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par le Dr Raymond Vergès

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COI : Paris utilise La Réunion pour défendre ses intérêts, pas ceux des Réunionnais

« La France n’est membre de la COI qu’au titre de La Réunion », rappelle un rapport du Sénat

lundi 1er août 2022


Le « Projet de loi autorisant l’approbation de l’accord portant révision de l’accord général de coopération entre les États membres de la Commission de l’océan Indien » a été adopté par le Sénat le 19 juillet dernier. Il se base notamment sur un rapport de la sénatrice Vivette Lopez, déposé le 6 juillet. Ce rapport souligne que la présence de la France dans la Commission de l’océan Indien grâce à La Réunion est utilisée par Paris pour défendre les intérêts des capitalistes français, et pas ceux du peuple réunionnais. Paris met en avant l’Axe indo-pacifique, qui vise à contrer la Chine comme l’avait souligné en 2019 Bruno Le Maire lors de la visite d’Emmanuel Macron à La Réunion. Quel est l’intérêt des Réunionnais d’être les faire-valoir de cette stratégie qui vise un pays ami ?


Paris ne se situe pas en Afrique et encore moins dans l’océan Indien. Comment alors expliquer que la France fasse partie de la Commission de l’océan Indien ? La réponse est donnée dans un rapport déposé au Sénat le 6 juillet, dans le cadre de l’examen du « Projet de loi autorisant l’approbation de l’accord portant révision de l’accord général de coopération entre les États membres de la Commission de l’océan Indien » :

« La France est membre de la COI depuis 1986. L’article 1er du protocole d’adhésion du 10 janvier 1986 précise à cet égard que : « La République française devient membre de la Commission de l’océan Indien et partie à l’accord instituant cette Commission pour permettre à son département et à sa région de La Réunion de participer à la coopération régionale réalisée au sein de la Commission de l’océan Indien. » »
Ainsi, la France n’est membre de la COI qu’au titre de La Réunion, seul territoire insulaire français de l’océan Indien qui ne fait l’objet d’aucune revendication de souveraineté ».

La Réunion effacée de la COI

Rappelons qu’avant la COI existait la Conférence des partis progressistes de l’océan Indien. Dans cette structure, La Réunion était représentée en tant que telle, notamment par le Parti communiste réunionnais. L’évolution de cette conférence vers une organisation d’Etats laissait La Réunion en marge de la COI nouvellement créée.
Un compromis fut alors mis en œuvre pour permettre à notre île d’intégrer son organisation régionale, la COI : la création de l’entité Réunion/France. Mais ceci permettait à Paris de mettre le pied dans une organisation de coopération régionale regroupant des Etats africains.
Cette participation de la France s’est traduite par un effacement progressif de La Réunion de la COI. Le nom de notre pays ne figurait même plus dans la Déclaration de Moroni, adoptée par le dernier Sommet des chefs d’État de la Commission de l’océan Indien tenu en 2014. Autre fait révélateur, le dernier Conseil des ministres de la COI sous présidence française s’est tenu dans une ville située à plusieurs milliers de kilomètres de l’océan Indien : Paris.

« Un atout pour la mise en oeuvre de notre stratégie indopacifique »

Paris a bien compris comment sa participation à la COI pouvait être un atout pour défendre les intérêts des capitalistes français dans une des régions du monde les plus dynamiques. C’est ce que montre un extrait du rapport révélateur de cet état d’esprit :

« La participation active de la France à la COI constitue donc un atout pour la mise en oeuvre de notre stratégie indopacifique. (…) À ce jour, la COI est la seule organisation régionale africaine dont la France est membre, et constitue, à ce titre, un vecteur efficace de promotion de notre présence dans l’océan Indien. L’adhésion à la COI et l’activité de la France en son sein ont été un levier et un atout dans nos démarches d’adhésion à l’Association des États riverains de l’océan Indien (IORA), effective depuis décembre 2020.
Bien que des conflits de souveraineté persistent avec trois de nos partenaires de la COI (Comores, Madagascar et Maurice - NDLR), les relations tissées depuis une trentaine d’années avec eux ont permis de maintenir ces conflits dans un cadre bilatéral, tout en valorisant les atouts de notre présence dans la zone. »

« Axe indo-pacifique » pour « contrer la Chine » selon Bruno Le Maire

Bien entendu, Paris se garde bien de mettre à l’ordre du jour de la COI la question du retour des Chagossiens dans leur pays pour ne pas embarrasser son allié US.
Au-delà de cette grave négligence, l’objectif de la stratégie indo-pacifique, ou « Axe indo-pacifique », avait été très explicitement décrit par Bruno Le Maire, ministre de l’Economie, lors de la visite du président de la République à La Réunion en 2019 : « contrer la Chine ». Quel est l’intérêt des Réunionnais d’être les faire-valoir de cette stratégie qui vise un pays ami ?
Il ne fait guère de doute que si La Réunion avait la place qui lui revient dans la COI, la stratégie serait toute autre. Il est en effet évident que le développement de La Réunion ne peut se faire sans lien avec ses voisins. C’est pour cela que des actions de co-développement ont été mises en œuvre par des collectivités réunionnaises. Accentuer ces efforts et favoriser la libre-circulation entre les pays de notre région et La Réunion est une priorité qui n’est pas celle de l’agenda parisien.
Ceci plaide donc pour des profondes réformes pour que des Réunionnais soient la voix de La Réunion au sein de la COI, et que Paris se cantonne à un rôle d’observateur.

M.M.


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