Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
Quand la survie d’une filière essentielle dépend de la stratégie d’une société extérieure à La Réunion
21 février, par

La bagasse, produite par les planteurs, permet à La Réunion de produire de l’électricité sans importer de bois, mais sa valeur n’est ni reconnue ni payée à temps. Depuis la fin des quotas, les revenus stagnent et le risque repose sur les producteurs. Le retard de la prime bagasse, due par Tereos, aggrave une crise qui menace directement la survie des exploitations et l’avenir de la filière canne. Face à cette situation, la CGPER et l’UPNA ont dénoncé lundi au Gol un système où ceux qui produisent la richesse énergétique et agricole du pays restent les derniers à être payés.
La bagasse, issue directement de la canne cultivée par les planteurs réunionnais, est une ressource stratégique pour le pays. Elle permet de produire de l’électricité localement et d’éviter l’importation de bois depuis d’autres continents pour alimenter les centrales énergétiques d’Albioma. Cette énergie renouvelable, produite par le travail des planteurs, contribue à l’autonomie énergétique de La Réunion et représente une richesse essentielle. Pourtant, ceux qui en sont à l’origine ne sont ni payés à temps ni rémunérés à la hauteur de sa véritable valeur. Le retard de versement de la prime bagasse par Tereos, dénoncé lundi par la CGPER et l’UPNA illustre une fois de plus le déséquilibre profond entre les producteurs et l’industriel qui contrôle la transformation et la redistribution de cette richesse.
Cette fragilité n’est pas le fruit du hasard. Elle trouve ses racines dans la fin des quotas sucriers européens, votée en 2013 et appliquée en 2017 avec le soutien de la France. Avant cette date, la filière évoluait dans un cadre régulé garantissant des débouchés, des prix et des volumes stables. Entre 1,8 et 2 millions de tonnes de cannes étaient récoltées chaque année, assurant l’équilibre économique des exploitations, des usines et de toute l’économie liée à la canne. La suppression des quotas a brutalement exposé La Réunion à la concurrence mondiale, entraînant une baisse de la production de près de 700 000 tonnes et un transfert du risque économique vers les planteurs.
Dès le 1er août 2013, le commissaire européen à l’Agriculture, Dacian Ciolos, avait pourtant prévenu que « l’élimination des quotas ne sera pas forcément négative à condition d’une mise en valeur de la production et davantage de travailler dans la recherche ». Il avait également précisé qu’à plus long terme« tout dépendra de la stratégie d’entreprise qu’aura le propriétaire des usines ». À La Réunion, cette responsabilité repose entièrement sur Tereos. Mais pour ce groupe agro-industriel international, l’île n’est qu’un actif parmi d’autres, au même titre que ses exploitations au Brésil ou ses activités betteravières en Europe. Dans ce contexte, la stratégie industrielle et financière du groupe influence directement le revenu des planteurs réunionnais, sans que ces derniers aient prise sur ces décisions.
8 ans après la fin des quotas, le résultat est aujourd’hui visible : le prix d’achat de la canne reste quasiment inchangé depuis près de vingt ans, tandis que les coût de production ne cessent d’augmenter. Les revenus stagnent et reposent en grande partie sur des aides publiques destinées à compenser un modèle devenu structurellement déséquilibré. Dans ces conditions, la prime bagasse est devenue un élément vital pour la survie de nombreuses exploitations.
La campagne sucrière 2025 s’est d’ailleurs achevée dans un contexte particulièrement difficile. Malgré un tonnage proche de celui de 2024, les faibles rendements et les richesses très basses ont aggravé la situation financière des planteurs. Aujourd’hui, plus de 20 % d’entre eux sont débiteurs vis-à-vis de l’industriel.
Pourtant, la prime bagasse, déjà versée par Albioma à Tereos, n’a toujours pas été reversée aux producteurs. Ce retard intervient malgré un calendrier de paiement validé dans le cadre de la convention canne-sucre-énergie. L’industriel évoque des difficultés techniques, mais sur le terrain, les conséquences sont immédiates : échéances bancaires en attente, trésoreries fragilisées, campagne 2026 menacée.
Face à cette situation, la CGPER et l’UPNA ont dénoncé lundi un système où ceux qui produisent la richesse énergétique et agricole du pays restent les derniers à être payés. Elles exigaient le versement immédiat des sommes dues et affirmaient leur détermination à défendre les planteurs, dont le travail permet non seulement de produire du sucre, mais aussi de l’énergie, et de faire vivre une filière essentielle à La Réunion.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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