Des fonctionnaires parisiens viennent dans notre pays pour discuter de l’avenir de la canne à La Réunion

Qui a politisé l’avenir de l’économie sucrière ?

23 septembre, par Ary Yée-Chong-Tchi-Kan

Illustration : Paul Vergès agissait sur tous les fronts.

La crise de la canne à La Réunion est la conséquence du choix européen, soutenu par le gouvernement français, de supprimer, en 2017, le quota sucrier qui protégeait les planteurs réunionnais. Paul Vergès avait alors alerté sur les risques pour le statut de RUP et les protections spécifiques. Dix ans après, l’absence d’une stratégie réunionnaise des 14 parlementaires et 26 chefs de collectivité est dénoncée, car qu’y a-t-il de plus prioritaire que d’anticiper la venue de la délégation de fonctionnaires ? En son temps, Paul Vergès n’était pas seulement un visionnaire, c’était aussi un défenseur acharné des intérêts de La Réunion face à la domination coloniale.

La venue d’une délégation de fonctionnaires parisiens aurait été inutile si les décideurs politiques Réunionnais s’attaquaient aux problèmes réunionnais. La politisation de l’avenir de la canne par l’Union européenne est une réalité à laquelle il faut opposer une autre politique.

Un simple constat

En 2015, La Réunion dispose d’un quota sucrier protecteur et d’un prix garanti payé aux planteurs, supérieur au cours mondial. Ce n’est pas du luxe. C’est l’adaptation à une réalité concrète : le coût de production d’une tonne de canne est plus élevé par rapport à l’Inde ou le Brésil. Le ministre français de l’Agriculture donne son accord à l’Union européenne pour démanteler cette politique positive.
Le couperet tombe en 2017, alors même qu’on aurait pu attendre 2020. Cette précipitation n’avait aucun sens économique. En effet, les besoins en sucre dans le monde augmentent et notre quota de 300 000 tonnes ne pouvait pas perturber ce marché énorme. Actuellement, la demande frôle les 200 millions de tonnes. La France et les instances européennes ont fait passer l’idéologie avant la réalité.

Paul Vergès sonne l’alerte

En 2015, il déclare que si la digue qui protège les planteurs tombe, cela veut dire une remise en cause insidieuse du statut de RUP par les instances européennes. Ce statut, auquel il a travaillé, est une adaptation des lois européennes aux contraintes spécifiques des DOM. Cependant, les idéologues européens considèrent qu’il s’agit d’une entrave à la politique communautaire. Sensé nous protéger, l’article 349 du Traité sur le Fonctionnement de l’Union Européenne (TFUE) est vidé de sa substance. Il est considéré comme un avantage concurrentiel. Après la fin du quota sucrier, les financements particuliers des RUP et l’Octroi de Mer risquent de connaître le même sort.
Il conclut sur la fin des illusions de l’intégration à l’Europe.

Une décennie plus tard

Les Réunionnais ne voient toujours pas les propositions de nos 40 élus de premier plan : 3 députés européens, 7 députés à l’Assemblée nationale, 4 sénateurs et 26 chefs de Collectivités. Qu’y a-t-il de plus prioritaire que d’anticiper la venue de la délégation de fonctionnaires ? En son temps, Paul Vergès n’était pas seulement un visionnaire, c’était aussi un défenseur acharné des intérêts de La Réunion face à la domination coloniale.
L’idéologie politique qui soutient l’intégration n’est pas possible sans la complicité des élus réunionnais. Prenons le cas des élus du Département qui décident à l’unanimité la « recentralisation du RSA ». Les Réunionnais signifient à l’État que la gestion des citoyens au RSA coûte trop cher. Au lieu de garder l’argent (600 millions) et proposer une politique adaptée, c’est un soutien implicite à la recentralisation du financement des RUP dans la comptabilité nationale. Car, la France est une et indivisible.
Cette idéologie impose la soumission aux diktats de Paris, Bruxelles et ses fonctionnaires. Elle couvre des contradictions de classe. Par exemple, l’argument que la gestion du RSA coûte cher est à comparer avec celui de la gestion de la sur-rémunération des agents de la collectivité. Le premier est un transfert du budget national au Département, le second est supporté par le budget du Département. Imposée aux DOM par le pouvoir central, il n’a pas d’équivalent en France. Où est l’égalité des moyens ?
A quelques semaines du 12 novembre, anniversaire de la disparition de Paul Vergès, la situation des planteurs de cannes est inséparable de la situation générale. Adopté à la COP21, fin 2015, le Traité sur le Climat offre un excellent cadre de travail pour sortir du dogmatisme.

Ary Yée Chong Tchi Kan

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