Co-développement

Chagos : l’heure de la justice

La Cour internationale de Justice rendra son avis aujourd’hui

Manuel Marchal / 25 février 2019

Aujourd’hui à 18 heures, la Cour international de Justice rendra son avis au sujet du différend opposant Maurice et la Grande-Bretagne au sujet des Chagos. Bien qu’il ne soit pas contraignant, un avis reconnaissant le tort de la Grande-Bretagne dans la création en 1965 d’une nouvelle colonie, le BIOT, séparant les Chagos de Maurice, sera une étape importante dans le combat mené par les Chagossiens pour avoir le droit de retourner vivre dans leur pays, d’où ils ont été déportés à cause de la création de la base militaire de Diego Garcia.

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Malgré l’exil, les Chagossiens continuent de faire vivre leur culture. (Photo A.D.)

En septembre dernier, la Cour internationale de Justice de La Haye, organe juridictionnel suprême de l’ONU, avait tenu une audience relative à la question des Chagos. Elle faisait suite à une démarche de Maurice, qui conteste le fait que les Chagos ont été séparées de la colonie de Maurice trois ans avant l’indépendance du pays. Cette décision de la Grande-Bretagne avait créé la plus récente colonie d’Afrique, le BIOT.

Jeudi dernier, lors d’une conférence tenue à l’Université sous l’égide du Comité de solidarité Chagos La Réunion, André Oraison avait rappelé que cette création découle d’un accord secret en date de 1961 entre le président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, et le Premier ministre britannique, Harold Macmillan au sujet de la création d’une base militaire occupée par l’armée des États-Unis dans l’océan Indien. Le gouvernement américain avait posé deux conditions : que le futur territoire de la base ne soit pas décolonisé, et que les habitants soient déportés. Le gouvernement britannique a satisfait aux deux conditions. C’est l’origine de la déportation du peuple chagossien vers Maurice et les Seychelles. Depuis, les États-Unis et la Grande-Bretagne interdisent aux Chagossiens de revenir vivre dans leurs îles. Si des personnels civils venus de différents pays, y compris Maurice, travaillent dans la base. Cette possibilité qui n’est pas ouverte aux Chagossiens.

Droit international

Avec le soutien de Maurice, le combat des Chagossiens a franchi une nouvelle étape. En tant qu’État, Maurice a pu porter la question des Chagos aux Nations-Unies. L’Assemblée générale de l’ONU a donc voté, et a demandé à une large majorité de renvoyer le dossier devant la Cour internationale de Justice pour avis. La Grande-Bretagne et les États-Unis firent partie des rares pays à voter contre, tandis que la France s’est abstenue. La position de ce dernier pays montrait une évolution, car habituellement la France unissait sa voix à celles de la Grande-Bretagne et des États-Unis pour s’opposer aux résolutions demandant un Océan indien zone de paix, libéré des bases militaires étrangères.

Maurice revendique la souveraineté sur les Chagos, car le droit international reconnaît l’intangibilité des frontières issues de la colonisation. Principe que la Grande-Bretagne n’a pas respecté en démembrant en deux entités la colonie de Maurice avant son indépendance. La France s’est également illustrée dans ce manquement avec le maintien de son administration à Mayotte depuis 1975 alors que l’ensemble des Comoriens avaient choisi l’indépendance, et en séparant les îles Éparses de Madagascar juste avant l’indépendance de 1960.

La Grande-Bretagne bafoue également un article de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, qui dit que nul ne peut être interdit de vivre dans son pays.

Le droit au retour

L’audience de La Haye a permis aux Chagossiens de se faire entendre. Une délégation s’est rendue sur place, grâce notamment à l’action du Comité de solidarité Chagos La Réunion, et à une cagnotte en ligne lancée par le Mouvement réunionnais pour la Paix. Une Chagossienne, Liseby Elysé a ainsi témoigné des souffrances infligées depuis plus de 40 ans à son peuple depuis sa déportation jusqu’au refus continuel de deux grandes puissances occidentales de respecter la dignité des Chagossiens.

Si l’avis n’est pas contraignant, il aura une grande force morale. La reconnaissance de la faute de la Grande-Bretagne par la plus haute instance juridique de l’ONU soulignera le besoin de la réparation. Cette réparation ne peut être autre chose que le retour des Chagossiens dans leur pays, avec des conditions de vie dignes.

M.M.



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Messages






  • Bonjour, je trouve tout a fait dèplorable le fait que sous pretexte qu’on ais besoin de crèe une base aérienne, on ais pu dèportès ces gens et qu’on leur interdisent le droit de pouvoir y retouner...
    Je trouve lègitime qu’ils se battent pour ça et qu’ on les aides dans ce sens est une bonne choses... Les chagossiens ont autant que quiconque le droit de vivre et de travailler lá ou ils sont nès et là ou ils ont leurs racines si tel est leurs souhait...

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  • "A cause de la base militaire de Diego Garcia" les Chagosiens ont été expulsés de chez eux et interdits de revenir dans leur pays. Je voudrais écrire ce que je sais . Le contrat passé entre les Britanniques et les Américains a été signé en 1960 . En 1960 il y avait la guerre froide. Dans les années 60 ; la révolution Cubaine. Dans ces même années la guerre d’Indochine .1961 l’indépendance de Madagascar....Dans ces mêmes années le pétrole...Dans les années 1960 le Monde bouge...
    Les Américains ont exigé des Britanniques le contrôle exclusif de l’île -Diégo Garcia-Alors les Britanniques ont commencé leur "sale boulot" en accord avec le gouvernement de Maurice (moyennant argent ) et c’est l’expulsion des Chagossiens - Les Américains voulaient contrôler les grandes voies maritimes par lesquelles passent les hydrocarbures et les matières premières.Les Américains voulaient une base stratégique -la guerre froide- et voulait grâce à cette base aérienne pourvoir intervenir militairement dans l’Océan Indien mais aussi en Asie. les B52 pour le Vietnam.
    Et puis Diégo Garcia est un observatoire pour la surveillance de l’espace emprunté par satellites et autres.
    Et si aujourd’hui les Chagosiens sont toujours hors de chez eux c’est que Diego Garcia est une base stratégique que les Américains et leurs complices les Britanniques ne veulent pas abandonner.
    Les Britanniques sont responsables de la situation des Chagosiens et doivent être condamnés comme les Américains.
    Le peuple Chagosiens méritent comme tout peuple de vivre dans son pays. Nous leur devons notre soutien.

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