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4 juin, parNos peines
Carnet de route au pays des Hakkas - 2 -
4 juillet 2005

’Nos guides, les transports en commun, la vie à la campagne et sa pauvreté... vue des villes’. C’est ainsi que l’on pourrait résumer ce second “carnet de route” de Pascale David au pays des Hakkas, rédigé à l’occasion de la récente mission du Conseil général de La Réunion en Chine. Un voyage au cours duquel l’envoyée spéciale de “Témoignages” a surtout remarqué les difficultés et l’hospitalité des populations rurales chinoises.
(Pages 8 et 9)
Nos guides dans la province de Guangdong nous rejoignent dès l’arrivée à l’aéroport, Baiyun (“nuage blanc”). Cet aéroport est un complexe flambant neuf inauguré en août 2004, très moderne et apparemment très fonctionnel.
S’il paraît moins étendu que les aéroports de la région parisienne, il est l’équipement le plus important de toute l’Asie du Sud-Est. Si l’on devait continuer la comparaison avec les aéroports français, celui de Guangzhou, la capitale, l’emporte de loin pour sa fréquentation.
D’une capacité de 25 millions de passagers par an dans sa première phase, jusqu’en 2010 - date des Jeux Asiatiques qui auront lieu cette année-là à Canton -, il devrait atteindre 80 millions de passagers dans une deuxième phase et passer de deux à quatre pistes. La volonté de Guangzhou est de devenir le “hub” régional de l’Asie du Sud.
L’accueil du groupe d’étrangers que nous sommes par le personnel de Baiyun est d’emblée très chaleureux. À tel point qu’il a été choquant, au retour sur Paris, de voir le contraste avec l’accueil réservé par la Police française au groupe de touristes chinois qui avait voyagé avec nous depuis Canton.
Un article du “Canard enchaîné”, lu dans l’avion, donnait le ton du climat français : "Les Chinois n’ont qu’à bien se tenir", disait l’hebdomadaire satirique. Vive la mondialisation... à sens unique ?
Céline, “Monsieur Lu” et Chen Kang
Notre guide à Guangzhou se présente sous le nom de Céline. Elle est étudiante et pratique occasionnellement l’accompagnement touristique pour se faire un peu d’argent de poche. Son nom chinois est Pu Chen Mei ; le choix d’un nom occidental est fait, dans leur esprit, pour faciliter les contacts avec les touristes.
Nous occupons deux cars et l’accompagnement du deuxième véhicule est confié à “Monsieur Lu”. C’est un boute-en-train délégué par l’agence de tourisme qui a préparé notre venue en un temps record, en lien avec le secrétariat général de l’association des Chinois d’outre-mer, liée au ministère des Affaires étrangères.
Par ce canal nous est affecté un troisième guide, Chen Kang, qui parle un français impeccable, appris en Chine. Il n’a fait que cinq séjours en France, jamais plus d’une semaine à chaque fois. Il est aussi secrétaire général adjoint de l’association des peuples du Guangdong pour l’amitié avec les pays étrangers, qui a accueilli la délégation le premier soir de son arrivée à Canton.
Plus de 1.000 km en bus
La question des transports est primordiale dans un pays aussi vaste. Et notre séjour est largement tributaire des déplacements induits par les projets de la délégation.
Après l’engouement de la motorisation, le gouvernement de Guangzhou cherche à freiner la pollution. Il voudrait notamment freiner la ruée sur les motocycles - une mesure de limitation dans le temps des permis de conduire a été prise en ce sens - et obtenir un retour à la bicyclette. Il faudra une très solide politique de communication environnementale pour arriver à ce résultat.
Le “voyage au pays des Hakka” nous vaudra deux jours de voyage en bus, plus de mille kilomètres aller-retour, parce que la précipitation de l’organisation - et l’importance de la délégation - n’a pas permis d’envisager sereinement un autre moyen de transport. Selon Chen Kang, le train ne nous aurait épargné qu’une heure de voyage, par rapport au même trajet fait en bus par l’autoroute.
Les politiques et les hommes d’affaires qui voyagent d’une province à l’autre affrètent des avions de petite taille. Il n’y a pas de lignes aériennes intérieures régulières desservies par les quatre compagnies nationales chinoises.
D’un autre côté, cela nous permet de “voir défiler du pays” et de constater chez nos guides chinois le mépris dans lequel ils tiennent le monde paysan.
Une frontière intérieure
Chen Kang le disait depuis notre arrivée à Guangzhou : "Ici, c’est riche, mais vous verrez, à Meixian, c’est très pauvre, c’est la campagne". L’équation est sans appel.
Et la campagne, telle que nous l’avons vue, semblait déserte. Les paysages traversés nous ont laissé voir des rizières, des étangs piscicoles, des vergers et des cultures de maraîchage, mais très peu de paysans aux champs.
Les villages décrépis semblent immobiles, endormis, comme figés depuis des décennies. Pourtant, 800 millions de Chinois, plus de 70% de la population y vit et fait vivre les citadins des bandes côtières où s’accumulent les capitaux entrés en Chine depuis une quinzaine d’années.
C’est comme si une frontière intérieure arrêtait la distribution des richesses des côtes urbanisées vers le monde paysan.
Une autre Longue Marche
Une discussion avec Chen Kang pendant le trajet me fait entrevoir une fragilité du monde paysan chinois, une organisation structurelle très verticale et cloisonnée, qui est peut-être une faiblesse de la Chine tout entière, et peut-être aussi une partie de sa force. Mais jusqu’à quel point ?
Quelque chose me dit que si le déséquilibre apparent correspond à une vraie faiblesse structurelle, une autre Longue Marche ne serait pas une surprise, sur des motivations propres au 21ème siècle. Depuis Mao, les paysans ne meurent plus de faim, mais ils ne peuvent pas vivre uniquement de bouillie de riz...
Avec les montagnes du pays hakka, autour de Meizhou, nous découvrons les carrés verts des plantations de thé, de toutes variétés. Nous les verrons de loin, sans contact avec le monde de ceux et celles qui soignent et cueillent le thé.
C’est à Meizhou, dans une boutique à thé tenue par une famille de montagnards installée à la ville, que nous aurons un aperçu de l’hospitalité des campagnes et de la “cérémonie du thé”.
(à suivre)
Pascale David
Nos peines
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