Canne à sucre

Union sacrée pour la canne

Acteurs de la filière, Département, Région

Témoignages.re / 26 août 2004

Hier avait lieu une réunion de travail au Palais de la Source sur le sujet du projet de réforme de l’OCM-Sucre. Elle était marquée par la participation entre autres des représentants de l’ensemble de la filière, du président de la Région, Paul Vergès, de la présidente du Département, Nassimah Dindar, du président de la Chambre d’agriculture. Cela montre l’importance de l’enjeu de cette bataille.

Tous participent à la rédaction d’un mémorandum, afin de faire entendre à l’Union européenne la position réunionnaise. La Réunion doit faire face à la crise qui s’annonce, tout faire pour l’empêcher et construire un projet agricole. Au-delà du mémorandum, les parlementaires européens seront invités à venir découvrir la réalité réunionnaise avant toute décision. L’espoir est de voir Bruxelles plaider en faveur de La Réunion.
Nouvelle réunion hier après-midi autour de la question de la réforme de l’OCM-Sucre. La Confédération générale des planteurs et éleveurs de La Réunion (CGPER) et la délégation de Chambre d’agriculture discutent à la même table, avec le Comité de pilotage de la canne, les industriels, la présidente du Département Nassimah Dindar, le président de la Région et député européen Paul Vergès, et le député européen Jean-Claude Fruteau. Au centre de leur discussion, les améliorations à apporter à une première ébauche d’un mémorandum visant à préserver la filière canne réunionnaise.

Les enjeux

Paul Vergès souligne l’objectif de l’Union européenne et de l’Organisation mondiale du commerce : fixer une libre concurrence sur un marché mondial unique. Conséquence pour La Réunion : suppression des aides et baisse du prix. "C’est dans ce combat majeur d’orientation libérale de l’Union européenne que se situe la canne réunionnaise" précise-t-il, invitant à tout faire pour maintenir les compensations et pour atteindre le quota qui nous ait toujours accordé. Pour lui, il est possible de plaider, en conscience et avec raison, un traitement d’exception pour La Réunion. "L’objectif que les Réunionnais se sont fixés il y a quarante ans, est sur le point d’être atteint, est à ce moment là que l’on y met fin ?" demande-t-il.
La canne étant un produit d’un grand marché mondial, quels arguments pour renverser le courant actuel ? Il pense que "la bataille va être difficile". Que décidera la commission agricole européenne ? Avant toute décision La Réunion doit se défendre et, selon le président de la Région, "notre défenseur le plus efficace c’est le gouvernement français". C’est pourquoi le mémorandum s’adresse en premier chef au ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard, celui qui devra défendre nos intérêts.
Jean-Claude Fruteau, député européen se réjouit du front commun pour défendre la filière et reste optimiste : "je crois en l’action politique et la base de l’action politique c’est d’évaluer l’ampleur et de se garder de tout catastrophisme". Pour lui l’origine de ces réformes se trouve dans la réforme de la Politique agricole commune en juin 2003. L’élargissement de l’Europe à 10 nouveaux pays, dont 8 producteurs de sucre, a participé à rendre la production largement excédentaire.
S’y ajoute la contrainte externe de l’Organisation mondiale du commerce qui a pour principe la libéralisation des échanges. "Dans ce mouvement d’harmonisation globale, nous souhaitons, nous à La Réunion la prise en compte de spécificités, des mesures parallèles à l’ensemble de la politique commune. Notre premier atout c’est une unité réelle. Notre deuxième atout c’est notre exemplarité. La Réunion est un bon exemple de ce que la réforme de la PAC est censée créée : une agriculture multifonctionnelle", explique-t-il.
Il dit aussi sa confiance dans les articles concernant les RUP de la Constitution européenne et fait aussi valoir que l’Europe doit continuer d’agir "en cohérence avec son action passée", faisant référence au basculement des eaux et autres mesures en faveur du développement de la filière canne-sucre outre mer. Jean-Claude Fruteau, qui est membre de la commission agricole depuis juillet fera valoir ses atouts à Bruxelles.

Compensation intégrale

Le mémorandum correspondant à la demande de l’ensemble de La Réunion, développera tous les arguments justifiant une demande de compensation intégrale au nom de la cohésion sociale et territoriale, du développement et de l’environnement. Aussi, Paul Vergès propose de l’adresser à tous les membres de la Commission agricole européenne en leur indiquant que "il en va du sort de 750.000 Européens confronté à la survie ou à une crise sans précédent". Il fait alors la proposition de les inviter à venir le plus tôt possible à La Réunion. Une proposition qui pourrait s’étendre à l’ensemble du Parlement pour exiger que leur décision comporte une exception, et comme le handicap de La Réunion est permanent, cette exception ne doit pas avoir de limite dans le temps. Paul Vergès ajoute que l’État aussi, doit mettre en place un mécanisme permanent de soutien. Jean-Claude Fruteau proposait à la suite, d’inviter aussi les chefs de gouvernement des 25 pays. Dans un cas comme dans l’autre, la solution envisagée est d’aboutir à une prise de position européenne en faveur de La Réunion.
Le témoignage et le rapport des membres devant être plus convainquant qu’une délégation réunionnaise.
La présidente du département Nassimah Dindar, concluait la séance en indiquant que "ce projet de mémorandum sera complété par les propositions des uns et des autres". Elle actait un premier principe, celui d’une "union sacrée pour défendre et préserver la filière canne". Les courriers d’invitation avec l’aide des deux députés européens seront lancés rapidement. La présidente invitait tout le monde à poursuivre la réflexion sur l’agriculture au-delà de la filière canne. Une réflexion qui doit amener La Réunion à consommer davantage local.

F.L.


Les acteurs de filière unis dans la bataille

Pour Bernard de Ranchin (Comité de pilotage canne) : "Le mémorandum doit donner le visage d’une filière dynamique, qui se bat, qui a une recherche reconnue à l’extérieur. La canne nous permet de nous maintenir, c’est ce que nous avons, ne pas la soutenir c’est aller vers l’inconnu". Soulignant la cohérence et la continuité de l’action européenne en faveur du développement de la filière canne à La Réunion, il note que la communication faite sur le projet de réforme ne présente pas un texte définitif. Il subsiste pour lui beaucoup d’interrogations. Aussi conseille-t-il que : "nous devons nous battre, pas sur les chiffres, mais plutôt sur le concept et les idées".
Jean-Yves Minatchy (CGPER) insiste pour sa part : "La situation est grave, il ne s’agit pas de rassurer les planteurs, mais de se battre. La situation est urgente". Rappelant que la canne est "le seul secteur où il y a reprise d’exploitation de père en fils", il fait part de l’inquiétude des jeunes agriculteurs qui craignent une réforme anticipée dès 2005. Il demande "un régime à part sur le long terme pour la filière réunionnaise".
À l’examen du document de travail le président de la Chambre d’agriculture Guy Derand, notait que "le mémorandum demande des éclaircissements, notamment pour une compensation partielle de la perte des revenus des agriculteurs", (estimé à 100 millions d’euros). La Chambre d’agriculture fournira une étude économique, portant entre autre sur le coût de la production du sucre de canne, bien supérieur à celui de la betterave, première concernée par la réforme.
Jean-Raymond Mondon, président du Conseil économique et social régional (CESR), estime que "la disparition de la filière aura des conséquences sur toute l’activité de La Réunion". En plus de l’impact financier direct, "les impacts financiers indirects sont difficiles à évaluer et touchent autant le social, l’environnemental, que l’habitat ou la fuite des terres vers la mer". Il pense qu’il est nécessaire qu’un réunionnais soit dans la délégation française qui se rendra au conseil des ministres.
Pour Jean-Pierre Avril, de la Commission agriculture du CESR : "L’Europe modifie un de ces principaux outils et touche à l’OCM sucre. Notre réaction ne va pourtant pas à contre courant dans ce que nous voulons proposer. Dans ce problème, une bonne partie de la réponse est à La Réunion. Nous devons exprimer un projet, partager des objectifs communs. Si le sucre disparaît, le reste disparaîtra. Quelle autre économie de production ? Nous avons le savoir-faire, l’outil, la volonté, la capacité. C’est la dignité des Réunionnais, et l’avenir de La Réunion qui est en jeu".
Guy Dupont abonde dans le même sens : "Toutes les grandes crises qui ont frappé La Réunion ont amené de grandes avancées. Nous devons saisir l’occasion pour faire un progrès significatif. En alerte cyclonique, il y a un effet de solidarité. Personne ne doit se priver de personne. Il y a aussi un effet d’accélération et de remise en cause. Bruxelles ne voit que l’économie, nous lions économie et social". C’est la multifonctionnalité.


L’affaire de tous

En dernier ressort, c’est le Conseil des ministres de l’Union européenne et le Parlement européen qui décideront. La proposition législative leur sera soumise en septembre et en novembre. La défense du dossier ne relève cependant pas que du ministère, ou des députés, elle est l’affaire de tous. La filière doit être capable de faire une proposition de prix acceptable par l’un et par l’autre.