque pays européen de continuer à produire du sucre, même pour les moins compétitifs. Mais il faudrait renégocier avec les pays tiers, notamment les ACP et les PMA, des contingents à l’importation ».
Pour "Le Monde", c’est la troisième solution « qui tient la corde ». Elle « consisterait à réduire par étapes les prix intérieurs à 450 euros la tonne, en gardant les quotas, pendant sept ans. Ceux-ci pourraient être éventuellement commercialisés, pour permettre aux producteurs les moins compétitifs de se retirer progressivement du marché. Une aide annuelle de 600 à 700 millions d’euros leur serait allouée ».
Cette solution, explique "Le Monde" « permettrait de réduire la production à 14 millions de tonnes, redistribuerait les cartes en faveur des régions les plus productives, en particulier la France. Mais elle aurait pour inconvénient de réduire l’aide apportée aux pays ACP, qui reçoivent actuellement 800 millions d’euros par an en écoulant leur canne en Europe. Une solution devra être trouvée pour ces pays, en particulier Maurice, Sainte Lucie et les Fidji. Encore faut-il que cette proposition soit compatible avec le verdict de l’OMC, attendu en 2004 ».
Reste maintenant à savoir si la solution envisagée sera intégralement appliquée à La Réunion ou si, comme l’indiquait le commissaire Fischler à Jean-Yves Minatchy « la Commission ne manquera pas de prendre en considération les intérêts légitimes de chacune des régions ultraphériphériques ».
On en saura beaucoup plus d’ici la fin du mois. Cependant, ce qui se passe actuellement pour la banane aux Antilles (voir encadré) qui est menacée de disparition ne prête pas à l’optimisme. Depuis une dizaine d’années, cette production essentielle dans l’économie de la Guadeloupe et de la Martinique a du mal à faire face à la concurrence de la banane dollar et n’a pas réussi à trouver une issue à la crise qu’elle connaît avec les dispositions prises pour elle par Bruxelles.

Les Antilles et la banane
Le 2 septembre, le Ministère de l’Outre-mer diffusait un communiqué titré : "La filière banane va bénéficier de prêts à taux zéro" et expliquait que, « conscient de la crise profonde que connaît la filière banane aux Antilles et de la situation particulièrement critique des planteurs et de leurs groupements, le Gouvernement, à l’initiative des ministres de l’Agriculture et de l’Outre-mer, a décidé de garantir et de bonifier à taux zéro sur cinq ans, des prêts à hauteur de 13 millions d’euros, à raison de 6,5 millions d’euros pour chacune des filières martiniquaise et guadeloupéenne (dans ce dernier cas, en appui aux actions déjà entreprises par la région Guadeloupe) ».

Le 11 septembre, un journal antillais, "Antilla", écrivait : « Banane : le cadavre fait de la résistance.

Le 16 septembre, sous le titre : "La Commission européenne à l’écoute des producteurs", le quotidien "France Antilles" écrit : « Une lettre d’un commissaire européen trace des voies pour l’avenir de la banane antillaise. (...) Chargé de la politique agricole en Europe, Franz Fischler se déclare convaincu que les objectifs fondamentaux de l’Organisation commune des marchés ont été largement atteints, en particulier la fusion de plusieurs marchés nationaux dans un seul marché unique, l’équilibre quantitatif de l’approvisionnement du marché, un niveau de prix équitable pour les consommateurs et pour les producteurs communautaires et ACP. (...) Franz Fischler se déclare convaincu de la nécessité de mener une évaluation approfondie du régime d’aide aux producteurs communautaires et d’en tirer les conséquences pertinentes. (...) Concernant des mesures plus ponctuelles en faveur des producteurs communautaires, notamment la recherche de prix rémunérateurs sur le marché et l’amélioration de la situation de trésorerie, Franz Fischler ne cache pas qu’il s’agit d’objectifs prioritaires à court terme. (...) ».

En Martinique, toujours selon le même journal, « la création de l’Union des groupements bananiers pourrait être officialisée dans les prochains jours. Les planteurs martiniquais réclament une refonte de l’OCM Banane et de l’aide compensatoire ».