Co-développement

Agriculture : halte à la mise en concurrence des travailleurs de notre région

Un cas concret pour la Conférence Légumes de France et la Conférence de l’Observatoire des sociétés de l’océan Indien

Manuel Marchal / 20 novembre 2019

L’accord de partenariat économique intérimaire règle actuellement les relations commerciales entre La Réunion, région de l’Union européenne, et ses voisins. L’ouverture des frontières a pour conséquence une mise en concurrence des travailleurs, comme le souligne les difficultés de producteurs réunionnais à vendre leurs oignons, plus chers que les oignons importés de Madagascar.

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En 2019, 1000 tonnes d’oignons devraient être récoltées à La Réunion, et 7500 tonnes importées. Ce fait est la conséquence de l’application des accords commerciaux respectant les orientations de l’OMC (Organisation mondiale du Commerce). Ces accords visent à réduire les barrières tarifaires, que sont les quotas et les taxes à l’importation.
Dans notre région, l’Union européenne ambitionne de transformer notamment l’accord de partenariat économique intérimaire en définitif. Cet accord concerne notamment Madagascar, et vise à une libéralisation de 90 % du commerce. Il est asymétrique, ce qui signifie que côté européen, la totalité du marché est ouvert tandis que l’autre partie peut exclure des productions jugées stratégiques.

22 SMIC malgaches pour un SMIC français

Ceci permet donc à des produits importés d’être vendus à La Réunion moins chers que la production locale. C’est ce qui se passe notamment pour l’oignon.
Un article du « JIR » d’aujourd’hui constate qu’un agriculteur vend ses oignons 2 euros le kilo, tandis que les oignons importés de Madagascar valent 1,50 euro le kilo. Il est évident que le coût de production explique en partie cette différence. Mais la différence de salaire n’explique pas tout, car à Madagascar le SMIC vient récemment d’être relevé à 50 euros par mois. Il faut donc 22 SMIC malgaches pour atteindre un SMIC français, le SMIC appliqué à La Réunion. Cette différence de salaire comparée au prix final signifie donc que le profit tiré par les acteurs de la vente d’oignons malgaches est plus important que celui du producteur local.
En conséquence, c’est bien une mise en concurrence des travailleurs qui est organisée par ces accords commerciaux, soi-disant au profit du consommateur, mais en réalité au service des différents intermédiaires de la chaîne.

Pour une alternative au libre-échange

Cet exemple constitue un véritable cas d’école pour deux manifestations qui se tiennent cette semaine à La Réunion : le Congrès Légumes de France, et la Conférence « Océan Indien au 21e siècle » organisée par l’Observatoire des sociétés de l’océan Indien.
Ces deux manifestations pourront en effet difficilement faire l’impasse sur les relations commerciales entre La Réunion et ses voisins. Il semble clair que confier cette responsabilité à l’Union européenne ne peut que créer ce genre de dérive. L’alternative réside dans la délégation de ces négociations commerciales aux Réunionnais, tout en ayant comme base de discussion un principe, celui de la recherche des complémentarités dans un partenariat gagnant-gagnant au lieu de continuer à promouvoir une mise en concurrence des travailleurs mortifère, et qui ne peut qu’entraîner les droits sociaux vers le bas.

M.M.