Co-développement

La solidarité valeur fondatrice du Forum politique des îles

Face à la domination d’un modèle basé sur la puissance de l’argent

Manuel Marchal / 7 août 2018

Organisé les 2 et 3 août dernier à Antananarivo, le premier Forum politique des îles de l’océan Indien s’est fait sans aucune subvention publique, sur la base de la solidarité entre tous les participants. C’est en effet sur la solidarité que peut se construire de nouvelles relations entre des peuples que la colonisation a divisé.

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L’équipe de l’organisation du Forum politique des îles de l’océan Indien.

« Le bon voisinage et la diplomatie des peuples », tel était le mot d’ordre du premier Forum politique des îles de l’océan Indien organisé les 2 et 3 août dernier à Antananarivo. Les organisateurs de cette manifestation n’ont bénéficié d’aucune subvention publique, tout s’est donc fait sur la base de la solidarité. Cette solidarité a permis la tenue d’une manifestation internationale, regroupant des participants venus de Madagascar, de La Réunion, des Comores et des Chagos. L’ordre du jour était conséquent. Il a permis d’arriver à mener des réflexions sur des thèmes aussi pointus que le changement climatique, la mondialisation, les échanges, l’innovation au service de la lutte contre la pauvreté et le rôle des grandes puissances dans notre région. Comme n’importe quel autre congrès d’envergure internationale, ce forum s’est tenu dans une salle de réunion équipée d’une sonorisation. Tous les participants ont reçu une pochette personnalisée avec un bloc-note, des feuilles de papier et un stylo. Toute cette infrastructure reposait sur la solidarité entre les fondateurs du Forum politique des îles de l’océan Indien.

Les Chagossiens victimes d’un odieux marchandage

La réussite d’une telle manifestation uniquement sur la base de la solidarité est une grande victoire. Ceci souligne que la solidarité est une alternative crédible au modèle dominant basé sur des rapports de forces hérités de l’époque coloniale et construits sur l’argent.
En effet, comme l’a rappelé Olivier Bancoult au cours de la première conférence sur les Chagos organisée à Madagascar, l’argent est une des raisons qui explique la déportation du peuple chagossien. Au moment des négociations sur l’indépendance de Maurice dans les années 1960, la Grande-Bretagne voulait obtenir des États-Unis une réduction sur le prix des missiles Polaris qui devaient équiper ses sous-marins lanceurs de bombes atomiques. Pour leur part, les États-Unis étaient à la recherche d’une base militaire au cœur de l’océan Indien. Du côté mauricien, la cession des Chagos à la Grande-Bretagne est également interprétée comme une contrepartie financière au quota sucrier accordé à Maurice sur le marché européen dans le cadre de l’adhésion de la Grande-Bretagne au Marché commun en 1973. En effet, ce quota donnait à l’économie mauricienne la garantie d’un revenu régulier sur la base duquel des investissements ont pu être financés après l’indépendance de Maurice.

Surmonter les problèmes

Il existe d’autres exemples montrant que l’attrait du profit a divisé les peuples de notre région. Tous eurent en effet à subir les effets de la colonisation, qui est une des manifestations du capitalisme. La solidarité vise à faire tomber ces barrières pour que nos peuples se retrouvent autour de leur réalité commune : une géographie qui a fait d’eux des voisins, et une histoire des cousins, comme l’a rappelé Eric Rakotomanga, président de l’AKFM.
Pour que ce forum ait lieu, la solidarité s’est mise en action sous l’impulsion de l’association REAGIES présidée par Simone Yée Chong Tchi Kan. Cela a permis de trouver des moyens pour permettre la venue d’une délégation chagossienne, et de créer une dynamique pour surmonter les importants problèmes de transport qui existent à Madagascar. Dans la Grande Île, se rendre d’une province à la capitale veut souvent dire plus d’une journée de voyage compte-tenu des difficultés liées à l’absence d’un chemin de fer et des grandes distances à parcourir. De plus, certains des membres de la délégation malgache durent accomplir un voyage de trois jours pour se rendre à Antananarivo. Ils résident en effet dans des villages situés à 80 kilomètres de la route la plus proche, ce qui équivaut à deux jours de marche. A cela s’ajoute une journée de transport dans un Taxi Be. Mais ils ont réussi à relever ce défi, car ils étaient conscients de l’importance des travaux auxquels ils allaient participer, et qu’ils comptaient partager à leur retour dans les provinces reculées de Madagascar.

Inspirer la nouvelle génération

Durant toute la durée du Forum, les participants ont pu compter sur l’appui de jeunes étudiants malgaches bénévoles. Ces jeunes mènent des études supérieures. Ils ont consacré de leur temps pour être au service de la réussite d’une manifestation basée sur la solidarité.
Ils font partie de la génération qui sera amenée à prendre la responsabilité de notre région dans les prochaines décennies, et ils ont pu constater que la solidarité a permis de relever le défi de l’organisation d’un forum politique international.
Face à un modèle dominant construit sur la puissance de l’argent, les peuples ont une alternative qui repose sur la solidarité. Cette solidarité est une valeur fondatrice du Forum politique des îles de l’océan Indien.

M.M.