Co-développement

COI : où sont les représentants de La Réunion ?

Commission de l’océan Indien : importantes décisions adoptées avec la France qui parle à la place des Réunionnais

Manuel Marchal / 10 mars 2020

Une fois de plus, la France s’est octroyée la place de La Réunion lors du dernier Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien. Aucun élu réunionnais ne figure sur la photo souvenir car c’est un sous-ministre français qui parlait à la place des Réunionnais, en tant que chef de la délégation française alors que la France n’est pas un pays de l’océan Indien. Il est donc grand temps que les Réunionnais puissent compter sur des élus qui défendent leurs intérêts. Les prochains scrutins seront l’occasion de redonner à notre peuple des représentants capables de tenir tête au néo-colonialisme français dans l’océan Indien. Il en va de l’avenir de La Réunion.

JPEG - 85.2 ko
Photo des chefs de délégation : où sont les Réunionnais ? Par ailleurs, le représentant de la France prend des libertés avec la géographie car la France est en Europe, pas dans l’océan Indien.

Vendredi 6 mars s’est tenu le 34e Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien. Voici un extrait du communiqué de la COI rendant compte de cet événement :
« Les travaux du 34e Conseil ont été l’occasion de prendre près de vingt décisions dont les plus importantes sont :
- L’adoption de la Déclaration de Moroni sur l’avenir de la COI ;
- L’adoption du texte révisant l’Accord de Victoria de 1984 ;
- L’organisation d’un Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la COI le 25 juin 2020 en marge des célébrations du 60e anniversaire de Madagascar ;
- L’octroi du statut d’observateur au Japon, à l’Inde et à l’Organisation des Nations unies qui ont formulé une demande en ce sens ; et,
- La nomination du nouveau Secrétaire général de la COI, sur proposition de la France : M. Vêlayoudom Marimoutou qui prendra ses fonctions le 16 juillet. »

Comme le montre la photo ci-dessus, aucun élu réunionnais n’est reconnaissable sur cette photo. En effet, bien qu’elle soit distante de plusieurs milliers de kilomètres de l’océan Indien, la France se prétend aussi « un pays de l’océan Indien » et se permet donc de prendre la place de La Réunion dans la COI. Et pour parler à la place des Réunionnais devant les ministres de notre région, elle a envoyé un secrétaire d’État qui n’a même pas le rang de ministre.
Rappelons que si la France a pu entrer dans la COI, c’est grâce à La Réunion. La COI a été précédée par la Conférence de partis progressistes du sud-ouest de l’océan Indien. Faisait notamment partie de cette organisation anti-impérialiste le PCR. Le passage à la COI a posé un problème car de partis, les relations étaient désormais au niveau des États, or La Réunion n’est pas un État. L’adhésion de notre île à la COI a été actée au premier élargissement avec l’entrée de France/Réunion dans l’organisation, car la France est un État dans lequel est intégré La Réunion. Logiquement, la France aurait dû se borner à laisser les Réunionnais défendre leurs intérêts en déléguant à notre île la tête de la délégation France/Réunion. Mais la France a utilisé La Réunion pour s’installer dans une organisation régionale où elle ne devrait pas avoir le droit de siéger car elle n’est pas riveraine de l’océan Indien.

La Réunion effacée de la COI

Ceci a de graves conséquences, comme le rappelle le communiqué de la COI, des questions importantes étaient à l’ordre du jour, comme l’adoption de la Déclaration de Moroni et la révision de l’Accord de Victoria qui a fondé la COI. La Déclaration de Moroni est un document clé. C’est la résolution finale du dernier sommet des chefs d’État et de gouvernement organisé en 2015 aux Comores. Elle a pour particularité de ne pas mentionner une seule fois « La Réunion », et donnait à la France le statut d’observateur dans les négociations de l’accord de partenariat économique entre nos voisins et l’Union européenne. Ce scandale s’est accompli sans qu’aucun élu réunionnais présent ce jour-là à Moroni n’émette la moindre protestation officielle. Il est aussi à noter que si cette Déclaration a été adoptée, c’est bien parce que la France n’était pas la seule à soutenir ce texte. Les autres membres de la COI étaient pour, ce qui constitue un grave manquement à la solidarité entre les victimes du colonialisme français et britannique dans notre région.
Outre l’adoption de ce texte niant l’existence de La Réunion, il était aussi question de la révision de l’accord fondateur de la COI. Cela s’est donc fait sans les Réunionnais. De plus, les Réunionnais n’ont même pas participé à la désignation du recteur de La Réunion comme nouveau secrétaire général de la COI, car c’était une proposition de la France.

Mais où était Didier Robert ?

Voilà qui rappelle que les Réunionnais ne sont toujours pas considérés comme des êtres majeurs. Cette mise à l’écart de La Réunion de son organisation régionale montre également la difficulté pour des élus réunionnais d’être à la hauteur de leurs responsabilités. Sans doute est-il plus facile de se cacher derrière la France et de l’appeler au secours quand les choses tournent mal.
Rappelons par exemple que la Région Réunion dit vouloir faire de la coopération régionale une priorité. En témoignent les sommes dépensées pour financer le Carnaval des Seychelles, ainsi que les nombreux voyages de Didier Robert dans l’archipel seychellois. Mais le même Didier Robert n’est pas sur la photo du Conseil des ministres de la COI qui s’est tenu aux Seychelles. Cette absence montre bien que toute cette communication n’est que du vent financé par de l’argent public.
Il est donc grand temps que les Réunionnais puissent compter sur des élus qui défendent leurs intérêts. Les prochains scrutins seront l’occasion de redonner à notre peuple des représentants capables de tenir tête au néo-colonialisme français dans l’océan Indien. Il en va de l’avenir de La Réunion.

M.M.