Co-développement

« La Paix n’a pas besoin de base militaire »

Visioconférence du Mouvement réunionnais pour la paix avec Preserve Seychelles Group

Manuel Marchal / 14 décembre 2018

Hier, le Mouvement réunionnais pour la paix organisait une visioconférence avec Preserve Seychelles Group. Des Seychellois luttent depuis plusieurs années contre l’installation d’une base militaire de l’Inde sur l’île d’Assomption. Leur lutte a dépassé les frontières des Seychelles, elle a réussi à obtenir le soutien de la majorité parlementaire ainsi que d’une très grande partie des Seychellois. Elle s’inscrit dans un mouvement commun aux peuples de notre région pour le respect de la résolution votée en 1971 par une majorité de 118 pays soit appliquée : faire de l’océan Indien une zone de paix. L’échange a été conclu par l’adoption à l’unanimité par les Seychellois et les Réunionnais présents d’une motion intitulée : « La Paix n’a pas besoin de base militaire »

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Une visioconférence du Mouvement réunionnais pour la paix avec Preserve Seychelles Group était organisée à la bibliothèque Alain Lorraine du Moufia. Ce fut l’occasion de faire un point sur les différentes initiatives destinées à lutter contre la militarisation de l’océan Indien : le combat des Chagossiens pour retourner dans leur pays, le premier Forum politique des îles, et le refus de l’installation d’une base militaire indienne à l’île d’Assomption.

Mobilisation citoyenne

Allen Hoareau a ensuite présenté la lutte menée par Preserve Seychelles Group. Elle a commencé en 2018. Le président seychellois James Michel avait discuté d’un accord avec l’Inde prévoyant l’implantation d’une base militaire sur l’île d’Assomption. La structure devait être dotée d’une piste capable d’accueillir des Boeing 747 et des avions militaires, un port pour des sous-marins, ainsi que 3000 personnes, les militaires et leurs familles.
Assomption est une île déserte, située à 30 miles d’Aldabra, une zone naturelle préservée labellisée par l’ONU.
En 2016, le président Dany Faure a ratifié un projet d’accord avec l’Inde sans avoir l’aval du peuple seychellois. Des manifestations ont alors été organisées à Victoria, capitale des Seychelles. Pendant trois mois, elles rassemblaient à chaque fois plusieurs dizaines de personnes. Ceci a permis d’informer la population de ce qui se tramait.
L’Inde est revenue à la charge, proposant des « présents » au gouvernement. Preserve Seychelles Group indique que l’Inde est prête à mettre 500 millions de dollars sur la table pour pouvoir construire sa base militaire aux Seychelles.

200.000 signatures contre la base

La mobilisation a dépassé les frontières de l’archipel. Ainsi, une pétition contre la base d’Assomption a été signée par 200.000 personnes, soit près de trois fois la population des Seychelles.
Ceci a amené le gouvernement à reculer, affirmant qu’une base de garde-côtes indiens sera implantée à Assomption.
L’action de Preserve Seychelles Group a également fait bouger les lignes sur le plan politique. L’opposition présidentielle, majoritaire au Parlement, était favorable à la base militaire en février 2018. En avril 2018, elle a pris position contre la militarisation d’Assomption. Et hier, le chef de l’opposition a pris position au Parlement contre la base. Ceci empêche donc toute ratification de l’accord par les représentants du peuple seychellois.
« Nous sommes les amis de tous le monde et les ennemis de personne, nous ne sommes pas en guerre, nous ne voulons aucune base militaire aux Seychelles », a déclaré Allen Hoareau. La lutte continuera jusqu’à ce que la menace d’une construction d’une base militaire soit totalement écartée. Ceci veut donc dire que le projet d’une base de garde-côtes est également combattu, car cette installation peut constituer une brèche permettant l’implantation ultérieure de la base militaire indienne.

Solidarité dans notre région

Preserve Seychelles Group bénéficie donc du soutien de la majorité du Parlement ainsi que d’une large partie de l’opinion. Si un référendum était organisé sur cette question, plus de 80 % des votants seraient contre la militarisation d’Assomption, ajoute Allen Hoareau.
Les échanges ont permis de constater l’importance de la cause « océan Indien zone de paix ». Preserve Seychelles Group plaide pour un renforcement de la solidarité des peuples contre la militarisation de l’océan Indien : « donnons-nous un coup de main pour préserver notre patrimoine, notre paix ». Ceci concerne notamment La Réunion, car notre île est concerné par une initiative de la France, qui ouvre ses bases militaires à La Réunion et à Mayotte aux navires de la marine indienne.
La visioconférence s’est conclue sur une invitation à Preserve Seychelles Group à participer au prochain Forum politique des îles, et par l’adoption à l’unanimité par les Réunionnais et Seychellois présents d’une motion lue par Virginie, et intitulée : « La Paix n’a pas besoin de bases militaires ». Le texte se réfère en particulier à la résolution votée en 1971 par l’ONU et qui fait de l’océan Indien une zone de paix.

M.M.