Co-développement

Le Forum Politique des Iles : naissance d’une organisation politique régionale

Bilan de la seconde édition organisée les 2 et 3 août derniers à Antananarivo

Ary Yée Chong Tchi Kan / 26 août 2019

Samedi, une rencontre avec la presse était tenue par REAGIES, son partenaire le PCR et plusieurs participants du Forum des îles afin de présenter le bilan de la seconde édition de cette manifestation qui a eu lieu au début du mois à Antananarivo, Madagascar. Après l’intervention de Simone Yée Chong Tchi Kan, présidente de REAGIES, Ary Yée Chong Tchi Kan, secrétaire aux Affaires internationales du PCR, a présenté le bilan politique du second forum, dont le temps fort a été sa structuration en organisation permanente. Voici le texte de son intervention. Dans Témoignages de demain, il sera question de la prise de parole de Simone Yée Chong Tchi Kan, qui a fait le bilan de 36 ans d’action de REAGIES, et des autres intervenants à la conférence de presse.

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Les 2 et 3 août 2019 s’est tenu le 2e Forum Politique des îles de l’Océan Indien. A cette occasion, il a été décidé d’en faire une structure permanente. Elle sera dotée d’un secrétariat permanent dont le siège sera à Antananarivo. elle sera animée par une présidence tournante. La Réunion assumera cette responsabilité pour l’année 2019-2020.

Combler un vide

Il s’agit tout d’abord de combler un vide de 40 ans. En effet, du 27 au 29 avril 1978, il s’est tenu à Mahé, capitale des Seychelles, une “Conférence des Partis Politiques et Organisations progressistes de îles du Sud-Ouest de l’Océan Indien”. L’objectif était d’examiner les conditions d’un développement post-colonial concerté entre les Comores, Madagascar, Maurice, La Réunion et les Seychelles. L’un des documents adoptés avait pour titre : “Pour effacer les conséquences catastrophiques de la colonisation, il faut développer la lutte en faveur d’une libération économique de nos îles”.

Quelle est la situation aujourd’hui ? 40 ans se sont écoulés et le constat est alarmant. Les problèmes politiques majeurs de la zone n’ont toujours pas été résolus. Citons par exemple :

- Océan Indien Zone de Paix et la Déclaration 2832 du 16 déc 1971 de l’ONU.
- Retour du peuple Chagossien sur sa terre natale depuis son expulsion entre 1963-1973.
- Contentieux des frontières héritées de la colonisation par Madagascar, les Comores et Maurice.
- Sécheresse persistante dans le sud Malgache.
- Moitié de la population sous le seuil de pauvreté à La Réunion.

Après 40 ans, les échanges commerciaux entre les pays voisins sont réduits. Le chacun pour soi a supplanté la structuration d’une communauté de voisinage. La lutte commune face aux grandes puissances a fait long feu.

La situation est devenue plus complexe

Des signataires de la résolution onusienne vont construire des équipements militaires à Agaléga (Maurice) et Assomption (Seychelles), avec le concours de l’Inde dont les autorités ont déclaré leur souveraineté sur l’ensemble de l’océan Indien. Or, les pays du Sud-Ouest de l’océan Indien sont tous membres de l’Union Africaine qui a décidé de se transformer en Zone de Libre Echange en 2020. Dans 10 mois, tout le continent africain et ses iles voisines seront réunis. Ce sera à terme le marché le plus vaste au monde. Dans ces conditions, la signature définitive des APE(accords de partenariats économiques) entre nos voisins et l’UE devient une plaisanterie. La structuration d’un marché unique mondialisé avance rapidement mais La Réunion regarde le train passer.

Le bail de 60 ans accordé aux Américains par la Grande Bretagne pour construire la base militaire à Diego-Garcia, archipel des Chagos, a été prolongé de 20 ans, depuis le 1er janvier 2017. Du coup, on assiste à la mort lente de la population de souche du peuple Chagossien. Cela s’appelle un génocide.

Dans la mer Comorienne, des milliers d’adultes et d’enfants ont péri à bord de frêles embarcations. Par ailleurs, on compte jusqu’à 20 000 reconduites à la frontière à Mayotte dont des milliers d’enfants, ce qui est formellement interdit.
Pendant ce temps, les 2 derniers adhérents à la COI connaissent des fortunes diverses. La Réunion a été rayée de la COI. Les Comores sont systématiquement exclues de l’accueil des JIOI.

Les principes qui fondent une communauté de destin n’existent pas. Ce qui nous a fait dire au premier Forum tenu les 2 et 3 août 2018 “qu’il n’y aura pas d’îlots de prospérité dans un océan de problèmes non résolus”. L’alternative réside dans “le bon voisinage et la diplomatie des peuples” afin d’organiser la lutte contre la pauvreté et affronter les défis communs liés à la croissance démographique, le changement climatique, la mondialisation des échanges et les innovations technologiques. Le calendrier est précis et détermine les priorités stratégiques : 2020, 2030 et 2050.

Aucun pays n’échappera à ses responsabilités collectives et partagées

- 2020 : les experts de l’ONU feront une évaluation des “instruments de ratifications” déposés par tous les Etats, Collectivités et Entreprises au regard du Traité universel sur le Climat pour contenir l’augmentation de la température moyenne sur ce siècle en dessous de 2 °C. Si cette lutte n’est pas gagnée, alors les autres seront aléatoires car la vie aura disparue sur Terre.

- 2030 : les Objectifs du Millénaire pour le Développement Durable (OMDD, 2015-2030) a fixé “l’éradication de la pauvreté” comme priorité N°1. Où en sommes-nous ? La Chine veut atteindre le résultat en 2020, c’est à dire dix ans avant terme. Ce sera 10 années de souffrance de moins.

- 2050 : la population mondiale frôlera 10 milliards d’habitants. En une trentaine d’années, elle augmentera de 2 milliards. C’était l’effectif mondial d’il y a un siècle. Dans notre voisinage, la population de Madagascar va doubler pour atteindre 50 millions. La Réunion aura seulement un million d’habitants.

C’est la responsabilité des générations actuelles d’imaginer des solutions globales dans une vision de long terme. L’accumulation des richesses et des pouvoirs dans les mains d’une minorité doit être condamnée et remplacée par une société qui pratique la solidarité et le partage.

Notre guide

Sous le titre, “le bon voisinage et la diplomatie des Peuples guident nos pas”, le premier Forum en 2018 avait retenu les conclusions suivantes :

« Les peuples ont besoin de solidarités pour relever les défis de dimension planétaire. Cela suppose de mieux connaître les enjeux pour anticiper les conséquences. Le réchauffement climatique, l’évolution démographique, la mondialisation des échanges capitaliste et la révolution numérique nous imposent d’imaginer des solutions inédites et durables en faveur d’un projet de civilisation fondé sur le “bien commun”.
Dans ce contexte, nous appelons les forces vives des peuples situés dans notre voisinage immédiat à partager et dépasser ces appréhensions. La géographie nous a fait des voisins ; l’histoire nous a fait des cousins. L’avenir nous réunit.
Nous avons la conviction qu’il n’y aura pas d’îlot de tranquillité et de prospérité dans un océan de problèmes non résolus. Sur de nombreux points nous devons agir de concert. L’esprit du “bon voisinage et la diplomatie des peuples” guident nos pas pour échanger, dialoguer, négocier et avancer. Nous avons décidé de mettre en commun ce que nous avons de meilleur. Partager le surplus n’est pas une solution.
Le manifeste éclaire nos actions.

Des projets et des idées

Cette 2e édition du Forum a été consacrée à la présentation de projets. Une vingtaine pour ce premier exercice. Une clause de confidentialité nous interdit d’évoquer le contenu de projets à caractères économiques ; par contre, nous aborderons 3 projets Réunionnais et un projet Chagossien.

- Olivier Bancoult a rappelé que l’ONU a accordé à la Grande Bretagne un délai de 6 mois pour se conformer aux conclusions de la Cour Internationale de Justice. Son organisation, le Groupe Réfugiés Chagos, compte organiser un déplacement aux Chagos en Novembre. Le Forum lui apporte toute sa solidarité, dans une résolution intitulée : “A demain aux Chagos”. Comme les Réunionnais ont été aux avants postes de la Solidarité avec les Chagossiens. gageons qu’ils en feront davantage. Le temps presse.

- Un documentaire sera réalisé sur les Olympiades de l’Histoire de Mouramanga qui a mis en compétition 2 lycées et un Collège. L’initiative a eu lieu en mars 2019 lors du 72e anniversaire du soulèvement Malgache de 1947 et du massacre qui s’en est suivi. Des Réunionnais avaient été enrôlés. Les exposés des jeunes scolaires ouvrent des perspectives intéressantes pour une coopération en éducation. L’idée de réaliser un documentaire a reçu l’approbation du Directeur du musée de la gendarmerie et de l’administration académique de la circonscription.

- Une Fondation Francis Sautron verra le jour pour faire vivre la mémoire de ce jeune Réunionnais qui, après son service militaire, en 1946, a épousé la cause des Malgaches pour l’indépendance. Il fut le premier maire de Diego-Suarez après des élections municipales en 1956, 1957 et 1959. Une Conférence a été donnée en février 2019 à l’Université de La Réunion, suivie d’une autre Conférence à Diego-Suarez, en partenariat avec les Etudiants en licence d’histoire et leur professeur. Pour faire suite à ces travaux, la Doyenne de la Faculté de lettres a adressé un message au Forum dans lequel elle forme le vœu de réaliser un espace culturel et une bibliothèque au nom de Francis Sautron.

- Le journal Témoignages a proposé de mettre à la disposition des étudiants-chercheurs Malgaches 70 années d’archives, en particulier les documents ayant traits à la solidarité anti-colonialiste. Il faut savoir que les archives Malgaches ont été emportées en France, ce qui handicape sérieusement le travail des chercheurs. Enfin, Témoignages a reçu des collaborations pour améliorer ses connaissances sur Paul Dussac qui a crée la section malgache du PCF, édité un journal et s’est engagé aux côtés des Malgaches.

Un collectif sera crée pour suivre la réalisation de ces projets et mutualiser les moyens et compétences. Nous accueillons toutes les bonnes volontés.

Durant la présidence de La Réunion, une décision sera prise pour le prochain Forum. Ce sera chose faite en novembre, le temps de la concertation entre les partenaires.