Les raisons de la fondation de “Témoignages” par le Dr Raymond Vergès - 11 -

Législatives de 1936 : massacres à Sainte-Suzanne

18 mai 2004

Lors des législatives du 26 avril 1936 à La Réunion, une tuerie (appelée “la tuerie du Bourbier”) a été ordonnée par Alexis de Villeneuve, 2ème adjoint du Conseil municipal de Saint-Benoît, afin que Lucien Gasparin soit “élu” dans la 1ère circonscription. Plusieurs autres drames sont relatés ci-après par l’historien Eugène Rousse, afin de marquer le contexte et ce pourquoi “Témoignages” est né.

La tuerie du Bourbier n’est pas un fait isolé (voir notre édition d’hier) . Le même jour (le 26 avril 1936), à Sainte Suzanne, les forces dites de l’ordre font un carton dans les rangs des adversaires de Gasparin : quatre morts et plusieurs blessés. Mais sans se tromper, on peut affirmer que sans le bourrage d’urnes à Saint-Benoît, où l’écart de voix entre René Payet et Lucien Gasparin est de 1.642, ce dernier - qui dans l’ensemble de la circonscription n’a recueilli que 1.506 voix de plus que son adversaire - aurait été battu.
Après les très graves incidents du Bourbier dont de Villeneuve porte l’entière responsabilité, mais pour lesquels il ne sera pas inquiété, l’élu bénédictin prend, le 11 novembre 1936, l’initiative d’une provocation qui s’accompagne de violence.
L’incroyable scène se déroule le 11 novembre 1936. Alors que l’Allemagne nazie fait peser une grave menace sur la paix et que la guerre fait rage en Espagne, la Fédération réunionnaise du travail (FRT) entend faire du 18ème anniversaire de la signature de l’armistice de 1918 une journée de lutte pour la paix. Un grand défilé est organisé dans les rues de Saint-Denis, avec à sa tête le docteur Raymond Vergès, le cheminot Léon de Lépervanche et le prince Vinh-San, l’empereur d’Annam en exil à La Réunion. Une halte est prévue au Monument aux morts de la rue de la Victoire pour un dépôt de gerbes par les manifestants, qui comptent dans leurs rangs beaucoup d’anciens combattants de la Première Guerre mondiale.
Au moment précis où les gerbes sont déposées dans le recueillement général, Alexis de Villeneuve parvient à grimper sur la colonne de granit du monument et à chanter la Marseillaise, pendant que ses nombreux amis se mettent à invectiver les porteurs de gerbes et à les lapider.
Quelques jours plus tard, dans le journal "le Progrès" répondant aux protestations des organisateurs du défilé du 11 novembre, de Villeneuve écrit : "Je revendique l’honneur de cette attaque. On m’attaque parce que nous étions quelques centaines de bons Français à protester contre l’insulte faite au drapeau français... parce que au défilé du 11 novembre, j’ai osé siffler le drapeau rouge... symbole de révolutions, le poing fermé symbole de la haine... l’Internationale, chant révolutionnaire destructeur de la religion, de la famille et de la patrie...".

(à suivre)

Eugène Rousse

Le récit de la manifestation “perturbée” du 11 novembre 1936 à Saint-Denis, raporté par Eugène Rousse dans son livre “Qui a tué Alexis de Villeneuve ?” (Les Deux Mondes, 2000).

Expo sur “Témoignages” à Art’senik jusqu’au 22 mai

À l’occasion de ses 60 ans, le journal met à la disposition du public, à Art’senik (Ravine des Sables à Saint-Leu) et ce jusqu’au samedi 22 mai, six panneaux retraçant les six décennies d’existence de “Témoignages”. Une exposition choc qui en long sur les 60 ans de vie de “Témoignages”.
Horaires de l’exposition : du mardi au samedi, de 9 heures à 17 heures. Fermé les dimanche et lundi. Renseignements : 0262 34 12 56.

Raymond VergèsLéon de Lépervanche

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