Célébration du 19 mars 1946

Après les municipales, des législatives décisives

La longue marche vers la départementalisation de La Réunion - 4 -

Témoignages.re / 22 mars 2006

Dans les trois premiers épisodes, Eugène Rousse nous a montré les mobilisations de masse des Réunionnais autour de Raymond Vergès et Léon de Lépervanche afin d’obtenir le vote de la loi du 19 mars 1946 pour abolir le statut colonial de La Réunion. Cette mobilisation à l’appel des syndicats et du CRADS (Comité républicain d’action démocratique et sociale) s’est traduite par une grande victoire des listes de ce dernier aux élections municipales du 27 mai 1945.

Cinq mois plus tard, le 7 octobre, il est procédé au renouvellement du Conseil général. Là encore, on assiste à un triomphe du CRADS, qui compte au sein de ses élus les deux premières femmes à siéger au palais Rontaunay.
Il s’agit de Vivienne Hoarau, épouse du maire de Saint-Leu, Mario Hoarau, et de Marie Vergès, tante de Raymond Vergès, maire de Saint-Denis. Le train de la départementalisation paraît alors placé sur de bons rails.

Le scrutin le plus important

Le 21 octobre 1945 se déroule le plus attendu des scrutins, le plus important aussi. En fait, il s’agit d’un double scrutin, puisque l’élection à la première Assemblée nationale constituante est couplée avec un référendum.
Comme pour les scrutins précédents, les deux candidats du CRADS, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, ont pour adversaires deux candidats de l’Union démocratique et chrétienne, Alexis de Villeneuve et Raphaël Babet.

Explosion de joie

Malgré le coup de force électoral perpétré par le candidat de droite à Saint-Benoît - ce qui a d’ailleurs donné lieu à l’ouverture d’une information judiciaire -, ce sont les candidats du CRADS qui l’emportent.
On devine sans peine l’ampleur de l’explosion de joie sur la place de l’Hôtel de ville de Saint-Denis où a lieu le 21 octobre, peu après 21 heures, la proclamation officielle des résultats.
Ce scrutin du 21 octobre 1945 va donner un puissant coup d’accélérateur à la marche vers l’abolition du statut de colonie et le classement de La Réunion en département.

Liesse populaire autour des deux députés

En raison de l’extrême rareté des transports aériens à cette époque, les députés Raymond Vergès et Léon de Lépervanche doivent attendre le 19 novembre 1945 pour se rendre à la Chambre des députés.
Leur départ se fait dans une atmosphère de liesse populaire.
L’autorail qui les conduit à l’aéroport du Port doit s’arrêter place de la Préfecture (ex-place du Gouvernement). Là, une foule énorme agite pancartes et banderoles, scandant le slogan "La Réunion département français". Elle veut voir et embrasser les deux parlementaires devenus de véritables idoles.
À l’aéroport, abondamment pavoisé de drapeaux rouges et tricolores, ce sont des milliers de personnes - venues à pied ou par trains spéciaux - qui accueillent les 2 députés par des danses et des cris de joie, pendant qu’un orchestre joue inlassablement “l’Internationale”.

Les espoirs de tout un peuple

La gigantesque kermesse qui se déroule sur l’unique piste de l’aérodrome et ses abords doit prendre fin lorsque les moteurs du minuscule avion, un Junker 52, assurant la liaison La Réunion-Le Bourget en 5 jours, sont lancés dans un assourdissant vrombissement.
L’appareil s’élève rapidement au-dessus d’une forêt de bras tendus et ne tarde pas à disparaître dans les nuages, emportant les espoirs de tout un peuple.

Cinq députés ultra-marins en tête

À l’Assemblée nationale, Raymond Vergès siège à la Commission des Territoires d’outre-mer, tandis que Léon de Lépervanche siège au sein de la commission de la Constitution. Le dépôt de leur proposition de loi visant à faire de La Réunion un département s’effectue le 12 février 1946. Elle est cosignée par tous les membres du groupe communiste, de même que la proposition de loi d’Aimé Césaire et de Léopold Bissol relative à l’érection de la Martinique et de la Guadeloupe en départements.
Seule la proposition de Gaston Monnerville, député de la Guyane, n’est revêtue que de sa seule signature.
En tout cas ce sont ces cinq députés ultra-marins qui sont à la tête de cette action parlementaire anticolonialiste.
Quant aux deux députés socialistes de la Guadeloupe, Eugénie Éboué et Paul Valentino, ils ne sont pas demandeurs d’un changement de statut de leur île.

Eugène Rousse

(à suivre)


"Le 19 mars 1946, à l’initiative de nos 2 députés, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, l’Assemblée constituante vota à l’unanimité une loi qui abolit le statut colonial et créa le Département de La Réunion."

Extrait de “Nou lé pa plus. Nou lé pa moin. Rèspèk a nou :
Amplifions l’Appel pour que le 19 mars soit une date commémorative”, déclaration adoptée à l’unanimité par 1.200 vétérans réunis le 12 février à Sainte-Suzanne.