Canne à sucre

Réunion de crise autour de la Commission paritaire Canne-Sucre

Filière canne et sucre

Témoignages.re / 28 juin 2005

La commission paritaire de la canne et du sucre (CPCS) a tenu hier une réunion extraordinaire à laquelle ont participé aussi, à la préfecture et en présence du secrétaire général aux affaires régionales, un représentant des deux collectivités territoriales et le député au parlement européen rapporteur de la commission agriculture.
Réunion de crise, pour ajuster d’ici le mois prochain une réponse unitaire et précise de la filière réunionnaise aux préconisations de la Commission européenne pour la réforme de l’OCM Sucre.

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La réunion qui s’est tenue hier après-midi à la préfecture, en présence de Jean Ballandras, secrétaire général pour les affaires régionales, était une réunion extraordinaire de la CPCS présidée par André Minatchy, à laquelle ont participé aussi Jean-Claude Fruteau, parlementaire européen, Nassimah Dindar, présidente du Conseil général et Yvon Virapin, vice-président du Conseil régional.
Après la publication, la semaine dernière, du document de la Commission européenne donnant ses préconisations pour la réforme de l’organisation communautaire du marché du sucre, l’ensemble des acteurs de la filière ont jugé urgent de se concerter sur la réponse appropriée à faire aux instances européennes. Ils ont également jugé opportun de le faire au plus vite, c’est-à-dire avant le 13 juillet, date à laquelle pourraient avoir lieu de nouvelles auditions par la Commission.
Dans le contexte de la très forte inquiétude suscitée par la décision qu’a communiquée la semaine dernière la commissaire européenne à l’agriculture, Marian Fisher-Boël, la réaction a été unanime hier, de l’avis de plusieurs participants, en faveur d’une contre-argumentation collective, issue d’une réflexion unitaire de la filière et de tous ceux qui pourront, à un moment ou à un autre, en être les porte-parole.

"le compte n’est pas bon"

Selon Jean Ballandras, cette contre-argumentation, réunie dans un document qui sera présenté et débattu lors de la prochaine réunion ordinaire de la CPCS, le 8 juillet, devra répondre "avec rapidité, précision et clarté". "Sur la réforme immédiate - ajoute le secrétaire général -, tout le monde est d’accord. Il peut y avoir des divergences, ensuite, dans l’appréciation portée sur l’avenir de la filière" a exprimé le fonctionnaire à l’issue de la rencontre.
Pour l’immédiat, tout le monde s’accorde sur la nécessité d’obtenir pour les planteurs - petits et moyens planteurs à très forte majorité - une compensation maximale, qui pour le moment ne paraît pas acquise. Il en va de même des primes à l’écoulement et de l’ensemble du dispositif qui permet à La Réunion de livrer chaque année 70% du quota des 285.000 tonnes de sucre produits dans les DOM. Sur l’aide à l’écoulement, le représentant du Syndicat des Fabricants de Sucre, Guy Dupont, explique que l’évaluation faite par la Commission européenne "repose sur la base des mauvaises campagnes et ne tient pas compte de l’explosion du coût du fret. L’évaluation porte sur 10 à 15 millions, alors que les coûts réels sont à 25 millions", a-t-il ajouté.
L’usinier, comme les autres membres rencontrés à l’issue de la réunion, constate que, "dans la méthode, il faut rester solidaires et responsables. C’est ce qui a fait la force de La Réunion jusqu’à maintenant".
L’unanimité s’est faite aussi sur ce jugement, devant le constat partagé que "le compte n’est pas bon", ont estimé les représentants de la Région, en évoquant le flou entretenu autour de la compensation aux planteurs et des aides à la filière.

4 ans... et après ?

Il reste surtout une très grosse interrogation sur l’avenir de la filière. Les planteurs, qui travaillent avec un cycle de canne de 7-8 ans, ne peuvent admettre qu’on leur fasse une réponse pour les quatre prochaines années seulement, en les laissant dans le flou pour l’avenir. C’est ce qui expliquait en partie, sans doute, la colère exprimée par Jean-Yves Minatchy, à l’issue d’une réunion qu’il a quittée après avoir exprimé l’inquiétude de la profession. "Il y a le feu dans la maison", a-t-il dit pour imager le souci des petits et moyens planteurs, qui fournissent 80% de la production de canne de l’île, et qui ne savent pas s’ils vont pouvoir continuer à produire.
Au-delà de la réponse technique à préparer pour le mois de juillet, les participants se sont quittés sur la nécessité de produire une réflexion approfondie sur l’avenir de la filière canne et ses évolutions. Cette réflexion, indispensable pour aller plus loin sur les questions de repositionnement de la filière, donnera lieu à un document plus conséquent, s’appuyant sur le Memorandum 2004 et destiné à alimenter la suite du débat : celui que les parlementaires doivent avoir entre septembre et novembre, date à laquelle le Conseil des ministres pourrait faire connaître sa position, s’il en a une, avant de se rendre à la réunion de l’OMC, à Hong-Kong, en décembre. Ce calendrier “idéal” peut évidemment subir quelques accrocs, l’important étant, pour La Réunion, de continuer à parler d’une même voix et de rester unie autour de ses petits et moyens planteurs de canne.