Canne à sucre

Planteurs : des avancées possibles grâce à la lutte

L’élargissement de la mobilisation contre l’intransigeance de Tereos

Manuel Marchal / 11 juillet 2017

Hier soir à 22 heures à la surprise générale, les planteurs ont quitté précipitamment le parking devant la préfecture qu’ils occupaient depuis 13 jours. Des sources syndicales font état de « très bonnes avancées », autrement dit Tereos serait donc allé au-delà d’une hausse de 2,50 euros par tonne du prix de référence de la tonne de canne à sucre. Les résultats de la discussion doivent être présentées à des assemblées générales de planteurs à Bras-Panon et au Gol pour une signature possible aujourd’hui, sinon la mobilisation s’élargira et Tereos sera responsable de la paralysie de La Réunion. La solidarité de la CGTR, l’attitude ambiguë des transporteurs et le soutien du préfet à Tereos ont été les éléments marquants de cette journée.

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Les transporteurs s’étaient engagés à apporter leur solidarité hier aux planteurs en lutte pour une augmentation de 6 euros par tonne du prix de référence de la canne à sucre payé par Tereos. Ce soutien espéré s’est fait attendre toute la journée et les planteurs mobilisés depuis 13 jours devant la préfecture ont dû se rendre à l’évidence dans l’après-midi : les transporteurs ne sont pas venus. Aussi ont-ils pris l’initiative de bloquer les camions livrant des galets pour le chantier de la route en mer.

Les planteurs interpellent les transporteurs

À 14 heures 30, un planteur s’est couché devant les roues d’un camion pour stopper un convoi. Toute la circulation était alors bloquée dans la rue Gasparin, tandis que les gendarmes resserraient les rangs pour empêcher les tracteurs qui campaient au Barachois de se diriger vers le chantier de la route en mer. Cet encerclement faisait monter la tension, les gendarmes allaient chercher leurs casques tandis que le discours de fermeté tenu par le préfet devant la presse ne calmait pas les esprits. Les planteurs estimaient en effet que puisque les galets de la route en mer viennent des champs de canne, alors il n’est pas question que cette activité continue.

Ce n’est que vers 20 heures qu’une délégation de transporteurs conduite par Jean-Bernard Caroupaye et Joël Mongin s’est présentée devant la préfecture pour rencontrer les planteurs. Ils ont fait part de leur exaspération face à la tournure du conflit. C’est alors que Jean-Bernard Caroupaye a fustigé l’attitude de Tereos. L’industriel a été alors fermement invité à lâcher du lest étant donné les 106 millions de résultats nets affichés par la multinationale. Et le président de la FNTR-Réunion de promettre un black-out de La Réunion si jamais les blocages continuaient à ralentir l’activité des transporteurs qui travaillent pour le chantier de la Région et de l’État.

Le préfet aux côtés de Tereos

Pendant ce temps, le préfet est entré en jeu à l’occasion d’une conférence de presse tenue à 15 heures. Le représentant de l’État a qualifié sa fonction de médiateur dans un différend d’ordre privé entre Tereos et les planteurs. Il a mis en garde contre les conséquences de blocages qui prendraient en otage la population et a affirmé qu’il mettrait tout en œuvre pour éviter que la reprise économique, qu’il dit déceler dans les indicateurs macro-économiques, soit compromise par un conflit privé. Mais il a manifestement montré que l’État avait choisi son camp en soulignant au cours de l’échange que la hausse de 2,50 euros présentée par Tereos était un « bon compromis », 5 fois supérieur aux cinquante centimes initialement prévus. Plutôt que de placer les deux acteurs face à leurs responsabilités respectives, le préfet a choisi de mettre la pression sur les planteurs qui demandent à Tereos de mettre la main à la poche, tout en utilisant la presse pour communiquer avec les manifestants rassemblés devant la préfecture.

Ces propos n’ont pas manqué de faire réagir Frédéric Vienne, président de la FDSEA, qui ironisait sur la comparaison utilisée par le représentant de l’État. Si Tereos avait proposé 10 centimes au début de la négociation, alors le préfet aurait évoqué une multiplication par 25, a-t-il dit en substance. À ce moment, les planteurs envisageaient de camper devant la préfecture au moins jusqu’au 14 juillet.

Appel à la manifestation de la CGTR

C’est alors que la possibilité d’une nouvelle réunion entre les planteurs et l’État a de nouveau émergé. Elle a commencé effectivement à se tenir à la DAF. Les syndicats ont alors présenté des propositions pour aller au-delà des 2,50 euros mis sur la table par Tereos, tout en déplorant que cela soit à eux encore de trouver de l’argent pour Tereos, sachant que l’industriel campe dans son intransigeance.

Pour sa part, la CGTR a réaffirmé sa solidarité avec les planteurs dans une déclaration présentée à la presse dans l’après-midi à son siège. Une délégation conduite par Max Banon, secrétaire général de la CGTR Sud, Jacques Bhugon, secrétaire général de la CGTR Nord, Danio Ricquebourg, secrétaire général de la CGTR Ports et Docks et Jacky Balmine, secrétaire général de la CGTR-BTP, s’est rendue peu avant 19 heures devant la préfecture.

Pour Danio Ricquebourg, les propos du préfet ont été qualifiés de « plaisanterie ». La CGTR a alors lancé un appel au rassemblement de la population mercredi à 6 heures devant les grilles du Port-Est. Pour le syndicat, il est intolérable que Tereos dicte sa loi à La Réunion, et qu’un préfet lance un tel ultimatum à des planteurs en lutte. Le responsable du syndicat des dockers a d’ailleurs demandé si en France un préfet pouvait tenir de tels propos à l’encontre d’agriculteurs dans la même situation que les planteurs de La Réunion.

Départ précipité des planteurs

C’est dans ces conditions que se poursuivaient à la DAF les discussions entre syndicats et État pour formuler de nouvelles propositions en direction de Tereos. Une information a alors circulé : la menace de la reconduction à l’identique de la convention actuelle, c’est-à-dire la poursuite du gel du prix de référence de la tonne de canne, si les planteurs ne signaient pas avant minuit. Cette nouvelle a porté un coup au moral des planteurs, tandis que les responsables de la CGTR soulignaient l’importance de passer ce cap et de ne rien lâcher.

C’est alors qu’aux alentours de 22 heures, des planteurs ont commencé à lever le camp précipitamment suite à un appel de leurs responsables syndicaux. « On a décidé de partir pour mener d’autres actions », a expliqué Guy Derant de la FDSEA, indiquant être sans nouvelle de la réunion se tenant à la DAF. Une autre source syndicale précisait que la barre des 3 euros d’augmentation du prix de référence de la tonne de canne pourrait être atteinte pour les petits et moyens planteurs, à enveloppe constante. Soulignant qu’ils n’avaient plus rien à faire devant la préfecture, le mot d’ordre était d’aller à l’usine de Bois-Rouge.

Ce matin, des assemblées générales à Bras-Panon et au Gol doivent présenter le résultat des discussions tenues avec l’État à la DAF en lien avec Tereos. C’est alors qu’une décision sera prise pour la suite du mouvement. Si les avancées sont jugées suffisantes, alors la signature de l’avenant à la Convention canne fixant le prix de la matière première vendue par les planteurs devra avoir lieu aujourd’hui, sinon la mobilisation s’élargira et Tereos sera responsable de la paralysie de La Réunion.

M.M.



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  • Réclamer 6 euros pendant plusieurs semaines de manifestations et accepter de signer un accord sur la base de 2,50 euros , C’est ridicule , et c’est démontrer la faiblesse des planteurs de canne qui par cette attitude offre à leur usinier un bâton pour les battre la prochaine fois .
    Il ne fallait pas céder avant d’avoir obtenu au moins 4 euros d’augmentations sur les 6 qui étaient demandés . Ceci d’autant plus que les transporteurs et les dockers étaient prêts à apporter leur soutien .

    Puisque le préfet considère que le fait que la proposition initiale de l’usinier ait été multipliée par 5 constitue une avancée suffisante alors qu’elle n’était que de 0,50 euro il aurait peut être fallu que les planteurs fixent également la barre bien plus haut pour l’ouverture des négociations .Au lieu de demander 6 euros de plus par tonne de cannes ils auraient du demander au moins 20 euros par tonnes de cannes avec l’espoir de pouvoir signer un accord à 6 euros .

    C’est vrai qu’il faut savoir arrêter un conflit qui risque de dégénérer en explosion sociale vu la situation socio économique de l’île , mais comme les planteurs ne sont pas entièrement satisfaits de cet accord qui leur est proposé , on peut supposer qu’il y aura d’autres manifestations lorsque le moment sera plus opportun . J’espère qu’ils sauront alors tirer les leçons de cet épisode et placer la barre suffisamment haute pour ne pas être obligés d’accepter des miettes lorsque l’usinier continuera de faire des gros profits avec le fruit de leur sueur et de celle de tous les autres contribuables puisqu’il s’approprie une subvention de 28 millions d’euros qui était destinée à tous les acteurs de la filière canne à la Réunion . A bon entendeur salut .

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