Canne à sucre

Tereos : 242 millions d’euros de pertes, 2,5 milliards d’euros de dettes

Coup de tonnerre sur le propriétaire des usines sucrières de La Réunion

Manuel Marchal / 13 juin 2019

Tout comme son concurrent SüdZucker, Tereos a présenté des pertes importantes dans son bilan financier 2018-2019 : 242 millions d’euros de pertes au lieu de 23 millions l’année précédente, et un gonflement de la dette à 2,5 milliards d’euros. La baisse du prix du sucre a fait perdre 200 millions d’euros à Tereos. Mais à la différence de SüdZucker, Tereos n’envisage pas de fermer d’usine pour diminuer sa capacité de production. La chute des prix du sucre et du volume de betteraves récolté en raison de la sécheresse sont des explications à ce bilan inquiétant pour le propriétaire des deux dernières usines sucrières de La Réunion.

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En 2013, La Réunion recevait la visite de Dacian Ciolos, Commissaire européen à l’Agriculture. Le responsable européen était venu à La Réunion quelques semaines après le vote par le Conseil européen de la fin des quotas sucriers en Europe, ce qui voulait dire la fin de la certitude que le sucre produit à La Réunion soit écoulé par l’intervention de l’Europe à un prix garanti suffisamment rémunérateur, même s’il n’était pas vendu.

À l’époque, le Commissaire européen avait indiqué que l’avenir de la canne à sucre à La Réunion dépendait de la stratégie des industriels. Or, à La Réunion, d’industriels il n’y a qu’un pour transformer la canne en sucre : c’est Tereos.

Conséquence de la suppression des quotas

La fin des quotas sucriers s’est appliquée à partir du 1er octobre 2017. C’est donc l’année dernière qu’elle a pleinement produit ses effets en Europe. Contrairement à ce qu’ils espéraient, les grands groupes sucriers européens n’ont pas vu leur situation s’améliorer à la suite de la suppression des quotas. Ils avaient pourtant anticipé cette échéance en augmentant considérablement leur productivité en augmentant les superficies de betteraves, en allongeant la durée de la campagne, en augmentant le rendement en sucre de la betterave et en fermant de nombreuses usines pour arriver en France, à des sucreries capables d’une production unitaire de 200.000 tonnes de sucre par an. Tous ces efforts durement payés par les travailleurs qui ont été mis au chômage par la fermeture de leurs usines n’ont pas permis d’éviter une crise majeure. Après SüdZucker, c’est au tour de Tereos de faire part de résultats inquiétants.

Ce mercredi, Tereos a présenté son bilan financier pour l’exercice 2018-2018. Le groupe coopératif annonce une perte de 242 millions d’euros, c’est dix fois plus que l’exercice précédent où le débours était de 23 millions d’euros.

200 millions de perte à cause du sucre

« Ça vient confirmer la tendance de nos résultats », a commenté pour l’AFP Alexis Duval, président du directoire, rappelant que le groupe avait annoncé pour le premier semestre une perte de 96 millions d’euros. « On a une baisse de chiffre d’affaires de 334 millions d’euros (à 4,4 milliards d’euros), à rapprocher d’une baisse de notre résultat opérationnel de 320 millions d’euros (bénéfice opérationnel de 275 millions d’euros). Presque toute la baisse du résultat opérationnel s’explique par la baisse du chiffre d’affaires », a-t-il ajouté.

Dans ce recul du chiffre d’affaires, « la baisse du prix du sucre représente 200 millions d’euros sur l’Europe, et un tiers, un peu plus de 100 millions d’euros, est lié aux volumes », a expliqué Alexis Duval. La dette nette, objet de tensions entre la direction du groupe et une partie de ses coopérateurs, s’élève à 2,5 milliards d’euros à la fin mars, contre 2,35 milliards un an plus tôt. Et le président de Tereos de préciser : « notre métier d’origine, la production de sucre en Europe, cette année, représente 14 % de nos résultats, ça montre l’ampleur prise par nos autres activités et la baisse de cette activité sucrière européenne affectée par la fin des quotas », a-t-il déclaré à l’AFP. Sur l’exercice, 86 % des résultats opérationnels proviennent des activités sucrières internationales et de l’amidon.

L’espoir d’un marché déficitaire

Pour redresser la barre, Tereos mise sur une hausse du prix du sucre en Europe, et sur une augmentation des volumes. A la différence de SüdZucker, Tereos a donc choisi de ne pas diminuer sa capacité de production en fermant des usines.
Tereos compte beaucoup sur le Brésil : « On prévoit 19,5 millions de tonnes de canne là où on a fait 17 millions de tonnes l’année dernière », a indiqué Alexis Duval qui affirme que le marché mondial, excédentaire ces dernières années, redeviendra déficitaire à l’ouverture de la prochaine campagne de transformation de sucre en Europe.

C’est dans le cadre de cette stratégie que se situent les usines de La Réunion. Pour le moment, les subventions versées par l’Europe et l’État constituent une manne pour Tereos. Qu’en sera-t-il lorsque l’Union européenne aura décidé de sa prochaine politique agricole commune ? L’échéance n’est que dans deux ans.

M.M.