Canne à sucre

Renaissance d’une industrie sucrière à Madagascar

Reprise de la production à l’usine de Brickaville

Manuel Marchal / 5 septembre 2020

Jeudi à Brickaville, le président de la République malgache a participé à une cérémonie marquant la renaissance de l’industrie sucrière à Brickaville. Fermée depuis plusieurs années, cette usine a été réhabilitée et va permettre de réduire les importations de Madagascar. Avec son potentiel agricole, Madagascar peut devenir un pays exportateur de sucre, avec des conséquences pour La Réunion si l’idéologie dominante en matière de commerce reste le libre-échange, et donc la mise en concurrence des travailleurs.

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Voici un extrait d’un article de Madagascar Tribune :
« La Société agricole sucrière malgache (SASM), anciennement SIRAMA de Brickaville, reprend officiellement service. La cérémonie de lancement de sa reprise officielle de production de sucre a eu lieu hier, en présence du président de la République, Andry Rajoelina, qui effectue également une tournée dans la partie Est de Madagascar. Cette réouverture intervient 16 mois après la dernière visite du chef de l’Etat sur ces lieux.
« C’est un défi de produire sur place les produits dont la population a besoin », a martelé Andry Rajoelina. Le chef de l’Etat ambitionne en effet de ne plus importer du sucre, grâce à la multiplication des industries sucrières dans le pays. L’objectif en est la réduction de prix de vente, pour en faire bénéficier la population. « J’espère que le sucre sera vendu moins cher à Brickaville, parce qu’il n’y aura pas de frais de transport, ni de douane avant sa distribution sur le marché », lance le président de la République.
La production de SASM est estimée à 1 600 tonnes pour cette année. La reprise des activités de cette société permettra par ailleurs de nourrir environ 1 600 planteurs de canne à sucre. « Cette réouverture va permettre de créer des emplois », souligne Andry Rajoelina. Economiquement parlant, elle va également améliorer le pouvoir d’achat de la population et favorisera le commerce intérieur. Cela devra aussi occasionner l’installation de diverses infrastructures ».

Un nouveau producteur de sucre

Ce 3 août a donc marqué la renaissance de l’industrie sucrière de Madagascar, avec comme but de produire pour ne plus importer. 1.600 planteurs vont livrer cette année à l’usine de Brickaville.
Tout comme La Réunion et Maurice, Madagascar possède des terres favorables à la plantation de cannes à sucre. Alors que dans notre île et à Maurice, la fin des quotas et du prix garantis pose la question de la visibilité, Madagascar se fixe d’abord comme but de produire pour sa consommation intérieure. Or, l’usine de Brickaville n’est pas la seule qui peut repartir à Madagascar. De plus, la Grande île possède un foncier suffisant pour de grandes plantations mécanisables, avec donc un coût de production moins élevé que dans notre île. Ceci souligne donc que si la demande intérieure est satisfaite par la production locale, le sucre produit à Madagascar aura alors la possibilité de s’écouler sur le marché mondial. C’est donc la possible émergence d’un pays exportateur de sucre plus grand que la France à moins de 1000 kilomètres de La Réunion.

Conséquences pour La Réunion

Rappelons que les accords commerciaux signés par l’Union européenne avec des pays du groupe PMA dont fait partie Madagascar permettent depuis 2009 à ces pays d’exporter vers l’Europe du sucre sans quota ni droit de douane, c’est l’accord « Tout sauf les armes ». Cet accord a entraîné la reconversion de l’industrie sucrière de Maurice en industrie de la canne, avec la fin de l’exportation du sucre roux en vrac, remplacé par le sucre blanc plus rémunérateur. Ceci n’a pas permis à nos voisins d’enrayer malgré tout le déclin de la canne à sucre.
Si à La Réunion, la logique du profit poussée à l’extrême entraînait la fermeture des deux dernières usines sucrières, Madagascar aurait le potentiel pour produire pour sa population et aussi pour les besoins des Réunionnais. C’est pourquoi il est important de sortir de cette logique ultra-libérale du libre-échange pour évoluer vers un co-développement durable de notre région. Au lieu d’être concurrents, les peuples de notre région produiraient des richesses complémentaires, ce qui permettrait à tous de progresser ensemble.

M.M.



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  • Du changement sucré pour la région, Réunion comprise ? Pourquoi pas ? Pourquoi justement ne pas en profiter pour ici, se diversifier, encourager l’autonomie alimentaire bio, à commencer pour les repas des cantines (scolaires, pénitentiaires, hospitalières, militaires...) ? Le sucre, il y en a assez pour être autonôme, de plus, il ne rapporte pas grand chose face aux productions actuelles du Brésil propriétaire des 2 seules usines réunionnaises qui produisent 200 000 tonnes/an et donc celle de Madagascar bientôt. Sans oublier que le sucre, c’est aussi un pb, le diabète, qui provoque cécité, amputation, un poison qui tue à petit feu, c’est tout. Bon We zot tout, Arthur qui ne sucre plus son yaourt depuis des lustres.

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