Co-développement

La diversité richesse du Forum politique des îles

Face à des défis considérables

Manuel Marchal / 11 août 2018

La diversité des participants du premier Forum politique des îles est un aspect important. Cela rappelle que le co-développement est une cause largement partagée, tout comme la solidarité avec le peuple chagossien chassé de son pays par la construction de la base militaire de Diego Garcia. Pour que l’océan Indien soit une zone de paix, la diplomatie des peuples prend la main.

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Voici 40 ans se tenait à Mahé aux Seychelles la dernière conférence des organisations progressistes du Sud-Ouest de l’océan Indien. Ce mouvement s’était construit dans un contexte historique, celui de la décolonisation et de la militarisation de l’océan Indien. La région comprenait notamment l’Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid, qui disposait de la bombe atomique. L’Angola et le Mozambique venaient de se libérer de la colonisation portugaise à la suite d’une longue guerre, et étaient la cible du régime d’apartheid qui était alors soutenu par le bloc occidental. La base de Diego Garcia venait d’être mise en service alors que les Chagossiens commençaient leur combat pour faire valoir leur droit à vivre dans leur pays natal dont ils avaient été expulsés à la suite de l’accord Grande-Bretagne/États-Unis qui permis la construction de cette base.
Depuis la conférence de Mahé, les chemins de chacun ont divergé. La création de la Commission de l’océan Indien s’est faite sur une base étatique. Cela excluait en premier lieu La Réunion en raison de son statut, et les Comores à cause de l’instabilité politique. L’intégration de La Réunion a été accompagnée par celle de la France, l’État de référence. La COI a alors évolué jusqu’à ce que nous connaissons aujourd’hui : une organisation dont la déclaration finale du dernier Sommet ne mentionne même plus La Réunion, et la mise en valeur d’une certaine « France de l’océan Indien » qui a comme particularité d’être composée de territoires où la souveraineté de la France est contestée partout sauf à La Réunion.

Diversité des contributions

Pendant ce temps, le monde a évolué. Il est marqué par le retour sur le devant de la scène des grandes puissances de la période pré-coloniale, l’Inde et la Chine. Ces deux pays déploient leur influence dans notre région. Cela s’accompagne du côté de l’Inde d’une volonté d’implanter des bases militaires, ou d’utiliser celles de la France à La Réunion. Et au cours de ces 40 dernières années, les Chagossiens n’ont toujours pas eu le droit de retourner vivre dans leur pays.
C’est dans ce contexte que s’est tenu le premier Forum politique des îles de l’océan Indien, sous le thème « Le bon voisinage pour une diplomatie des peuples ». La diversité des participants montre également le chemin parcouru depuis 40 ans. En effet, ils ne représentaient pas uniquement des partis politiques ou des syndicats progressistes. Leur adhésion s’est faite sur la base du soutien à l’idée d’un projet partagé qu’il appartient aux peuples de définir, et de la solidarité avec le combat des Chagossiens pour retourner dans leur pays. Chaque participant apporte alors sa contribution, sans qu’il lui soit demandé de changer. Au contraire, il reste ce qu’il est, et c’est la diversité des contributions qui constitue une des forces du Forum politique des îles de l’océan Indien. C’est ce qu’a notamment rappelé l’intervention de Daniel Singainy, créateur d’une religion populaire qui prône l’ouverture. C’est un acte de résistance face à un pouvoir qui a voulu diviser la population en s’appuyant sur la diversité de ses origines.
Gilles Hubert, premier adjoint au maire de La Possession et membre de l’AVCOI a insisté sur les petites actions concrètes. Bakar Hamdani a présenté l’évolution institutionnelle des Comores depuis le Moyen-Age. Frédéric Amani a souligné le rôle de la société civile, notamment au travers de sa participation à la Primaire citoyenne. Jean-Pascal Lauret a rappelé le concept d’Indianocéanie applicable à notre région : mêmes origines des peuplements sur fond de francophonie. Patrick Singainy a expliqué comment répondre à cette question : comment intégrer ceux qui nous semblent différents ? »

Diversité des situations

À cette diversité des pensées s’ajoute la diversité des situations. Voici 40 ans, notre région sortait à peine de l’époque coloniale. Cela faisait moins de 10 ans que Maurice, les Seychelles et les Comores étaient indépendantes, alors que Madagascar avait mis fin quelques années plus tôt à la domination d’un gouvernement très lié à l’ancienne puissance coloniale.
En termes économiques et politiques, nos îles ont suivi des chemins différents. Mais au niveau des peuples, un accord est possible sur l’essentiel qui est notamment le retour des Chagossiens dans leur pays, océan Indien zone de paix, la lutte contre le changement climatique, la solidarité pour une alternative à la mondialisation capitaliste, le soutien à des solutions innovantes dans la lutte contre la pauvreté. Ce sont des défis considérables que la richesse des diversités peut aider à relever.

M.M.