Canne à sucre

OMC : la quasi-disparition des subventions reste sur la table

La menace est loin d’être écartée

Manuel Marchal / 1er août 2008

Parmi les acquis de la conférence de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) figure « la suppression d’une grande partie des subventions américaines ou européennes », note Pascal Lamy, directeur général de l’OMC. Ce dernier appelle à la reprise des négociations : « capitalisons sur 85% de ce qui a été fait ».

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Dans le texte servant de base aux négociations, il était prévu que les subventions diminuent de 33% tout de suite, et entre 75 et 85% d’ici cinq ans. Les négociateurs européens à l’OMC ne s’y sont pas opposés. (photo Toniox)

« Ne revenons pas en arrière et capitalisons sur 85% de ce qui a été fait », affirme Pascal Lamy, directeur général de l’OMC. Il appelle à une reprise des négociations, et cette revendication a reçu le soutien du secrétaire général de l’ONU. A la suite d’un entretien avec Pascal Lamy, le secrétaire général de l’ONU plaide pour une reprise des discussions avant la fin de l’année (voir encadré). Par ailleurs, le fait que personne n’ait été désigné comme responsable de l’absence de signature d’un accord signifie pour Pascal Lamy qu’il existe « un sentiment commun qu’il y a un paquet sur la table qu’il ne faudrait pas endommager ».
D’après le directeur général de l’OMC, il ne fait aucun doute que les négociations vont repartir, car une base importante a été validée. Cette base contient la quasi-disparition des subventions pour les agriculteurs. C’est en tout cas le message que Pascal Lamy veut faire passer aux pays africains : « il y a pour eux sur la table aujourd’hui des bonnes nouvelles potentielles pour leurs exportations, comme la suppression d’une grande partie des subventions américaines ou européennes ».

Qui peut défendre la canne à l’OMC ?

Car il est clair que l’Europe était prête à céder sur la question des subventions, puisque ces négociateurs ne se sont pas opposés à la proposition finale de Pascal Lamy : baisse des subventions de 80%. De plus, il est à souligner que le directeur de l’OMC affirme que les négociations ont échoué « sur un sujet sur lequel les Européens n’étaient pas en première ligne ».
Comme l’indiquent les déclarations que nous reproduisons dans cette page, l’absence d’un accord à l’OMC ne signifie pas que rien ne va changer. L’OMC continue d’agiter la carotte de la baisse des subventions et des droits de douane sur les produits agricoles pour accéder aux marchés européen et nord-américain.
Intégrée dans le "paquet" approuvé par tout le monde, la baisse des subventions agricoles reste sur la table. Et les neuf jours de discussion à Genève ont montré qu’il ne faut guère se faire d’illusion quant à la fermeté des négociateurs européens à défendre une des conditions d’existence de la filière canne dans sa structure actuelle.

Et La Réunion ?

De plus, la convergence de vue entre l’Union européenne et le Brésil, premier producteur mondial de sucre, sur les questions agricoles est d’autant plus inquiétante. Rappelons que c’est une plainte du Brésil à l’OMC au sujet du règlement sucrier européen qui a provoqué une baisse du prix du sucre de 36%. Cette baisse est compensée intégralement par des subventions jusqu’en 2014, et après ?
Cette incertitude pèse toujours sur la filière canne, amplifiée par le contenu du texte qui servait de base aux discussions à l’OMC : baisse de 33% des subventions tout de suite, et une diminution comprise entre 75 et 85% d’ici 2013, soit 1 an avant l’échéance de l’actuel règlement sucrier européen.
Devant de tels faits, qui peut encore penser que La Réunion restera en dehors de ce mouvement ? Qui peut croire que La Réunion à elle seule peut changer les règles de l’OMC ? Cela signifie qu’il est encore plus urgent d’ouvrir le dossier du revenu des planteurs, afin qu’ils puissent tirer une juste rémunération des richesses de la canne pour anticiper le choc de la mondialisation des échanges.

Manuel Marchal


L’ONU vole au secours de l’OMC

« Le Secrétaire général est convaincu que la conclusion avec succès de ces négociations était nécessaire pour stimuler la coopération internationale afin d’améliorer les conditions permettant aux pays en développement de tirer les profits d’une mondialisation basée sur le commerce et l’investissement. Cela permettrait également de faire progresser les efforts visant à améliorer les conditions de vie de leur population, particulièrement les plus pauvres et vulnérables, tout en donnant un élan important à l’économie mondiale pour éliminer les distorsions existantes des marchés et renforcer la gouvernance commerciale, sur la base d’un ordre du jour du développement » : cet extrait du communiqué publié par le secrétaire général de l’ONU mercredi donne le ton. Ce qui laisse à penser que pour ce dernier, hors de la mondialisation libérale, point de salut.


Le gouvernement français veut solliciter le FMI pour les questions agricoles

Pascal Lamy ou Dominique Strauss-Kahn ?

Au lendemain du désaccord sur la clause de sauvegarde à l’OMC, le ministre de l’Agriculture affirme que l’OMC ne doit pas être le seul lieu où l’on discute de l’agriculture. Il estime que les accords doivent également avoir pour cadre la FAO, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.
La Banque mondiale est dirigée par un proche de George Bush, tandis que le FMI a à sa tête Dominique Strauss-Kahn, membre du Parti socialiste comme Pascal Lamy. Force est de constater que les Directions de l’OMC, de la Banque mondiale et du FMI affichent une convergence idéologique : celle de militer pour l’économie de marché et de favoriser le libre-échange.
Autant dire qu’il est difficile d’imaginer aboutir sur autre chose que le démantèlement des subventions agricoles et la baisse des taxes douanières, que cela soit avec l’OMC, le FMI ou la Banque mondiale.