Un triple anniversaire de portée mondiale
18 juillet, par4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
L’urgence du co-développement avec Madagascar pour garantir l’approvisionnement de l’aliment de base des Réunionnais
30 mars, par

Le 24 mars à Antananarivo, les riziculteurs d’Alaotra Mangoro ont alerté sur 40 000 tonnes invendues, pénalisées par les importations. Ils proposent d’exporter. La Réunion, dépendante du riz asiatique et européen et touchée par la vie chère et la pauvreté de masse doit se réveiller et proposer un débouché à nos voisins. Ce partenariat gagnant-gagnant soutiendrait les producteurs malgaches, ferait baisser les prix pour les Réunionnais et garantirait un riz de meilleure qualité.
Le 24 mars à Antananarivo, les producteurs de riz de la région Alaotra Mangoro ont lancé un appel pressant aux autorités face à la crise qui secoue la filière. Alfred Rakotonirina, président du syndicat des riziculteurs, a dénoncé l’afflux massif de riz importé qui sature le marché national et fragilise les exploitations locales. La situation est d’autant plus critique que près de 40 000 tonnes de riz demeurent actuellement invendues dans la région.
Les producteurs, qui ont déjà manifesté sur la RN44 pour exprimer leur détresse, alertent sur la chute continue des prix. Le chef de région, Elire Joseph Rabemananjara, avait prévenu qu’une baisse prolongée pourrait provoquer une véritable crise économique locale. « Faire grève n’est pas dans nos habitudes, mais nous demandons une révision des prix », ont-ils insisté.
Si l’État a mandaté le State Procurement of Madagascar (SPM) pour absorber une partie des stocks, le rythme d’achat — environ 540 tonnes par semaine — est jugé insuffisant. À cette cadence, il faudrait près de 446 semaines pour écouler les volumes disponibles, alors qu’une nouvelle récolte est attendue sous peu. Les représentants des agriculteurs plaident donc pour des mesures plus ambitieuses, notamment l’ouverture temporaire à l’exportation afin de désengorger le marché.
Dans ce contexte, une opportunité est possible : La Réunion, totalement dépendante du riz importé d’Asie et d’Europe, pourrait constituer un débouché naturel pour les excédents malgaches. Les tensions géopolitiques actuelles rendent les approvisionnements internationaux plus incertains et potentiellement plus coûteux. A La Réunion, près de 40 % de la population vit sous le seuil de pauvreté, la production locale de riz demeure trop chère pour la plupart des Réunionnais et ne peut qu’être écoulée que comme un produit de luxe pour consommateurs fortunés.
Les 40 000 tonnes disponibles à Alaotra Mangoro représentent une part significative de la consommation annuelle réunionnaise. Elles pourraient être achetées à un prix suffisamment rémunérateur pour les producteurs malgaches tout en restant compétitives par rapport au riz importé d’Asie. Si ce tarif est inférieur, la différence devra être immédiatement répercutée afin de faire baisser le prix du riz à La Réunion.
Au-delà de la réponse conjoncturelle à une crise de surproduction, cette démarche illustre un véritable co-développement, fondé sur un partenariat gagnant-gagnant. Elle pourrait amorcer des liens économiques plus durables entre Madagascar et La Réunion : importer de Madagascar les denrées que nous ne pouvons pas produire localement, plutôt que de les faire venir de contrées lointaines telles que la France, d’autres pays européens, l’Inde ou l’Australie. Une telle orientation serait à la fois plus sûre, moins coûteuse et susceptible d’offrir une meilleure qualité, les producteurs malgaches utilisant moins d’intrants chimiques.
Pour les riziculteurs d’Alaotra Mangoro, confrontés à la hausse du carburant et des intrants agricoles, comme pour les consommateurs réunionnais victimtes de la vie chère causée par la surémunération versée par Paris, ce co-développement apparaît comme une piste concrète et stratégique.
M.M.
4 septembre 1996, 4 novembre 2016 et 12 novembre 2016
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