Mémoires de l’esclavage : la conseillère départementale PCR à la tête d’une délégation en Afrique du Sud

Isabelle Erudel : porter la voix de l’océan Indien dans le mouvement mondial d’écriture de l’histoire de l’esclavage

12 décembre 2023

Début décembre, Isabelle Erudel dirigeait une délégation du Département de La Réunion invitée à la célébration du 1er décembre, date de l’abolition de l’esclavage en Afrique du Sud. La délégation réunionnaise a partagé une exposition « Noms de la Liberté ».
« Noms de la Liberté » rassemble des registres spéciaux où sont écrits les noms donnés aux esclaves libérés par le régime dominant de l’époque à La Réunion, lors de l’abolition de l’esclavage à partir du 20 décembre 1848.
Une exposition « Mon nom est Février » réalisée par les Sud-Africains sera en retour visible à La Réunion lors de la célébration du 20 décembre 1848.
Le 1er décembre, la conseillère départementale PCR du Port a pris la parole à l’Iziko Slave Museum lors de l’inauguration de l’exposition « Noms de la Liberté ». Voici le texte de son discours.

« (…) C’est en décembre 2022, en effet, à La Réunion, qu’a été signée une convention de coopération impliquant les établissements Sud-Africains et Réunionnais qui traitent d’une page majeure et cruciale de nos histoires : celle de la traite, de l’esclavage et de l’abolition de l’esclavage.
Un an après, nous organisons des expositions croisées : la première est inaugurée aujourd’hui, la seconde le sera à La Réunion dans quelques jours. Je crois, chers amis, que nous pouvons être fiers de nous, de notre engagement, de notre conviction.

Nous avons besoin de nous associer dans des démarches historiques et mémorielles, de partager un travail de fond, de consacrer tout le temps nécessaire à la recherche, car c’est à ce prix que nous porterons la voix trop souvent occultée de l’océan Indien dans le mouvement régional, national et mondial d’écriture et d’appropriation de l’histoire de l’esclavage.

Ces « Noms de la Liberté » ont été mis au cœur d’une exposition qui a été créée il y a une dizaine d’années, par une équipe scientifique des Archives de la Réunion, dont deux représentantes sont parmi nous ce soir. Elles sauront mieux que moi comment l’exposition a été pensée et l’histoire profondément humaine et intime qu’elle raconte.
Je veux simplement préciser qu’en 2013, cela faisait plus de 150 ans que l’esclavage était aboli.
Et pourtant, c’était la 1ère fois que les registres spéciaux restaurés étaient présentés au grand public.
Et pourtant, ces documents uniques et précieux témoignent d’un moment historique majeur : celui qui a vu les ancêtres esclavisés de La Réunion accéder au statut d’homme et de femme, accéder à un nom, à un prénom, à l’état de citoyen.
C’est dire si cette action de mémoire est symbolique !

Et je sais que l’exposition « My name is February » est tout aussi porteuse de sens et de symboles.
Cette exposition, que je vous remercie infiniment de mettre à disposition de La Réunion, sera inaugurée dans le cadre des manifestations de commémoration de la fin de l’esclavage. Elle sera cette année un temps fort de la programmation de notre Gran 20 Désanm.
Cette date historique est une date fondatrice de la jeune histoire de notre île, une date qui a été discutée hier, une fête qui a été célébrée en secret pendant longtemps, qui a été même quelques fois interdite, mais qui, aujourd’hui, est pleinement appropriée par toutes les Réunionnaises et tous les Réunionnais. Il y a exactement 40 ans, ce jour est même devenu un jour FÉRIÉ.
Pour notre collectivité, pour le Département de La Réunion, cette fête prend une importance de plus en plus grande dans le calendrier culturel et mémoriel.
Parce que ce 20 Désanm, que nous avons voulu Grand, est à la dimension du principal chantier culturel de notre collectivité : la création d’un musée dédié à l’histoire de l’habitation et de l’esclavage.

Nous avons un beau réseau de musées dans notre île : musée d’art, musée de sciences naturelles, musée de la canne à sucre, musée des instruments de musique, mais nous n’avons aucun lieu qui raconte l’histoire de l’esclavage.
Or comme tous les peuples du monde, nous avons besoin de repères, de références, de clés de compréhension de notre passé. Nous en avons besoin pour mieux décoder le temps d’aujourd’hui et mieux préparer les temps futurs.
Ce musée sera construit en lien avec un large collège de chercheurs, et dans le souci d’un approfondissement constant des connaissances et d’un partage permanent de ces connaissances.
Ce musée évoquera forcément les liens anciens et humains que notre île a entretenus avec les pays de son proche environnement. Et de ce point de vue, je vous confirme que nous avons encore besoin de Vous, que nous avons besoin de travailler avec vous.
Et puis, ce musée, qui se veut un musée citoyen, et non figé, ce musée racontera la rencontre sur 3 siècles et demi de populations venues du continent Africain, de Madagascar, des autres îles de l’Océan Indien, de l’Inde, de Chine, de la France et de l’Europe, et d’autres pays encore.
Ce sont eux, eux tous, dans le mélange de leurs mondes culturels et spirituels, qui ont forgé la culture créole dont nous sommes dépositaires.

Vous l’avez compris, cette ambition est grande et forte.
Elle nous invite à nous ouvrir sur des pays et des peuples qui ont connu eux aussi l’horreur de l’esclavage.
Et elle nous conduit aussi à nous embarquer, dans ce chantier d’histoire et de mémoire, La Réunion entière. Le musée de l’habitation et de l’esclavage ne sera pas le musée de quelques-uns, d’une élite, ce sera Notre musée d’histoire à Toutes et Tous.
Du reste, permettez-moi d’appeler votre attention sur la délégation que j’ai l’Honneur de conduire. En plus de notre éminent conservateur, Jean Barbier, qui veille toujours sur son musée, en plus de nos deux archivistes : Lise Di Pietro et Jocelyne Aubras, notre délégation associe les représentants des deux principales associations du village de Villèle où est implanté le projet : Camille Divily et Jean-Marie Itema-Imberes. Ils représentent leurs associations, leur village, ils représentent aussi La Réunion qui veut définitivement faire la paix avec son Histoire.
Chers ami(e)s de l’Afrique du Sud, je vous redis que nous serons heureux de vous accueillir à notre tour à La Réunion, à Villèle.(...)

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