Canne à sucre

Renar “lib” dan park volay

L’OMC et la “défense” des pays pauvres

Témoignages.re / 9 août 2004

Retour sur les graves menaces que fait peser sur la filière canne de La Réunion le système mis en place par l’Organisation mondiale du commerce (O.M.C.) et illustré par le récent rapport des experts de cet organisme en faveur de la plainte du Brésil, de l’Australie et de la Thaïlande contre le règlement sucrier européen (voir “Témoignages” du vendredi 6 août dernier). Un rapport d’autant plus inquiétant que la Commission européenne fait preuve d’une grande “compréhension” à l’égard des directives de l’OMC. D’où la responsabilité du gouvernement français dans ce dossier.

"Les agriculteurs auront plus de débouchés pour leurs produits sur les marchés internationaux. Avec l’élimination des subventions aux exportations, leurs bénéfices seront plus élevés", a déclaré le patron de l’OMC commentant l’accord de Genève du 1er août 2004 et "les conséquences positives de l’accord pour les populations les plus pauvres de la planète".
Si les règles du commerce international devaient être bénéfiques aux pays pauvres de la planète, cela fait belle lurette qu’il n’y aurait plus de pays pauvres, depuis le temps que les accords de Bretton Woods - l’ancêtre de l’OMC, il y a déjà plus de 60 ans - dispensent leurs bienfaits à travers le monde.
On ne voit pas très bien en quoi le fait de laisser s’installer partout la loi de la jungle (pudiquement dissimulée derrière la règle dite “de l’offre et de la demande”) pourrait profiter en quoi que ce soit aux pays les plus pauvres.

Les P.V.D. : un groupe très hétérogène

Si l’on se réfère aux différents modèles agricoles identifiables à travers le monde, l’un d’eux caractérise les “Pays en voie de développement” (PVD). Cette appellation très large désigne aussi bien des pays “émergents” comme l’Inde ou la Chine que les 49 pays dits les moins avancés (PMA) d’Afrique ou d’Asie.
Comme la plupart des regroupements opérés dans le monde, le groupe des PVD est très hétérogène. Ces pays sont néanmoins rapprochés par l’importance de leurs populations rurales et de leur agriculture (87% des actifs agricoles du monde vivent dans les pays en voie de développement : dont 20% en Inde, 39% en Chine et 14% en Afrique. Ils ont également en commun une forte croissance démographique qui, l’exode rural aidant, favorise la formation de mégapoles.
Cette situation décrit ce qui se passe dans la plupart des PMA. En raison du poids que représente l’agriculture dans les sociétés de ces pays, le développement aussi bien des cultures vivrières que des cultures d’exportation est une question cruciale pour ces pays : pour arrêter l’exode rural et diminuer la dépendance alimentaire. L’agriculture d’exportation est aussi un moyen de faire entrer des devises étrangères.
Or les moyens budgétaires manquent pour atteindre ces objectifs et atteindre un niveau suffisant de transferts budgétaires directs. Comment ces pays pourraient-ils trouver "plus de débouchés pour leurs produits sur les marchés internationaux" alors qu’ils ne parviennent déjà pas à répondre à leur demande intérieure ? Ce sont ces pays qui ont le plus intérêt à répondre aux besoins de leur population, à maîtriser leurs importations et à valoriser leurs exportations.
Les directives de l’OMC tournent le dos à ces besoins des pays les plus pauvres. Elles visent au contraire à abaisser les barrières douanières et à créer les conditions d’une arrivée massive de produits industriels dans des pays dont le niveau d’industrialisation et de développement est très faible.

Les contradictions de l’OMC

Une des contradictions qui caractérisent les orientations de l’OMC, dans ses velléités à démanteler les politiques agricoles des pays ou groupes de pays qui en sont dotés - comme l’Union européenne (UE) - est qu’elles cherchent à enrôler dans une “croisade anti-protectionniste” des pays pauvres qui auraient intérêt à protéger leurs propres économies. Et ce, sous la bannière de pays développés ou émergents qui n’hésitent pas, pour leur propre compte, à se doter de fortes protections, le plus souvent masquées.
C’est ce qui se passe au sein du groupe de Cairns, auquel appartiennent les trois plaignants contre le régime sucrier européen - Brésil, Australie, Thaïlande - chacun de ces trois pays représentant des intérêts différents au sein d’un groupe au moins aussi hétérogène que le précédent. L’Australie est membre de l’OCDE, l’un des clubs de pays riches de la planète, et constitue avec le Canada et la Nouvelle-Zélande, le peloton de tête du groupe dit “de Cairns” (d’où l’Inde s’est retirée après 2001).
Ces trois pays ne comptent ensemble que 1% des agriculteurs des pays du Groupe de Cairns et 7% de son PIB agricole. Le Brésil est un grand pays émergent qui constitue, avec d’autres pays émergents d’Amérique latine (Chili, Argentine, Uruguay, Costa Rica, Colombie), d’Asie (Malaisie) ou d’Afrique (RAS), un autre groupe d’intérêt. La Thaïlande appartient à un troisième sous-groupe de six pays en développement ou émergents (plus Bolivie, Guatemala, Paraguay, Indonésie, Philippines) regroupant 370 millions d’habitants et 78% des agriculteurs du groupe de Cairns (17 pays).
L’agriculture de ces pays est en apparence libéralisée, surtout dans les pays d’appartenance anglo-saxonne, mais avec des protections masquées : un bureau unique d’exportation et une protection sanitaire forte pour l’Australie ; des sociétés uniques d’exportation en Nouvelle-Zélande ; des tarifs douaniers très élevés dans certains secteurs, comme au Chili.
En somme, ces pays veulent voir tomber les protections chez les autres tout en conservant les leurs...
Ils regroupent 111 millions d’actifs agricoles, soit 8,4% des 1.317 millions d’actifs qui vivent de l’agriculture dans le monde, selon la FAO, et disent agir dans l’intérêt des pays en développement et de leurs 1.148 millions d’agriculteurs, alors même que les principes qui les guident ne donnent aucune chance aux pays pauvres de sortir de leur pauvreté.
Les pays développés - UE comprise - ont construit leur développement sur des systèmes très protégés. Il faudrait qu’on nous explique en quoi le fait de faire tomber toutes les barrières va pouvoir permettre aux pays retardataires de construire un développement durable.

Pascale David


La CGPER invite le ministre à la prochaine Commission mixte

Devant les événements qui se sont bousculés en l’espace de la quinzaine de jours qui ont vu, le 14 juillet, l’exposé du projet de réforme du commissaire Fischler pour le régime sucrier européen et, le 4 août, la décision de l’OMC de donner raison aux trois plaignants du groupe de Cairns contre l’UE dans le contentieux sur les aides aux exportations agricoles, le syndicat des petits et moyens planteurs (CGPER) s’est réuni hier matin à Saint-Benoît pour faire le point sur les étapes des discussions à l’Organisation mondiale du Commerce (OMC) et de la réforme de la politique agricole commune (PAC) par Bruxelles. Le président de la CGPER, Jean-Yves Minatchy, a suggéré hier que la prochaine Commission paritaire de la canne et du sucre (CPCS) bouscule quelque peu son calendrier pour pouvoir inviter le ministre Hervé Gaymard, dont la venue dans notre île est rapprochée d’une quinzaine, selon les informations apportées hier dans un communiqué de l’ancien président de la Chambre d’Agriculture :
"Après l’annonce de la réforme de l’OCM-sucre qui prévoit la diminution de 33% du prix du sucre pour les planteurs de La Réunion le 14 juillet, l’OMC (organisation mondiale du commerce) a rendu une décision en faveur du Brésil, de la Thaïlande et de l’Australie concernant leurs plainte contre les subventions à l’exportation de l’Union européenne aux produits agricoles.
Cette décision renforce un peu plus les menaces qui pèsent sur la filière canne et la CGPER, qui a répondu aux sollicitations du Député-Maire de Saint-Denis, a transmis un dossier complet sur la filière canne-sucre afin de demander au président de la République d’intervenir auprès des autorités compétentes pour obtenir la compensation intégrale pour les planteurs de cannes.
Compte tenu tenu que la visite de M. Hervé Gaymard aura lieu à la fin du mois d’août au lieu du 15 septembre, la CGPER demande l’avancement de la réunion de la CPCS (commission paritaire de la canne et du sucre) afin que le ministre puisse assister à cette réunion et montrer l’attachement de La Réunion au maintien de la filière canne, qui passe par une compensation intégrale."