Canne à sucre

Propositions des planteurs de canne à sucre pour ramener Tereos à la négociation

Réunion de concertation entre les syndicats d’agriculteurs de La Réunion et l’État

Manuel Marchal / 1er juillet 2017

La nouvelle journée de mobilisation des planteurs a permis des avancées. Les agriculteurs comptent bien les concrétiser lors des futures négociations avec Tereos. Tant que l’accord ne sera pas jugé satisfaisant par les planteurs, il n’y aura pas de coupe. Tous les syndicats sont unis pour faire aboutir les revendications.

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Les planteurs continueront à camper ce week-end devant la préfecture. Les barrages sont levés, un pas a été fait pour que les négociations reprennent avec Tereos.

Ce vendredi, la mobilisation des planteurs a permis des avancées. Une rencontre avait lieu à la Direction de l’Agriculture et de la forêt entre les syndicats représentés au Comité paritaire de la canne et du sucre, la Chambre d’agriculture et l’État. Au terme de plusieurs heures de revendication, les planteurs ont établi une liste de propositions qui constitue un premier pas, car elles ne vont pas jusqu’à une hausse de 6 euros du prix de référence de la canne à sucre. Elles sont un signe fort qui demande à l’industriel de faire lui aussi des efforts pour que les revendications de toutes les parties puissent être satisfaites.

Redéploiement des subventions

Lors du compte-rendu de la rencontre devant les planteurs qui campent devant la préfecture de La Réunion depuis mercredi, Frédéric Vienne, président de la FDSEA, a indiqué que ces avancées signifient un bonus de 6 millions d’euros, soit au minimum 3 euros par tonne de canne. Les planteurs ont donc fait la moitié du chemin, la balle est dans le camp de l’industriel. Il est à noter que les propositions formulées ne coûteront pas un centime aux pouvoirs publics. C’est un redéploiement des aides existantes, à condition que Tereos accepte de voir sa part de subvention diminuer.

Au cours de la discussion entre les syndicats et l’État, les dernières propositions de Tereos ont été intégrées. L’usinier serait en effet près à céder près d’un euro par tonne de canne. À cela s’ajoute un gain de 25 centimes par tonne si les planteurs ne paient plus la cotisation R’Canne prélevée sur la recette bagasse. Sur ce dernier point, la somme de 14,5 euros par tonne payée par EDF pour acheter l’électricité produite à partir de la canne pourrait être mieux répartie : diminution de la part de l’industriel au profit des planteurs. D’autres propositions permettent d’arriver à un total de 6 millions d’euros. Les planteurs sont également d’accord sur un intéressement sur le prix du sucre blanc, en fonction de l’évolution du prix du marché en Europe.

Intéressement sur le sucre blanc

Plus tôt dans la journée, Jean-Bernard Gonthier, président de la Chambre d’Agriculture, et Jules Houpirpanin, porte-parole de la CGPER, ont expliqué ce mécanisme. Au-dessus d’un certain prix, les planteurs toucheront 44 centimes par tonne par tranche de 10 euros. Le débat porte sur le seuil de déclenchement. Tereos propose que la mesure s’applique au-dessus d’un prix de marché de 470 euros par tonne de sucre blanc, les syndicats revendiquent un déclenchement à partir d’un prix de 450 euros.

Jean-Bernard Gonthier précise que les planteurs pourront être informés chaque semaine sur l’évolution du prix en consultant les données de France-Agri-Mer. Il se situe actuellement à 495 euros par tonne. Si le seuil était à 450 euros, alors le bonus serait de 1,76 euros par tonne de canne pour cette valeur. Les modalités de versement restent à définir. La FDSEA a fait part d’une proposition évoquée par les planteurs : que chaque mois où le prix de marché dépasse le seuil, la somme abonde une caisse dont le montant sera ensuite réparti entre les planteurs. Il est entendu que quand le prix descend sous le seuil, ce sont les 28 millions d’euros de l’aide supplémentaire de l’État qui sont utilisés pour compenser les pertes de l’industriel. La période de référence est à clarifier. Les planteurs demandent que cela soit l’année n-1, ce qui permettra d’appliquer l’intéressement cette année, tandis que Tereos souhaite l’année n+1, ce qui veut dire un décalage de plus d’un an.

Rien ne peut être obtenu pour l’instant sur les sucres spéciaux. Tereos persiste dans son attitude en mettant en avant le secret des affaires commerciales. Autrement dit, il refuse de faire la transparence, prétextant qu’il risquerait alors de perdre des marchés.

Discussions entre co-présidents du CPCS

Un autre point concerne les négociations. Le co-président planteur du CPCS, Isidore Laravine de la CGPER, est mandaté pour discuter au nom de tous les syndicats avec le co-président industriel. Ce dernier devra alors faire remonter les propositions auprès du siège de Tereos en France car c’est là-bas que les décisions sont prises pour l’industriel. La décision de signer un accord pour la Convention canne sera alors prise par l’assemblée générale de la CPCS où tous les syndicats sont représentés.

À l’instar de la FDSEA et de JA, la CGPER refusera de commencer la coupe si un accord satisfaisant n’est pas trouvé. Les syndicats sont donc unis pour faire aboutir les revendications des planteurs.

Sur la base de ces avancées, la FDSEA et JA ont décidé de lever les barrages sur la RN1. Les tracteurs et les planteurs resteront sur place tout le week-end devant la préfecture. Les planteurs préparent une série d’activité pour faire connaître leur profession à la population : démonstration de conduite de tracteur et dégustation de jus de canne sont au programme.

M.M.