Canne à sucre

Promergy échappe à ses "fossoyeurs"

Énergie et développement industriel

Témoignages.re / 3 décembre 2003

Lors de la réunion de la Commission permanente du Conseil général, le mercredi 26 novembre dernier, le projet industriel de production d’électricité couplé par cogénération à une raffinerie sucrière est revenu dans les discussions. Par délibération du 13 novembre 2002, le Conseil général avait donné un accord de principe pour l’implantation de ce projet industriel sur un terrain de huit hectares situé au Port et appartenant à la collectivité départementale, « sous réserve de conditions à satisfaire avant le 13 novembre 2003 ». Dans le climat de guerre ouverte déclenché par la Relève contre ce projet, l’Assemblée présidée par Jean-Luc Poudroux a laissé passer la date de l’échéance, évitant du même coup un vote dont certains, à droite, annoncent depuis six mois qu’il doit « enterrer définitivement » le projet. Les élus ont constaté que, sur les huit questions posées à Promergy depuis novembre 2002, quatre ont reçu des réponses, quatre autres restent en suspens : ce sont d’une part les questions relatives à la filière sucre, pour laquelle une demande d’étude d’impact a été adressée au ministère de l’Agriculture et d’autre part ce qui relève des choix d’EDF sur les critères de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE). Les réponses à ces questions découleront des différents arbitrages rendus.

Attendre les conclusions de l’étude d’impact

Mercredi dernier, les conseillers généraux ont donc constaté « la caducité de l’accord du 13 novembre 2002 », qui attribuait le terrain du Département à Promergy. Si le terrain du Port n’est aujourd’hui plus attribué, il reste "réservé" en attendant les conclusions de l’étude d’impact demandée au Ministère de l’Agriculture.
Après l’intervention du conseiller général du Port, Jean-Yves Langenier, demandant de surseoir, la Commission permanente du Conseil général a décidé à l’unanimité d’attendre les conclusions de l’étude d’impact ministérielle. Cette unanimité dans le sursis donné aux promoteurs englobe - c’est plutôt amusant - le vote des conseillers de la Relève, auteurs d’une motion « pour enterrer Promergy »... qui ne fut pas examinée en séance.
Cela fait six mois maintenant que les élus de la Relève clament avec Jean-Paul Virapoullé, à chaque étape de la procédure, qu’ils "enterrent" le projet. Mais comme un certain nombre de témoins ont pu le constater encore la semaine dernière, "le canard est toujours vivant" et l’enquête publique pour installation classée commence cette semaine.
Les responsables de Promergy, dans l’île la semaine dernière, « [se sont réjouis] de la sagesse du Conseil général d’attendre l’étude d’impact avant de prendre une décision définitive » et ont constaté que « le projet n’est pas enterré, contrairement à ce qui est bruyamment proclamé et [que] les Réunionnais pourront se prononcer lors de l’enquête publique qui démarre le 1er décembre ».

En attendant l’arbitrage ministériel
Le sursis donné la semaine dernière aux promoteurs de Promergy par le Conseil général résulte d’une nouvelle passe d’arme engagée -et perdue- par les détracteurs réunionnais du projet. À l’heure où commence l’enquête publique, les promoteurs de Promergy se donnent pour objectif de convaincre leurs interlocuteurs de l’intérêt du complexe, sous ses deux aspects complémentaires : la valeur ajoutée industrielle à une production agricole fragilisée et la production d’électricité. La première partie fait l’objet de l’étude d’impact demandée depuis juin 2003 : il s’agit en fait d’un "feu vert" politique soumis à l’arbitrage du gouvernement. Pour le second aspect, il s’agit surtout de convaincre EDF de ne pas claquer la porte à un projet qui a douze à dix-huit mois d’avance sur celui du Gol et permettrait de répondre plus vite à des besoins croissants, sans risques de détérioration de l’approvisionnement.
Compte tenu du rythme de croissance de la consommation dans l’île, n’y a-t-il pas la place pour les deux centrales ? C’est la question que les promoteurs de Promergy posent à leurs interlocuteurs, auxquels ils font valoir les avantages de la cogénération comparés aux centrales fuel/charbon.
En privé, les responsables des centrales thermiques sucrières admettent que le projet du Gol et celui de Promergy ne s’opposent pas. Mais il reste à en persuader les responsables d’EDF, positionnée comme acheteur et distributeur unique de l’électricité produite.