Co-développement

« L’Archipel du Sagrin » de Nando Bodha

Un roman historique retrace la lutte des Chagossiens

Manuel Marchal / 18 octobre 2018

Hier, l’ouvrage de Nando Bodha a été présenté à la presse. Il relate les luttes menées ces dernières décennies par les Chagossiens pour retourner vivre dans leur pays natal qui leur est interdit.

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Nando Bodha.

La rencontre avec les journalistes a commencé par une minute de silence à la mémoire de Julien Ramin, décédé hier. « Julien Ramin était un grand ami de Maurice », a souligné Rama Poonoossamy. La visite des Chagossiens et de leurs amis mauriciens à La Réunion est l’occasion de lancer la seconde édition de « l’Archipel du Sagrin », dont la première est quasiment épuisée à Maurice. L’ouvrage sera disponible auprès du Comité de solidarité Chagos-Réunion, ainsi que dans les librairies grâce à un accord de distribution avec les éditions Orphie. Son prix sera de 10 euros.

Rama Poonoossamy revient sur la démarche de Nando Bodha, qui s’est rapproché des Chagossiens qui étaient dans le dénuement. « C’était le grand sagrin et la flamme d’un combat qui anime le corps, le cœur et l’esprit des Chagossiens », précise l’éditeur, « c’est une saga extraordinaire et terrible. Terrible à cause des conditions de vie, de la complicité de certains, et de l’indifférence de beaucoup à Maurice, et de l’ignorance totale ailleurs ». « C’est à partir d’une conférence de Paul Vergès en 1989 qu’est né à La Réunion la prise de conscience de la tragédie des Chagossiens, un drame humain sans précédent dans notre océan Indien », précise-t-il.
Olivier Bancoult salue le livre de Nando Bodha, car il donne la parole à ceux qui se sont impliqués dans la lutte, en particulier les Chagossiennes Lisette Talatte, Charlésia Alexis, et Rita Bacoult.

L’auteur de « l’Archipel du Sagrin » note pour sa part que la présentation de l’ouvrage le 23 août dernier au siège du Groupe Réfugiés Chagos avait soulevé une grande émotion, elle ravivait le souvenir douloureux de l’exil du pays natal. « L’Archipel du Sagrin » relate en effet les grèves de la faim, les actions en justice et tous ces combats menés par les Chagossiens pour retourner vivre dans le pays d’où ils ont été expulsés à cause de la construction de la base militaire de Diego Garcia. Le livre commence par l’exil d’un peuple arraché à son paradis. Au Chagos, ils vivaient dans la paix, sans argent, sans violence.

C’est auprès des Chagossiens que Nando Bodha a pu ressentir ce que signifie le Sagrin. Ce mot renvoie à une personne dont l’âme est restée figée, et qui fixe l’horizon dans l’attente d’un bateau mythique qui la ramènera dans son pays natal.
Olivier Bancoult revient sur l’audience de la Cour de justice internationale de La Haye du mois dernier. Il salue la solidarité de ceux qui ont permis aux Chagossiens d’exprimer leur souffrance. Cela a été possible par l’État mauricien, qui a pu saisir la Cour. « Maintenant, le monde est informé de l’injustice commise par les autorités britanniques », souligne-t-il. « Nous sommes très confiants en attendant le verdict. Cela aura de l’effet », conclut-il sur ce sujet. Le combat continuera à partir de cet avis consultatif. Un récent voyage à Rodrigue permet à Olivier Bancoult de lever le voile sur un autre volet de la tragédie. Des Chagossiens sont morts pendant la traversée vers Maurice, leurs corps ont été débarqués à Rodrigues où ils sont depuis enterrés.

M.M.