Pourquoi Tereos reste-t-il à La Réunion s’il craint de perdre de l’argent ?

Remplacer Tereos par une coopérative de planteurs : 100 % des profits de la transformation de la canne à sucre en co-produits pour les agriculteurs

7 juillet 2022, par Manuel Marchal

Les négociations de la Convention canne ont de nouveau buté hier sur l’intransigeance de Tereos. Si une coopérative regroupant les planteurs réunionnais était propriétaire des usines sucrières, il ne pourrait y avoir de blocage sur le prix de la canne. La totalité des bénéfices du sucre reviendrait aux planteurs qui auraient la responsabilité de négocier directement avec les autres industriels du prix de la valorisation des autres produits de la canne. Car dans le système actuel, Tereos apparaît comme un coûteux intermédiaire, car il dispose du monopole de l’outil de transformation de la matière première.

La campagne sucrière bat son plein à La Réunion.

Les deux derniers jours de négociations de la Convention canne à la préfecture ont permis d’identifier clairement la source du blocage : Tereos. En effet, les autres industriels qui valorisent des produits de la canne sont d’accord pour mettre de l’argent sur la table afin d’augmenter le tonnage de cannes livrées, et donc le revenu des planteurs. Mais là où le bât blesse, c’est que tout dépend de Tereos. C’est en effet lui qui est le propriétaire des deux usines de transformation de la matière première. Sans ces usines, il ne peut y avoir de bagasse pour produire de l’électricité ou de mélasse pour faire des alcools. Par conséquent, Tereos est le seul acheteur de la matière première car il a le monopole des outils pour la transformer en produits qui sont ensuite valorisés.
Toute la filière dépend donc de la stratégie d’un seul industriel qui, à titre propre, ne commercialise directement auprès du grand public qu’un seul produit de la canne réunionnaise : le sucre.
Le blocage actuel vient de l’incertitude sur la visibilité sur les profits du sucre. Tereos affirme ne pas vouloir accepter une hausse du prix de la canne pour cette raison. Et quand bien même les bénéfices sur le sucre lui permettrait de dépasser son poids d’équilibre, il estime qu’obtenir la moitié du bonus ne lui suffit pas. Son argument, c’est le risque de perdre beaucoup d’argent s’il accepte les revendications des planteurs qui sont pourtant nécessaires pour que les producteurs de la matière première puissent pérenniser leur activité, et donc faire vivre toute une filière.

Aux planteurs la propriété de l’outil de transformation de leur production

En France, le sucre est produit à partir de la betterave. Le plus important producteur de sucre de ce pays est Tereos, qui est une coopérative de planteurs de betteraves. Cela signifie que les agriculteurs sont les propriétaires de l’outil de transformation de la matière première qu’ils cultivent.
Imaginons une telle situation à La Réunion : il n’y aurait plus besoin de discuter du prix de la canne puisque les producteurs de la matière première seraient également les propriétaires de l’outil de transformation. La totalité des bénéfices tirés du sucre irait alors dans les poches des planteurs. Les seules négociations porteraient alors sur la vente des co-produits de la canne par les planteurs aux autres industriels. Finies alors les discussions interminables et dans l’urgence des Conventions canne, avec toutes les conséquences que de telles négociations peuvent entraîner. Les planteurs seraient alors seuls responsables de leur avenir, car il leur reviendrait de décider de la stratégie de la filière.

M.M.

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Messages

  • La création d’une société anonyme ou d’une société d’économie mixte dont les actions seraient réparties entre les agriculteurs , les usiniers , l’Etat et les collectivités territoriales et éventuellement d’autres parties prenantes industrielles et commerciales ou tout simplement des particuliers qui veulent investir une partie de leurs capitaux dans un secteur encore plein d’avenir , selon des critères de répartition qui permettraient aux planteurs de canne et aux usiniers de détenir la majorité des actions et aux seuls planteurs d’avoir une minorité de blocage , me parait plus adaptée que la création d’une coopérative .
    Les prix de la canne et de ses sous produits seraient approuvés par l’ensemble des actionnaires ,et chaque actionnaire pourrait en plus de son travail pour la société participer à la répartition des bénéfices bénéfices en fonction du nombre d’action qu’il détient .


Témoignages - 82e année


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