Canne à sucre

"Toute La Réunion est concernée"

Déclaration de Paul Vergès

Témoignages.re / 26 novembre 2005

On lira ci après la Déclaration de Paul Vergès, député au Parlement européen, président du Conseil régional de La Réunion relative à l’avenir de la filière canne-sucre à La Réunion suite à la décision du Conseil des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne sur l’OCM-sucre en date du 24 novembre 2005. Les inter-titres sont de “Témoignages”.

"La décision du 24 novembre du Conseil des ministres de l’Agriculture de l’Union européenne marque le point d’arrivée d’une longue bataille des professionnels agricoles et industriels de la filière betterave-canne-sucre de l’Union d’une part et des pays ACP (Afrique-Caraïbe-Pacifique) liés à l’UE par le protocole sucre, d’autre part.

Cette décision prise sous la pression des arbitrages de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est un compromis entre les intérêts différents des industriels et des planteurs d’une part et des intérêts également différents des pays membres, anciens ou nouveaux, de l’Union, d’autre part. Ce compromis devait tenir compte aussi des intérêts des pays ACP producteurs de sucre.

Cela explique la longueur des négociations et le contenu très diversifié des dispositions concernant les différents aspects du problème.

"Conséquences décisives pour l’avenir"

À ce stade du processus de réforme de l’OCM-sucre, vieille de plus de 40 ans, on peut tirer les enseignements suivants :

1. L’Union européenne a, pour l’essentiel, satisfait aux demandes de l’OMC (baisse du prix, des quotas, etc...)

2. La décision vise à modifier considérablement les dispositifs de la production agricole et de la production industrielle dans ce secteur, et cela dans un délai relativement court (de 2006-2007 à 2009-2010). Ce délai de 4 ans est inférieur à la durée d’exploitation d’une souche de canne (8 ans en moyenne). En 4 ans de baisse (même compensée) du prix du sucre, les conséquences seront décisives pour l’avenir la filière.

3. Même si la décision du Conseil des ministres de l’Agriculture reste une approche en attendant les débats du Parlement européen le 17 janvier 2006 et la décision définitive ensuite du Conseil, il apparaît que cette décision du 24 novembre, prise avec l’accord des membres du Conseil et de la Commission, ne sera pas sensiblement modifiée en 2006. Même si l’application détaillée de cette décision doit être précisée avec les documents non encore publiés (tableaux financiers, etc...) là encore, il ne faut pas s’attendre à des changements significatifs. En un mot, la décision du 24 novembre est la base solide sur laquelle il faut désormais statuer pour l’avenir de la filière canne.

Le facteur temps est décisif : l’application du dispositif interviendra dès l’année prochaine et durera 4 ans.

"L’importance du défi à relever"

Si l’OCM-sucre réformée prévoit, comme durant les 40 dernières années, que Bruxelles fixe les prix du sucre et de la betterave, elle dispose que suivant la tradition de ces 40 dernières années, le prix de la canne sera toujours décidé par l’interprofession à La Réunion.

De ce prix de la tonne de canne pour les premières années de la réforme découleront toutes les conséquences pour la survie de la filière agricole - donc des planteurs - et pour l’avenir également de la filière industrielle.

Toute La Réunion est concernée par ce problème qui a des aspects économiques et sociaux (sort des planteurs, des travailleurs agricoles, des usines et des transports etc...), et aura des conséquences pour l’aménagement du territoire comme pour la production d’énergie (centrale bagasse, etc...).

Il ne faut pas sous-estimer l’importance du défi à relever : maintenir une culture et une industrie séculaire à La Réunion face à un processus de mondialisation de la production et du marché du sucre ; d’autant plus que nous ne sommes qu’à la première étape de ce processus.

C’est dans les 4 ans qui viennent que tout se jouera.
Il est donc nécessaire que les professionnels agricoles et industriels, vrais “frères siamois” de ce secteur, trouvent les bases d’un accord qui sauvegarde le présent et l’avenir de la filière.

Mettre "toutes les cartes sur la table"

Il est donc nécessaire que tous les partenaires intervenant dans ce secteur se concertent sans délai : l’État qui accorde déjà des subventions à la production et peut les augmenter après la décision en ce sens de Bruxelles ; les planteurs et les industriels transformant la canne. Sans attendre, mais au contraire en préparant dès maintenant la décision de la commission interprofessionnelle qui doit fixer le prix de la canne de la prochaine campagne. Et cela en mettant toutes les cartes sur la table.

Jamais la prise de conscience d’une responsabilité économique et sociale concernant non seulement le présent mais l’avenir d’un secteur traditionnel de l’activité du pays, n’a été aussi grande.
Le rôle des collectivités locales est également engagé.

Que tous agissent pour établir un nouveau contrat social, condition de la cohésion sociale, plus que jamais nécessaire pour La Réunion.