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RFO : l’avenir de la canne en débat
8 février 2006

Sur Télé Réunion ce soir, un débat sur les transformations de la filière canne-sucre & Co mettra en présence plusieurs protagonistes, dont Paul Vergès, actuellement président de la Région.
Ses luttes aux côtés des petits et moyens planteurs de canne, depuis cinquante ans, en font un des acteurs-témoins privilégiés d’une histoire mouvementée dont il ne manquera pas de rappeler quelques épisodes.
En ce début d’année 2006, l’Union européenne a fixé le nouveau cadre de son règlement sucrier, qui annule pratiquement quarante ans d’une politique de soutien à la production sucrière des pays européens.
Sous la pression de grands monopoles dont les implantations et les intérêts capitalistiques se dissimulent derrière quelques pays dits “émergents” et gros fournisseurs d’une Arlésienne appelée quelquefois “marché mondial du sucre”, l’Europe se met à l’heure de l’organisation mondiale du commerce (OMC) et veut croire que le sucre est devenu une marchandise interchangeable, qu’il soit produit dans des pays à législation sociale ou par des armées de “peones” du 21ème siècle, nouveaux esclaves des multinationales.
Et puisque le débat de ce soir nous donne l’occasion d’un retour sur l’histoire récente de la filière - comment parler autrement de son avenir ? - commençons par rappeler que les commissions mixtes d’usines célèbrent cette année leur quarantième anniversaire. Instituées par un arrêté préfectoral du 15 décembre 1966, elles ont donné lieu aux premières élections de représentants des planteurs le 30 janvier 1967. Ce furent d’ailleurs des élections largement “boycottées” par la catégorie des planteurs livreurs de 30 à 500 tonnes puisque sur quelque 10.000 inscrits, ils ne furent qu’environ 3.000 à aller voter. Dans la catégorie des “plus de 500 tonnes”, on compta 232 votants pour 397 inscrits, soit une participation de plus de 58%. Mais le trait principal de ces premières élections aux commissions mixtes d’usine tenait dans la décision d’écarter d’office 15.000 petits planteurs-livreurs de moins de 30 tonnes. Or ils étaient précisément la catégorie la plus menacée par les transformations que la “modernité” européenne, avec ses règles et ses nouveaux modes de calculs, allait demander d’accomplir à la filière réunionnaise.
Dans une filière de production encore très largement dominée par un mode de faire-valoir issu de rapports de production coloniaux - on l’appelait d’ailleurs le “colonat partiaire” et il a mis près de 40 ans à mourir - les principaux “avantages” apportés par le règlement sucrier européen des années 60 - prix garanti, prix soutenu et quotas - ont beaucoup plus profité aux grands propriétaires terriens et aux fabricants de sucre qu’aux planteurs.
Le débat de ce soir devrait permettre de brosser une rétrospective des transformations survenues dans le demi-siècle, pour déboucher sur la question qui touche au plus près la filière canne-sucre actuelle et, avec elle, l’ensemble de la filière agricole : quelle assise lui donner ? pour quels produits d’avenir ?
P. David
Nos peines
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