Canne à sucre

Tereos doit prolonger l’ouverture des usines sucrières

L’industriel doit assumer sa responsabilité dans le démarrage en retard de la campagne sucrière

Manuel Marchal / 18 novembre 2017

La FDSEA a alerté jeudi sur la situation de la campagne sucrière. Le retard pris en raison du conflit avec les industriels n’a pas été rattrapé.

JPEG - 57.2 ko
Les planteurs revendiquent la prolongation de la campagne sucrière. En refusant de négocier du prix de la canne pendant des semaines, Tereos a une lourde responsabilité dans le retard pris.

La campagne sucrière 2017 était une grande première. C’était en effet là que la filière canne-sucre entrait dans une nouvelle époque, celle de la fin du quota sucrier. Cela signifie que le sucre réunionnais ne dispose plus de la garantie d’écoulement de la totalité de sa production à un prix garanti au-dessus du cours mondial. La Convention canne signée en 2015 en présence de Manuel Valls, Premier ministre, ne fixait le prix que pour les campagnes 2015 et 2016. Pour 2017, les négociations ont traîné en longueur et alors que les planteurs devaient se préparer à la coupe, le prix de la canne n’était toujours pas fixé. Les discussions ont été très difficiles, car les représentants de l’usinier Tereos ont décidé de ne plus siéger. Leur position de départ était très claire et exprimée depuis plusieurs mois : pas question de céder un centime d’augmentation. Tereos misait aussi sur la lassitude des planteurs à mesure que la coupe prenait du retard, car il est le seul acheteur des cannes et est un groupe implanté sur plusieurs continents. Les deux usines réunionnaises ne constituent pas pour lui une implantation vitale pour sa survie.

200.000 tonnes de retard

Cela a été le point de départ d’une action des planteurs qui ont campé devant la préfecture pour se faire entendre. Toutes ces journées de blocage en raison de l’intransigeance de l’industriel pouvaient être évitées, car Tereos est finalement passé à la caisse, tandis que l’État redéployait des aides au profit des planteurs livrant moins de 700 tonnes.

Malgré tous les efforts des planteurs et des ouvriers d’usine, le retard pris pendant ce conflit n’a pas été rattrapé. Les conditions climatiques ont fait également baisser la richesse en sucre, qui est avec le tonnage livré la base du calcul de la rémunération des planteurs. Les syndicalistes de la FDSEA et de Jeunes agriculteurs demandent donc un report de la fermeture des usines pour que les cannes ne restent pas sur pied. Comparé à l’an dernier, le décalage est de 200.000 tonnes par rapport à l’an dernier à la même date. Quant à l’usinier, il ne partage pas ce point de vue et dit en substance qu’il avait prévenu les planteurs du risque encouru par un conflit se prolongeant autour du prix de la canne.

Agir

Dans de telles conditions, l’État ne peut rester indifférent. Il est en effet co-signataire de l’accord conclu entre les planteurs et les industriels. C’est également l’État qui contribue de manière significative au chiffre d’affaires de Tereos à La Réunion, puisque les subventions touchées par la coopérative de betteraviers dépassent 100 millions d’euros par an pour deux usines. Les élus, et en premier lieu les députés, ne peuvent rester inactifs. Ils doivent user de leur pouvoir pour faire plier l’usinier et exiger qu’il prolonge la durée de la campagne sucrière. Ce ne serait que justice, car Tereos porte une lourde responsabilité dans la situation actuelle.

M.M.