Canne à sucre

Pour une politique concertée

Nassimah Dindar rencontre les associations du secteur social et médico-social

Témoignages.re / 15 juillet 2004

Afin d’impulser une nouvelle dynamique de dialogue et de partenariat avec les associations du secteur médico-social, la présidente du Département, Nassimah Dindar, a tenu à organiser mardi une réunion d’échanges avec les responsables d’établissements concernés. L’occasion de présenter les nouvelles orientations sociales de la politique sociale du Département et d’y inscrire les associations comme des acteurs associés.

Dans le respect de ses engagements d’investiture, la présidente du Conseil général a tenu à rassembler présidents et directeurs des associations médico-sociales, afin de réaffirmer sa volonté d’établir un "partenariat fructueux pour servir au mieux les intérêts de l’usager". Parce que les incompréhensions dégradent parfois la qualité des relations entre les différents acteurs du secteur, Nassimah Dindar souhaite "réactiver de nouveaux liens", en "renouant la confiance, mutualisant les moyens et les points de vues pour être des alliés et faire avancer les actions sociales".
La présidente du Département désire d’ailleurs établir un échéancier de rencontres régulières, afin de mener un travail en amont et de favoriser l’élaboration du nouveau DOCUP (Document unique de programmation), la valorisation de l’aspect qualitatif du secteur social et médico-social, mais aussi l’exploitation du volet formation. Sur ce dernier point, Nassimah Dindar a d’ailleurs confirmé une prochaine rencontre entre le CARIF-OREF (Centre d’animation et de ressources de l’information sur la formation et l’emploi-Observatoire régional emploi-formation), l’IRTS (Institut régional de travail social) et les collectivités régionale et départementale, pour travailler sur le développement de la filière formation.
À la fin de la réunion, l’ensemble des représentants associatifs se disaient satisfaits de cette main tendue, de cette volonté de dialogue. Ils attendent désormais l’application effective de ces annonces, la prise en compte de leurs réflexions et décisions pour obtenir la véritable reconnaissance de leur rôle d’acteurs de la politique sociale du Département.

Priorité aux plus vulnérables

Après les 6 millions déjà abondés par la collectivité en direction des associations du secteur médico-social - afin de leur permettre de régler leurs contentieux et de repartir sur des bases saines -, Nassimah Dindar parle désormais d’"un nouvel élan donné au social" au bénéfice de l’usager. Ses efforts se concentrent en premier lieu vers la petite enfance, "niche de nouveaux métiers" qu’il convient de valoriser par la formation. Elle souligne les actions déjà menées par la Région dans ce domaine, celles de l’IRTS ("qui ne peut répondre à tous les besoins"), ou encore du tissu associatif qu’il convient de rassembler dans un souci d’efficience et de "performance", avec le Département comme "aiguillon". Elle mise ainsi sur la formation des assistantes maternelles, la normalisation de leur habitat pour obtenir leur agrément, ainsi que le développement des crèches et "crèches parentales", déplorant au passage que "peu de communes se donnent les moyens d’investir dans des crèches municipales".
Second axe prioritaire : l’intégration des personnes âgées et handicapées en améliorant l’accès au transport (la carte jaune offre déjà la gratuité pour les personnes handicapées), l’accompagnement des parents d’enfants hospitalisés (complétant ainsi le dispositif de continuité territoriale) et le soutien aux associations porteuses de projets. "Il faut faciliter l’intégration des personnes dites “fragiles”", soutient ainsi la présidente du Département. S’agissant du volet prévention et santé, le Département prévoit un plan de lutte contre l’obésité et le diabète, et de nouvelles rencontres avec le gouvernement pour réévaluer de 5% le plafond de la CMU, ce qui permettrait à 18.000 Réunionnais supplémentaires d’être exemptés de mutuelle. À noter que lors de sa dernière Assemblée plénière du 29 juin, la Région a également déposé une motion rejoignant cette revendication.
Enfin, la présidente du Conseil général souhaite agir en faveur de la jeunesse par l’accompagnement des parents et enfants de 0 à 12 ans, en facilitant l’accès des jeunes au transport, aux loisirs mais aussi à la formation en améliorant les dispositifs de mobilité, et enfin en favorisant les activités sportives et culturelles.
Nassimah Dindar affirme que "si l’on veut demain réussir un projet de développement pour La Réunion, on ne peut fermer les yeux sur les problèmes de la jeunesse". Elle fait ainsi appel au soutien des associations pour élaborer des plans d’actions et aider cette "pépinière de jeunes talents", ainsi que leurs parents, à construire un projet de vie. La collaboration de l’Éducation nationale s’avère indispensable pour la présidente afin que, dès le plus jeune âge, les enfants bénéficient d’un suivi et d’une prise en charge adaptés.

Estéfany


Adapter une stratégie en fonction des nouvelles compétences

Avec les lois de décentralisation, le Département dispose de compétences précises en matière d’établissements médico-sociaux destinés à la prise en charge de personnes vulnérables. Leurs actions spécifiques ont été reconnues par la loi de rénovation sociale. Il incombe dès lors au Département de traiter, tarifer et budgétiser les demandes d’extension, de transformation d’établissement mais aussi les projets de création.
Christian Dijoux, directeur général des Services, depuis le 1 juin, parle de trois lignes de force de réorganisation. La première s’exprime avec la mise en place de la Direction générale adjointe Famille, Enfance et Jeunesse, qui, conciliée à celle de l’Action sociale et Insertion, traduit "la politique ambitieuse de la collectivité en faveur de la jeunesse et de la petite enfance". Le second trait de changement marquant réside dans le rattachement des arrondissements de l’île à la Direction générale du Département, pour une meilleure efficience des actions. Et enfin, Christian Dijoux souligne que la Direction générale adjointe Développement, Aménagement et Europe représente l’outil vers "un vrai schéma d’aménagement pour esquisser une vision de l’avenir territorial réunionnais".


L’État ne remplit pas ses missions

Éric Boyer, président de l’ADAPEI (Association départementale d’amis et parents d’enfants inadaptés) n’a pas manqué de soulever le crucial problème de la baisse des postes d’auxiliaires de vie (de 400 à 180), du retard structurel de La Réunion en termes de places pour l’accueil des personnes handicapées (au moins 1.500 places), et du défaut de formation indispensable dans le secteur médico-social pour pallier les départs à la retraite. "Les handicapés moteurs restent chez eux, ils ne sont plus pris en charge, alors que la loi prévoit l’obligation scolaire. Comment font les parents ?"
Éric Boyer parle de "faute grave", s’agissant du manque de formation des jeunes dans ce secteur et interpelle la présidente du Département sur "le gros travail" qu’il reste à faire : "Il faut prévoir un encadrement pour la rentrée, mettre en œuvre des actions rapides".
Nassimah Dindar mise ainsi sur la réactualisation des trois schémas départementaux qui sera l’occasion de recenser les propositions et réflexions. S’agissant de la nécessité d’un rattrapage du retard réunionnais concilié aux zones d’ombres de la décentralisation, la présidente du Département précise qu’"aujourd’hui, l’État ne remplit pas ses missions et n’a jamais assuré le personnel pour répondre à l’obligation scolaire. La décentralisation est déjà là et nous faisons au-delà de nos compétences. Nous portons une bonne part de la politique sociale de l’État et lui demandons de combler nos retards. S’il faut porter les AVS, nous le ferons pour La Réunion, mais je préfère amplement que ce soit l’Éducation nationale qui prenne ses responsabilités et porte ces emplois".