Canne à sucre

« Pokosa mi sava invèstir dan in nafèr la pi lavnir ? »

Jismy Sinacouty, jeune planteur de cannes à Saint-André, est inquiet

Témoignages.re / 31 juillet 2004

Depuis le passage du « cyclone Fischler » comme ils l’appellent, les jeunes planteurs de la CGPER ne cachent pas leur inquiétude, amplifiée par une position jugée « incohérente » de la Chambre d’agriculture. Lors d’un point presse tenu hier à Saint-André, Éric Soundrom, leur porte-parole, a tenu à le rappeler aux jeunes agriculteurs, dont Jismy Sinacouty (30 ans), installé depuis peu au chemin Dioré.

Le 14 juillet dernier, le couperet Fischler est tombé. Le prix du sucre doit baisser de 33% d’ici 2007 et le quota sucrier des DOM (essentiellement La Réunion, la Martinique et la Guadeloupe) sera revu à la baisse (-17%). Il passera de 500.000 à 400.000 tonnes.
"Cette annonce a créé un grand émoi au sein des planteurs de cannes mais également des politiques réunionnais, de droite comme de gauche (...) Cette réforme, si elle est appliquée, conduirait à la fin de la filière canne à sucre à La Réunion", livre Éric Soundrom, porte-parole des jeunes de la Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion (CGPER).
Depuis le 14 juillet, tous les partenaires, à savoir le planteur, l’usinier, les deux collectivités locales, ont décidé de faire front commun contre cette réforme. Le jeune porte-parole déplore cependant que "la Chambre d’agriculture persiste dans sa politique de la chaise vide", mais également dans des prises de positions contradictoires. Les 5.000 planteurs réunionnais ne pourront supporter une diminution du prix de base de la canne, "aussi infime soit-elle", d’autant que les coûts de production ne cessent d’accroître et que le prix de la tonne de canne n’a pas augmenté depuis 20 ans.
On comprend dès lors l’appréhension des jeunes agriculteurs à poursuivre (ou à se lancer dans) la culture de la canne. Jismy Sinacouty, jeune exploitant saint-andréen, se demande : "Pokosa mi sava investir dan in nafèr la pi lavnir anndan ?". Pour l’heure, sur son exploitation de 9 hectares, la canne n’est toujours pas replantée. Le jeune planteur préfère attendre de connaître les tenants et aboutissants du dossier de l’OMC-Sucre.

Pour des propositions concrètes

Pourtant, rappelle Éric Soundrom, il importe de "préserver le maximum d’agriculteurs", en attribuant une compensation intégrale, et non pas seulement 60% des pertes dues à une réforme européenne. "Si l’Europe ne compense pas totalement, le gouvernement doit compléter", poursuit-il.
Éric Soundrom est aussi revenu sur le rôle que doit jouer la Chambre d’agriculture dans ce dossier : "15 jours après la communication de Bruxelles, l’ensemble des planteurs réunionnais n’attend plus, des responsables agricoles de La Réunion, la traduction ou l’analyse de la communication de Bruxelles, mais des propositions concrètes pour sauvegarder la filière. Si aujourd’hui, ce jeune planteur de Saint-André fait un lourd investissement pour replanter ses cannes, c’est parce qu’il croit que la profession est unie", explique-t-il.
Le 15 septembre prochain, lors de la tenue d’une Commission paritaire de la canne et du sucre (CPCS) extraordinaire, de surcroît en présence du ministre de l’Agriculture, Hervé Gaymard, les acteurs de la filière comptent faire un certain nombre de propositions. En espérant que la Chambre d’agriculture se positionnera une fois pour toutes, et avec tous les partenaires sociaux, pour que, d’une voix commune, les intérêts du sucre réunionnais soient défendus.

Bbj